Le 27 mai dernier, Aston Villa empochait le dernier ticket pour la Premier League aux termes de Play-Offs haletants, dans la lignée d’une saison de Championship irrespirable.

Si les équipes de Leeds United ou Derby County ont proposé un football de très haut niveau, si « El Loco » Marcelo Bielsa et Frank Lampard ont brillé sur les bancs, pas un seul des deux entraîneurs ne verra les terrains de Premier League avec son club (à part peut-être pour le deuxième cité). Preuve que la Championship est un championnat relevé. Au cours de cette saison 2018/2019, a-t-elle endossé le maillot de deuxième division la plus spectaculaire d’Europe ?

Ambiance garantie dans les tribunes

Bien qu’étant un championnat dans l’ombre de cet ogre qu’est la Premier League, la Championship est devenu un véritable synonyme de spectacle et de divertissement.

En France, rares sont les stades de Ligue 2 remplis à plus de 50%. La moyenne à la mi-saison 2018/2019 était de 6500 spectateurs. Si Lens est l’un des seuls clubs français où la passion est restée intacte malgré les divisions parcourues dans l’histoire, on retrouve des cas similaires à la pelle en Championship.

Il y a un véritable fossé entre les affluences en Ligue 2 et en Championship. En effet, la moyenne est de 20 000 spectateurs en Angleterre, elle est ainsi trois fois plus importante qu’en France. Cet écart considérable s’explique par deux facteurs principaux : la capacité des infrastructures et la passion des supporters.

D’abord, les stades de Championship jouissent de tailles impressionnantes par rapport à la situation des clubs. Sur les vingt-quatre équipes en 2018/2019, dix avaient un stade de plus de 30 000 places. Cette année, le plus important : le Villa Park d’Aston Villa atteignait les 42 000 sièges, soit 1000 de plus que Stamford Bridge (Chelsea) et 2500 de plus que Goodison Park (Everton). La raison est à aller chercher dans l’histoire de ces équipes qui ont longtemps connu l’élite et même connu la gloire.

Le Villa Park, plus grand stade de Championship lors de la saison 2018/2019, est plus grand qu’un Goodison Park ou un Stamford Bridge (Crédit Photo : Aston Villa)

Pour autant, l’identité d’une équipe ne s’arrête pas à l’histoire du club et la grandeur du stade. Son essence même réside chez les supporters. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les supporters savent faire entendre leurs chants dans les enceintes de Championship.

Les fans ont su se faire une réelle réputation par delà les frontières. Les derbys deviennent de véritables événements grâce à la confrontation des supporters : celui de Sheffield entre United et Wednesday ainsi que celui de l’Est-Anglie opposant Ipswich Town et Norwich sont très réputés et attendus en Angleterre. Le club de Millwall tient sa réputation uniquement de ses fans, pour le moins virulents.

Un championnat marathon

La Championship n’est pas un championnat fait pour les gens impatients et les joueurs peu endurants. C’est un véritable marathon que propose le calendrier de la saison. Avec vingt-quatre équipes en lice qui s’affrontent en rencontres aller-retour, la D2 anglaise propose pas moins de quarante-six journées pour chaque équipe. Sans compter les play-offs pour les équipes de la troisième à la sixième place qui ajoutent trois matchs dans les jambes de ceux qui arriveront jusqu’en finale, ce qui fait un total de quarante-neuf matchs.

Sans compter non plus les matchs de FA Cup, Carabao Cup et les matchs avec l’équipe nationale pour les internationaux qui sont en nombre dans le championnat. Au total, ce sont 465 matchs qui sont tenus en une saison de Championship, contre 380 en Premier League et 340 en Bundesliga.

Pour encore corser le tout, la Championship est connue pour être un championnat très difficile où la concurrence est omniprésente. Voilà maintenant deux saisons d’affilée qu’aucune équipe n’est parvenue à faire la D1 et la D2. Les trois formations reléguées lors de la saison 2017/2018 à savoir West Bromwich Albion, Swansea et Stoke City ont respectivement terminé cette saison demi-finaliste de play-offs, dixième et seizième. Relégué lors de la saison 2016/2017, Sunderland est aujourd’hui en EFL League One.

Sunderland, une équipe qui a consécutivement fini dernier de Premier League et de Championship et qui peine aujourd’hui à redresser la barre… (Crédit Photo : We Sport FR)

Le championnat est en réalité ni plus ni moins une version moins aboutie de la Premier League avec un rythme de jeu très élevé, un football très musclé, des buts spectaculaires à l’entrée de la surface…

Festival de Cannes

Si la deuxième division anglaise se montre aussi impressionnante d’intensité, c’est surtout grâce à une palette d’entraîneurs de génie et de stars du ballon rond.

Au niveau des entraîneurs, le plateau est déjà très important. À Aston Villa, le défenseur made in Chelsea John Terry officiait en tant qu’entraîneur adjoint. On en parlait tout à l’heure, Marcelo Bielsa et Frank Lampard étaient à la tête respectivement de Leeds et Derby County. Depuis 2019, Martin O’Neill, ancien international nord-irlandais et surtout entraîneur du Celtic Glasgow, est à la tête de Nottingham Forest.

L’ingéniosité des entraîneurs s’est faite remarquer par les tactiques de jeu inédites qu’ont pu admirer les supporters cette année avec le pressing fou furieux des joueurs de Leeds United, le jeu de passes rapides de Norwich digne des beaux jours du FC Barcelone…

Norwich et son collectif destructeur (Crédit vidéo : Youtube Norwich City)

Si le plateau au niveau des coachs est important, il l’est également au niveau des joueurs. La Championship est le championnat parfait, privilégié par les stars qui se font vieilles ou les espoirs des clubs de Premier League qui s’y voient prêtés. Le championnat peut, par la même occasion, servir de tremplin pour faire rebondir les joueurs en difficulté.

Parmi les vingt-trois joueurs sélectionnés en équipe d’Angleterre espoirs le 26 mars 2019, huit évoluaient en Championship, parmi lesquels six étaient prêtés par des clubs de Premier League (Chelsea et Everton). Cela permet aux équipes de faire progresser leurs protégés, de les garder, sans être obligées de les faire jouer avec l’équipe première. Ainsi, des futures stars comme Tammy Abraham pour Chelsea ou Kieran Dowell pour Everton ne voient pas leur progression stoppée nette par un manque de temps de jeu en Premier League, tout en continuant d’appartenir à leur club.

Lors de la saison 2017/2018, Kieran Dowell se montrait déjà comme une future pépite avec Nottingham Forest (Crédit vidéo : Youtube ETOVED)

Le championnat permet également de faire rebondir des anciens cracks qui ont été minés par les blessures ou par des sous-performances. C’est ainsi que Yannick Bolasie, l’international congolais âgé maintenant de 30 ans, a pu ressortir de terre cette année avec Aston Villa, après un an d’arrêt pour une blessure au niveau des ligaments. Dwight Gayle, prêté par Newcastle Utd à West Bromwich, a parfaitement réussi son retour à 28 ans. Lui qui avait peiné à s’imposer en Premier League après la montée de Newcastle dans l’élite, a réussi une saison de haute volée avec 24 buts inscrits. Après des saisons difficiles à Saint-Etienne puis Brest, le jeune Neal Maupay (22 ans) devient une star en Championship avec le club de Brentford. Troisième meilleur buteur du championnat, il a marqué 25 buts.

Enfin, la Championship est la maison de retraite parfaite pour les stars sur le déclin. L’international gallois Ashley Williams (35 ans), a retrouvé du temps de jeu à Stoke City. L’année dernière, John Terry mettait un terme à sa carrière à Aston Villa alors que son ami Ashley Cole joue pour Derby County depuis cette année.

La Championship est donc un championnat extrêmement riche, avec une ambiance sans pareil pour un championnat de seconde division, avec une intensité unique. La D2 anglaise a en plus une importance capitale pour continuer à faire évoluer les pépites des clubs de Premier League, qui ne sont pas encore assez affûtées pour s’épanouir dans l’élite.