Ce soir, le Benfica Lisbonne se déplace en Croatie pour y affronter le Dinamo Zagreb en match aller des huitièmes de finale. Dans une ambiance hostile, le gardien Odisseas Vlachodimos et le milieu de terrain Andreas Samaris seront au cœur de la mêlée. Les deux Grecs perpétuant également un lien jamais démenti entre le Benfica et la Grèce.

Odysseas Vlachodimos, avec un i ou un y? (Crédit photo : cdn.record.pt)

Après deux soirées de folies en Ligue des Champions et la qualification du F.C. Porto pour les quarts de finales, place désormais à l’Europa League, oùbun autre représentant portugais tentera d’obtenir un bon résultat, ce soir match qui a débuté à 18h55. Pour cela, les « Benfiquistes » compteront sur leurs deux soldats grecs. Dignes héritiers des illustres Hellènes passés chez les « Aigles ».

2004, axe Grèce-Portugal

C’est l’histoire d’une histoire d’amour qui ne dit pas son nom depuis une quinzaine d’années. Une histoire durant laquelle, le Benfica se retrouve lié immanquablement à une autre nation du sud de l’Europe. Ce pays, qui a vu passer de nombreux compatriotes de la star des Milwauckee Bucks, Giannis Antetokounmpo ou de Nikos Aliagas. Nation qui actuellement compte deux joueurs aux ascendances blanches et bleues. La Grèce.

Certes, il a toujours existé, dans le football, des liens indéfectibles entre des clubs et des nations. Tout le monde se souvient du Grand Milan AC et ses Hollandais dans les années 90. Arsenal et les « Frenchies » époque Wenger ou bien encore le PSG et sa colonie brésilienne avec notamment Raí. Cependant, le fait de voir un pays comme la Grèce aussi bien représentée chez les « Rouges » lisboètes n’a rien d’une anomalie.

La surprise grecque à l’Euro portugais

15 ans c’est aussi ce qui nous renvoie en 2004. Cette année-là, dans un double paradoxe, Grecs et Portugais se retrouvèrent dans une situation diamétralement opposée. Pour les Hellènes, Jeux Olympiques et Euro de football étaient le prélude à une année faste. Pour les Lusitaniens, la dynamique était nettement moins rose.

En 2004 donc, lors de l’Euro organisé au Portugal, les hommes de l’entraîneur allemand Otto Rehhagel remportèrent la compétition. Ces derniers se payant même le double luxe de battre deux fois les coéquipiers d’un certain Cristiano Ronaldo. Une fois en ouverture du tournoi, 2-1. Une seconde fois, et la plus importante, en finale avec un but de Ángelos Charistéas. Chaque Portugais se souvenant de cette défaite longtemps restée en travers de la gorge des Lusitaniens. Jusqu’en 2016 et l’Euro français.

Oui, la Grèce de l’immense Karagoúnis (numéro 20, à droite) avait été championne d’Euro, en 2004 au… Portugal (Crédit photo : cnews.fr)
La joie du buteur Grec, Ángelos Charistéas (Crédit vidéo : Youtube)

Rapprochement culturel et cadre de vie

Si les Portugais auraient légitimement pu garder une dent contre les Grecs, il s’est produit l’effet inverse. Un arrivage constant de joueurs, de transferts et d’échanges entre les deux pays. Et qui impliqua à grande échelle le Benfica Lisbonne. Le club de la capitale n’hésitant pas à faire appel à nombre d’entre eux pour garnir les effectifs du club. Chacune de leur histoire ayant prouvée que ceux-ci n’étant pas des faire-valoir. Loin de là.

Que l’on remonte aux précurseurs tels le défenseur Panayótis Fýssas (2003-2005), le milieu Kostas Katsouranis (2006-2009), l’immense Giorgos Karagounis (2005-2007). Ou encore plus récemment. Que l’on songe à un attaquant honni pour son inefficacité chronique du côté de la Canebière, Kostas Mitroglou. Honni à Marseille, oui, mais pourtant adulé au stade Estádio da Luz par les supporteurs lisboètes. Pour sa combativité et ses buts.

Un accueil chaleureux et réciproque

Aujourd’hui, ce rapprochement culturel et footballistique se matérialise par le gardien Odisseas Vlachodimos, pourtant né en Allemagne. Ainsi que le milieu de terrain Andreas Samaris. Perpétuant la tradition d’émigrations des joueurs Grecs au pays de Pessoa. S’il faut y chercher une raison, elle serait double.

D’une part, le fait de jouer dans un pays avec un climat proche de la Grèce, ensoleillée est un facteur important. Culturellement, les deux pays étant assez proches. L’autre aspect, plus sportif, pour le Benfica, est lié au fait de disposer de bons joueurs de ballons, sans égo démesurés et ayant le sens du sacrifice chevillées aux corps.

Et de plus, dans une équipe du Benfica jouant le haut du panier, chaque saison, ce sont des valeurs sûres. Toujours prêts à faire passer l’équipe avant leurs statistiques. Remember l’Euro 2004, encore et toujours.

« Fiz isto em Portugal porque os portugueses receberam-me de uma maneira muito boa, amigável. Senti-me confortável logo no início » « Je suis venu Portugal et ai été reçu de manière exceptionnelle par les Portugais. Me sentant bien très bien et à l’aise très tôt ».

Andreas Samaris, 150 matchs au compteur avec Benfica (Slbenfica.pt)
Andreas Samaris, un Grec heureux au Benfica (Crédit photo : chroniclelive.co.uk)

Habitués aux chaudes ambiances

S’il est encore trop tôt pour parler de Vlachodimos, plus jeune et étant au club depuis seulement le début de saison, la situation de Samaris diffère. Au club depuis bientôt 5 ans, celui-ci représente à lui seul la bonne entente greco-portugaise. À son niveau, le milieu de terrain fait désormais partie des cadres de l’équipe et est un joueur apprécié et reconnu. Y compris par les anciens du Benfica. Son compatriote Katsouranis en tête.

« Mostrou paciência e foi recompensado. Mostrou que o treinador anterior encostou-o injustamente e ele não desistiu. Um exemplo de dedicação e profissionalismo ». « Samaris a montré toute sa patience et en est récompensé. Il a montré que l’entraîneur précédent l’avait injustement mis à l’annexe. C’est un exemple de professionnalisme et de rigueur ».

Kostas Katsouranis adoubant son compatriote Samaris (Record.pt)

Effectivement, l’obstacle croate ce soir stade Maksimir promet d’être âpre. Le Dinamo caracole en tête de son championnat. Les coéquipiers du défenseur français Kévin Théophile-Catherine attendant également les coéquipiers de la jeune pépite João Félix de pied ferme. Dans une atmosphère déchaînée.

Néanmoins, il en faudra bien plus pour déstabiliser Vlachodimos et Samaris, qui ont déjà goutés aux ambiances du Panathinaïkos ou de l’Olympiakos. Autrement plus chaud, surtout lors du derby athénien. Ou dernièrement face à Galatasaray lors du tour précédent, à Istanbul. Les Croates sont prévenus. La pression glisse sur les Portugais.

Odisseas et Andreas, prêts au combat

Dans cette ambiance de folie, Odisseas Vlachodimos et Andreas Samaris porteront le fer et seront aux premières loges. Le premier tentera de préserver sa cage inviolée. Dans la lignée de son exceptionnel match contre Porto samedi dernier. Quant au second, il devra distiller de bons ballons et couper les attaques des Croates. Dans une féroce lutte au milieu de terrain.

Dans tous les cas, les deux joueurs auront pour mission de permettre aux hommes de Bruno Lage de revenir de Zagreb avec un avantage certain. C’est pourquoi, comme à l’époque de la fameuse Bataille des Thermopyles, les Grecs n’abandonneront jamais le combat. En faisant tout leur possible pour remporter la partie. Et mieux vaudra être dans leur rang. Qu’en face. Comme en 2004. C’était il y a 15 ans, déjà.