Semaine décisive en Turquie pour Galatasaray avec deux matchs au programme. En effet, les hommes de Fatih Terim sont en lice pour un doublé potentiel championnat-coupe. Surtout, les Rouge et Jaune pourront compter sur leurs « Français », les liens entre Galatasaray et la France étant anciens.

Sofiane Feghouli (à gauche, n°89) et Younes Belhanda (à droite), les moteurs de Galatasaray cette saison (Crédit photo : Goal)

C’est une semaine particulièrement importante pour Galatasaray avec pour débuter, la finale de la Coupe de Turquie demain à 19h45 contre Akhisarspor, avant de jouer la « Finale » du championnat lors de la 33ème journée face à Başakşehir dimanche prochain. Pour cela, quoi de mieux que de s’appuyer sur les francophones du club, une langue liée au club.

France-Turquie, des relations profondes et compliquées

La France et la Turquie, deux pays distants et lointains et pourtant si proches. Entre les deux, des siècles d’histoire, d’incompréhensions ou de défiances mais toujours un respect.

Ces liens profonds et historiques ont débuté notamment au 16ème siècle avec l’Alliance franco-ottomane de 1536 qui établit une entraide des deux puissances. Afin de contrer l’Empereur des Hasbourg, Charles Quint, et son inévitable extension en Europe et sur les mers. Celle-ci permettra de mettre en place une collaboration entre les deux nations raffermie jusqu’au 17ème siècle. Le Sultan Mehmet IV ayant tenté d’établir à son tour des relations diplomatiques avec Louis XIV, sans succès en raison d’une querelle de personnes entre les deux souverains.

Le Roi de France François 1er et le Sultan turc Soliman (Kanuni Süleyman) le Magnifique (Crédit photo : Africapresse)

Cette relation « attraction-répulsion » ayant par la suite échouée sur les aléas de la vie et des guerres historiques. Entre la Première Guerre Mondiale où l’Empire Ottoman allait se retrouver, avec l’Allemagne, face à la France ou bien encore la guerre d’Indépendance turque qui verra les deux pays s’affronter de nouveau avant de s’entendre. Bref, tout cela bien loin du football dirons certains. Et pourtant…

Le Sultan Abdülaziz, l’homme du renouveau (Crédit photo : Wikipédia)

Mekteb-i Sultani, futur Galatasaray

En 1867 a eu lieu, à Paris, l’Exposition Universelle organisée par Napoléon III. Pour cela, l’Empereur décida d’inviter nombre de personnalités et de Rois afin de leur montrer toute la puissance de la France. Parmi les invités à ce « Who’s Who » mondain avant l’heure, un homme, le Sultan ottoman Abdülaziz (1830-1876).

Le Lycée de Galatasaray, hier (Crédit photo : kilsanblog)

Homme éclairé et pétri de culture française, son règne aura une importance considérable sur l’Empire déclinant. Perpétuant la volonté novatrice de son prédécesseur (Abdülmecid) notamment à travers les réformes du « Tanzimat » (la réorganistion), Abdülaziz n’aura de cesse de tout remettre à plat. Son objectif étant de constituer une élite intellectuelle susceptible de continuer de maintenir les visées impériales.

Le Lycée de Galatasaray aujourd’hui (Crédit photo : gsl.gsu.edu)

Dans cette optique, sa vision orientée vers l’occident aura permis à l’Empire ottoman de se doter de banques («Osmanlı Bankası»), de lieux d’apprentissages («Darüşşafaka») ou d’écoles avec, entre autres, le Mekteb-i Sultânî, le futur Lycée de Galatasaray. S’inspirant encore une fois de la France afin de former de hauts fonctionnaires compétents. La suite sera moins rose pour Abdülaziz puisqu’il finira selon la rumeur… assassiné.

Ali Sami Yen, plus qu’un fondateur

Pour comprendre l’importance de Galatasaray en Turquie, il faut se plonger dans la vie de son fondateur. Ali Sami Yen – que chaque passionné de football connaissait davantage pour le nom de l’ancien stade du club – fut plus qu’un créateur. Né à la fin du 19ème, il n’a que 17 ans lorsque, avec des amis, il se décide de lancer une « section football » au sein de son lycée de Galatasaray.

Ali Sami Yen, le fondateur de Galatasaray (Crédit photo : hakantopcu54.blogcu)

Corsetés par la rigidité d’un Empire en fin de souffle, brimés par les hommes du Sultan Abdülhamid II pour qui une simple réunion était un crime de lèse-majesté, Ali Sami Yen voulait vivre de sa passion. Une jeunesse désireuse de se cultiver et de pratiquer une activité sportive régulière en copiant les Anglais. Ironie de l’histoire, de l’autre côté du Bosphore, d’autres jeunes en feront de même pour créer le club de… Fenerbahçe.

La musique de Galatasaray. Cela change des stades de foot… (Crédit vidéo : Youtube – tcoskun)

Ali Sami Yen ayant été l’homme à la base de la création du futur club aujourd’hui reconnu de par le monde entier. Un homme également à jamais dans les mémoires pour avoir été le premier sélectionneur de la République Turque. Fondée par Atatürk le 29 octobre 1923 qui verra cette même année le « Milli Takım » affronter la Roumanie pour un match nul 2-2. Un véritable monument national pour tous les fans du « Galata ».

La France, un modèle

C’est un fait, la France a eu une importance considérable dans l’histoire de la Turquie et pour toute l’intelligentsia locale. Pétris par la philosophie des Lumières et nourris à la Révolution de 1789, ces idéalistes pesèrent de tout leur poids dans l’histoire locale. La communauté de Galatasaray à travers son lycée éponyme est un des fers de lance à tous niveaux.

L’ex-président français François Hollande décore la chanteuse turque Candan Erçetin qui est également membre du club de Galatasaray (Crédit photo : sacitaslan)

Poètes (Tevfik Fikret, Nâzım Hikmet), journalistes (Haldun Taner, Mehmet Ali Birand, Çetin Emeç), artistes (Candan Erçetin, la chanteuse notamment) ou politiciens, tous perpétuent la tradition du Lycée à travers les âges. Le français étant même (avec le turc) la langue d’apprentissage des étudiants. Cette singulière communauté étant également parfois source de critiques notamment dans le club même. Entre les diplômés du Lycée et les autres, un fossé culturel peut voir le jour.

Le Général de Gaulle visite le Lycée (Crédit vidéo : Youtube – İstanbul Araştırmaları Enstitüsü)

Les Présidents français, du Général de Gaulle en passant par François Mitterrand ou Jacques Chirac, ayant également raffermis ces liens. Un lieu de passage obligé si l’on veut se sentir en France finalement.

Jacques Chirac, ancien président, et la remise du titre de « docteur honoris causa » à l’Université Galatasaray en 2010. À gauche, İlber Ortaylı un historien turc célèbre (Crédit photo : istanbul.consulfrance)

Didier Six, un Français à Istanbul

Toutefois, ce qui fait également la singularité est la propension du club turc à se projeter en France. Un nom revient comme ayant été le précurseur de cette amitié franco-turque au niveau footballistique. Lillois de naissance, coéquipier de Michel Platini en équipe de France, Didier Six n’a passé qu’un an en Turquie.

Dündar Siz a l’air heureux (Crédit photo : thevintagefootballclub)

C’était lors de la saison 1987/1988. Suffisant pour en faire le porte-étendard de l’époque des relations entre Paris et Istanbul. En lui permettant surtout de prendre la nationalité turque et de se faire appeler « Dündar Siz ». Oui, oui ! Un des premiers joueurs ayant passé le cap en Turquie à ce niveau.

Sébastien Pérez, le guerrier

Son nom rappelle de bons souvenirs en France, une époque où le football était accessible à tous. Ce joueur fit également les beaux jours de Saint-Étienne, Bastia et Marseille et son tempérament avait tout pour plaire. Notamment et surtout en Turquie où ce guerrier laissa d’excellents souvenirs.

Sébastien Pérez en pleine réflexion ? (Crédit photo : Getty Images)

Celui d’un joueur professionnel, de bonne humeur et jouant tout pour le collectif. Une saison seulement (2001-2002) mais un championnat turc empoché, des souvenirs plein la tête et l’image d’un joueur généreux. Ce qui fait même dire à certains commentateurs aujourd’hui qu’il manque ce type de défenseur… C’est dire le succès du bonhomme.

Aujourd’hui, un fort tropisme « français »

Cette saison pourtant, aucun joueur français dans l’effectif, certes, mais un fait saute aux yeux. Le nombre de francophones, joueurs ayant connu la Ligue 1 ou lié à la France. Entre les Maghrébins comme le Marocain Younès Belhanda (ancien niçois) ou l’Algérien Sofiane Feghouli. Les Sénégalais Badou N’diaye, le sérial-buteur Mbaye Diagne ou encore l’ancien bordelais Mariano.

Citons également Emre Akbaba, victime malheureuse d’une grave blessure lors du match gagné péniblement par Galatasaray face à Rizespor (2-3). Celui-ci, né en France et ayant donc potentiellement la langue de Molière dans sa besace. Sans parler de l’inoubliable grec Kostas Mitroglou, blessé actuellement, et que les Marseillais ne peuvent, pour diverses raisons, oublier.

Bref, le français semblant être comme au Lycée, la LV1 lors des entraînements concoctés par Fatih Terim. Ce qui prouve aussi et surtout la bonne disposition, même indirectement entre la France et la Turquie.

Semaine décisive pour Galatasaray

Entre le 15 mai (demain donc) et dimanche prochain, le 19, Galatasaray va savoir. Doublé possible et probable ou pas, la question n’est pas tranchée pour un club quasi miraculeux cette saison. Un savoir-faire immuable surtout et une volonté intacte de la part de Terim et associés de remporter un doublé inespéré.

Pour cela, victoires obligatoires face à Akhisarspor demain en Coupe pour un club déjà relégué en deuxième division turc et surtout face à Başakşehir. Pour montrer que la relation (« iş birliği ») franco-turque est toujours vivace. L’histoire étant toujours facétieuse et même avec des hauts et des bas, la France et la Turquie sont liées ensemble par une histoire. Galatasaray, le pont entre deux cultures séculaires.