De par son nombre de pays restreint, le continent américain (Amérique du Nord + Amérique du Sud) compte peu de championnats de haut niveau. Parmi eux, la Liga MX n’est pas le plus connu ni le plus médiatisé mais a récemment émergé comme un cador de la zone, face notamment à la MLS et aux championnats sud-américains (Argentine et Brésil).

En France, parler de championnats hors-européens, et plus spécifiquement américains, se résume souvent à évoquer la Superliga argentine ou le Brasileirão. Ils sont considérés comme les plus prestigieux du continent et les noms de leurs équipes de légende comme Boca Juniors, River Plate, le Santos FC ou le São Paulo FC sont connus de tous. Depuis une dizaine d’années, la MLS fait également parler d’elle en Europe grâce à ses stars et son développement croissant. Entre ces deux tendances, quelle place pour la Liga MX, qui peut se considérer légitime à intégrer cette liste grâce à de solides arguments sportifs et économiques ?

Un quatuor partagé entre Amérique du Sud et Amérique du Nord

S’il est difficile de sortir un seul championnat du lot, on peut en qualifier trois voire quatre comme les meilleurs du continent américain : le Brasileirão, la Superliga d’Argentine, la Liga MX et dans une moindre mesure la MLS. Ces quatre-là sont les championnats les plus puissants d’Amérique en termes de valeur marchande des joueurs (Transfermarkt), de valeur des clubs (Forbes) et de ventes de maillots avec en tête les Chivas (Mexique), Boca Juniors (Argentine) et Flamengo (Brésil). Cependant, il existe une distinction entre les deux « poids-lourds » sud-américains (Argentine et Brésil) faisant partie de la CONMEBOL et les deux « émergeants » nord-américains (Mexique et USA) faisant partie de la CONCACAF, avec un avantage historique pour les premiers. En effet, l’Amérique du Sud (et en particulier l’Argentine et le Brésil) est une terre de football par excellence qui a vu naître quelques-uns des meilleurs talents de l’histoire du ballon rond. Les grands clubs argentins et brésiliens sont connus dans le monde entier depuis de nombreuses années et des joueurs légendaires, originaires ou non de la région, viennent terminer leur carrière au sein de ces institutions (on peut citer les exemples récents de Daniele De Rossi et Dani Alves). Historiquement et du point de vue européen, le niveau de ces deux championnats est donc depuis de très nombreuses années considéré comme le meilleur du continent.

Le Superclásico de Buenos Aires entre Boca Juniors et River Plate est considéré comme le match le plus prestigieux du continent américain car il oppose deux des clubs les plus mythiques de l’histoire du football (Crédit photo : Depor).

Cependant, ce constat peut être nuancé par l’évolution de ces dix dernières années. La MLS peut être considérée légèrement en dessous car elle part de loin du fait de son histoire très récente et de sa localisation dans un pays qui n’a pas la « culture foot », même si elle a été en constant développement. De son côté, la Liga MX, championnat déjà prestigieux depuis plusieurs décennies, a pris de l’importance et est aujourd’hui l’un des plus grands réservoirs de talents d’Amérique. Beaucoup de sélections du continent comptent dans leurs rangs des joueurs de Liga MX, que ce soit les USA, le Mexique bien évidemment, l’Équateur, le Pérou ou encore la Colombie (la plus représentative du phénomène avec 5 joueurs de Liga MX lors de la dernière trêve internationale). Même l’Argentine compte régulièrement au moins un joueur du championnat mexicain dans ses rangs. Le championnat mexicain est devenu l’étape intermédiaire avant l’Europe pour beaucoup de sud-américains qui préfèrent se consolider quelques temps en Liga MX au lieu de rallier le Vieux Continent directement depuis leur pays d’origine. Luis Suárez en personne, bien que n’ayant jamais joué en Liga MX, soulignait ce phénomène :

« Le football mexicain, parmi tout ce qui peut être latino ou sud-américain, est un des meilleurs. N’importe quel joueur uruguayen, argentin, brésilien, ou chilien rêve d’aller au Mexique pour franchir un cap. Cela veut bien dire quelque chose.»

Luis Suárez au sujet du championnat mexicain qui a selon lui pris beaucoup d’ampleur des dernières années (ESPN).

Un championnat très suivi

Plus que dans l’aspect purement sportif, c’est dans les moyens financiers et matériels que la Liga MX se distingue de ses rivaux. En effet, le Mexique est en avance par rapport à l’Amérique du Sud en ce qui concerne les infrastructures : les stades, les moyens techniques de diffusion TV, etc. Comme souvent dans le football moderne, ce pouvoir financier provient essentiellement des droits TV et donc du nombre de suiveurs du championnat. Ce qui rend le Mexique unique sur le continent est la manière dont sont négociés les droits TV. En effet, la Liga MX ne négocie pas à elle seule la diffusion des matchs mais les 19 clubs gèrent individuellement leurs droits TV avec les compagnies de télévision ce qui rend la diffusion du championnat beaucoup plus large car opérée par de nombreuses chaînes. De plus, la Liga MX est très regardée aux États-Unis, elle fait plus d’audience que n’importe quel autre championnat au monde, y compris la Premier League. Cela rapporte énormément de revenus aux clubs mexicains, dont certains reçoivent plus d’argent de la part des chaînes américaines que mexicaines.

Un schéma explicatif montrant les clubs de Liga MX et la/les chaînes de TV qui possèdent leurs droits de diffusion (Crédit : Record).

Les championnats brésilien et argentin sont plus connus pour leurs « ambiances de feu » et plus médiatisés en Europe, pourtant, le spectacle dans les tribunes se passe avant tout au Mexique. Alors que l’affluence moyenne est de 16 000 spectateurs par matchs au Brésil et de 20 000 en Argentine, la Liga MX peut compter sur un chiffre de 26 500 spectateurs en moyenne. Les Rayados de Monterrey ont la saison dernière connu une affluence moyenne exceptionnelle de 48 392 spectateurs par match, plus que Chelsea, Tottenham ou Liverpool par exemple. Les affluences ont grimpé ces dernières années, avec une majorité de matchs joués à guichet fermés et près de 80% de remplissage des stades pour les plus grands clubs. La prochaine étape pour la Liga MX se situe en Europe : elle doit pouvoir dans les prochaines années attirer des suiveurs et des droits TV en Europe pour s’affirmer comme le vrai cador du continent américain.

Le spectacle au rendez-vous

C’est donc grâce à des moyens financiers considérables engendrés par la forte attraction du championnat que des équipes comme l’América, les Tigres ou les Rayados de Monterrey peuvent retenir des internationaux qui ont le niveau pour jouer en Europe (on peut citer Roger Martinez à l’América ou encore Rodolfo Pizarro aux Rayados) ou même en rapatrier en provenance du Vieux Continent (Carlos Salcedo ou Diego Reyes aux Tigres, Miguel Layún aux Rayados, etc.). La concentration d’internationaux et de « stars » d’Amérique Latine est unique en Liga MX, le spectacle est quasiment garanti lors des grosses affiches ce qui apporte beaucoup au prestige de la Liga MX. Un joueur comme André-Pierre Gignac est par exemple unique sur le continent américain. De leur côté, les championnats sud-américains comptent de façon plus exceptionnelle sur l’arrivée de joueurs en provenance d’Europe. Statistiquement, en comparaison avec le Chili, le Paraguay, la Colombie, l’Argentine et le Brésil, la Liga MX est le championnat le plus spectaculaire d’Amérique (Football Stats et Soccerway) avec un but toutes les 34, 5 minutes et plus de tirs par matchs que dans tous les autres championnats.

« Le championnat mexicain est plus riche que le championnat argentin ou brésilien par exemple, les joueurs profitent de revenus conséquents et d’une qualité de vie exceptionnelle : ils sont donc moins tentés de laisser tout ça pour l’Europe. Deuxièmement, les clubs eux-mêmes sont en général en bonne santé financière, ils n’ont pas forcément besoin de vendre leurs meilleurs joueurs et ont les moyens de les conserver. »

Tom Marshall, qui couvre le football mexicain pour ESPN, sur la richesse des clubs de Liga MX (Almomento).

Ce spectacle est également en partie dû à la structure de la Liga MX. Chaque saison est séparée en deux tournois, ce qui permet de titrer deux champions par an. Le tournoi Apertura (ouverture), commence en juillet pour se terminer fin décembre, puis le tournoi Clausura, reprend en janvier pour terminer en mai. Chaque tournoi consiste en une phase régulière lors de laquelle toutes les équipes s’affrontent une fois avant les play-offs, appelés la Liguilla, auxquels participent les huit équipes les mieux classées. Ainsi, la Liguilla est un moment d’euphorie et d’émotions permanents, car chaque club peut être champion et le tournoi peut basculer en un match. Avec deux tournois par saison, c’est l’assurance de deux fois plus de spectacle. Le championnat étant assez homogène, les 19 clubs ont tous les six mois une chance d’être champions. En février 2017, un article du journal anglais The Guardian titrait même que la « populaire et excitante Liga MX est la meilleure hors d’Europe : il y a deux champions par an et chaque match compte ».

Un exemple de moments légendaires que permet la Liguilla : lors du Tournoi Clausura 2013, le gardien de l’América Moisés Muñoz avait égalisé à la 92 ème minute de la finale retour et son équipe fut sacrée championne aux tirs aux buts. (Crédit photo : As México).

Les compétitions continentales, juge de paix ?

N’étant pas dans la même confédération, les équipes mexicaines et sud-américaines ne sont pas sensées jouer dans la même compétition. Les clubs de Liga MX et de MLS participent à la CONCACAF Champions League au niveau assez faible (que les mexicains dominent outrageusement), tandis que les clubs sud-américains jouent la prestigieuse Copa Libertadores de la CONMEBOL. Pourtant, à partir de 1998, des clubs mexicains ont bien participé à la plus grande compétition du continent américain sans succès : seules trois équipes mexicaines ont atteint la finale sans parvenir à gagner : Cruz Azul (2001) les Chivas de Guadalajara (2010) et les Tigres (2015). En 2016, le changement de format et la brouille entre la CONCACAF et la CONMEBOL ont fait que les clubs mexicains n’y participent plus.

En 2015, les Tigres d’André-Pierre Gignac s’étaient inclinés en finale de la Copa Libertadores face à River Plate (Crédit photo : Especial).

La nouvelle place du championnat mexicain sur l’échiquier latino-américain et sur le continent américain ne plaît pas à tout le monde et depuis quelques années, on assiste même à l’émergence d’une rivalité de plus en plus intense entre mexicains et argentins qui se battent pour défendre leur championnat comme le meilleur du continent. En Argentine, autant pour les supporters que pour les journalistes, il ne fait aucun doute que la Superliga surpasse largement la Liga MX et les échecs mexicains en Copa Libertadores sont représentatifs de cette différence :

« – Non, je ne sous-estime pas le championnat mexicain, mais c’est quand même un merdier, un bordel …

– Tu as raison, le foot mexicain n’est pas regardable, ils défendent pas, ils se placent mal, ils ne savent rien »

Les deux journalistes argentins Flavio Azzarro et Augusto César lors d’une émission TV en Argentine (Futbol al horno).

Nul doute que la Liga MX est un championnat qui compte sur le contient américain : il est situé entre le prestige de l’Amérique du Sud et les moyens financiers et matériels de l’Amérique du Nord. Avec des joueurs exceptionnels et un spectacle de haut niveau, tout cela dans un championnat plein de suspense, il est très suivi sur le continent et fais rêver beaucoup de joueurs. Cependant, la Liga MX manque clairement d’exposition en Europe et si elle semble dominer sportivement la MLS, elle n’a jamais montré sa valeur face aux confrontations directes avec l’Amérique du Sud. Ainsi, il est difficile d’en faire “le meilleur” championnat d’Amérique, tant sur le plan médiatique et symbolique que sportif.