Dans la poule de l’Equipe de France, la Norvège va tenter de créer la surprise sur cette compétition. Auparavant meilleure nation européenne, les Scandinaves peinent à revenir sur le devant de la scène.

La Norvège va disputer durant le mois de juin sa huitième phase finale de Coupe du Monde. Sans Ada Hegerberg, leur meilleure joueuse et Ballon d’or en 2018, la tâche s’annonce compliquée pour aller loin dans la compétition. L’équipe entraînée par Martin Sjögren pourra néanmoins s’appuyer sur les anciennes générations qui ont particulièrement brillé.

La Norvège, l’une des pionnières du football européen

Au contraire de leurs homologues masculins, la Norvège a été une nation très forte à l’échelle mondiale. Disputant leur premier match officiel en 1978 (défaite contre la Suède sur le score de 2 buts à 1), les Norvégiennes ne tardent pas à montrer leur plein potentiel. Neuf années exactement.

En effet, elles remportent l’Euro féminin en 1987 face à leurs voisines suédoises (2-1) où seules quatre équipes disputent la compétition (Suède, Italie, Angleterre et donc la Norvège). Il faut dire que les règles de qualification étaient alors très dures à l’époque pour y accéder. Les premières de chaque poule de qualification avaient en effet accès à cet Euro.

Heidi Støre face à l’Allemagne durant les qualifications de l’Euro 1987 (crédit photo : Uefa.com)

L’une des meilleures joueuses du monde était à l’époque norvégienne, du nom de Heidi Støre. Jouant au milieu de terrain, elle se remémore très bien cette compétition où elles ont dû faire preuve d’exploit pour soulever la coupe.

« Je me rappelle bien le tournoi de 1987, notamment parce qu’on a réussi à battre des équipes féminines bien établies. Pour aller en phase finale on a dû battre le Danemark. C’était notre première victoire (5-2) contre elles et, ensuite, on a battu l’Italie en demi-finale. Ça aussi, c’était une première. En finale, la Suède était favorite. Je me rappelle que c’était la première fois que les médias en faisaient autant sur le football féminin et nous, les joueuses, on n’avait pas l’habitude. Ça nous a vraiment plu ! On avait déjà joué plusieurs fois contre les Suédoises mais on n’avait jamais réussi à les battre. »

Heidi Støre en 2012 (Uefa.com)

L’une des meilleures nations au monde

La Norvège parvient ensuite à surfer sur cette victoire en se révélant comme l’une, si ce n’est, la meilleure nation mondiale. Pendant près de 13 années, elle collectionne les finales dans les grandes compétitions internationales : l’Euro, la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques.

Après leur victoire en 1987 dans le championnat d’Europe, elles sont finalistes en 1989 et en 1991 avant de nouveau triompher en 1993. La Norvège est alors sacrée grâce à leur victoire 1-0 face à l’Italie. Concernant la Coupe du Monde, elles sont finalistes pour la première édition en 1991 où elles échouent face aux États-Unis sur le résultat de 2 buts à 1.

Les Scandinaves sont ensuite sacrées en 1995 face à l’Allemagne avec une victoire 2-0. Les buteuses sont deux des meilleures joueuses norvégiennes de l’histoire, à savoir Hege Riise et Marianne Petersen. En effet, elles sont respectivement la plus capée et la meilleure buteuse de la sélection.

Le résumé de la finale entre la Norvège et l’Allemagne (crédit vidéo : Youtube FIFA TV)

Les Norvégiennes montrent également leur supériorité pendant les Jeux Olympiques. D’abord troisièmes pendant l’édition de 1996 à Atlanta, elles soulèvent le trophée quatre années plus tard à Sydney. La Norvège bat les États-Unis 3 à 2, leur plus grande rivale de l’époque pendant les prolongations. La héroïne porte le nom de Danny Mellgren qui les délivre à la 102ème minute du match, clôturant ainsi la rencontre avec son but en or.

Dagny Mellgren, héroïne d’un soir (crédit photo : Opinions)

Grâce à ce succès, la nation scandinave devient la première nation européenne à soulever les trois trophées. Preuve de leur hégémonie au niveau européen.

Une longue et lente baisse de niveau

Ce triomphe durant les Jeux Olympiques est le dernier de l’histoire de la Norvège. Cela peut paraître étonnant au vu de leurs performances pendant près de quinze années, mais c’est bel et bien le cas. Le principal coupable de ce trou noir est l’Allemagne.

En effet, cette nation a pris la place de meilleure nation européenne et se montre comme le bourreau des Norvégiennes. Pendant l’Euro 2001, elles se font battre en demi-finale alors que l’Euro 2005 les voit chuter en finale, toujours face à cette équipe allemande. Bis repetita lors des deux éditions suivantes : défaite en demi-finale en 2009 puis finaliste en 2013.

Si elles parviennent à surnager au niveau européen, ce n’est plus le cas d’un point de vue international. Que ce soit aux Jeux Olympiques ainsi qu’en Coupe du Monde, elles déçoivent grandement. La meilleure place de la Norvège n’est qu’une petite quatrième place durant le Mondial 2007 en Chine. Et devinez qui est leur bourreau en demi-finale : l’Allemagne, encore et toujours. Cette baisse de niveau se répercute ainsi sur le classement de la FIFA. Crée en 2003, les Norvégiennes étaient classées troisièmes avant de rétrograder au fil des années. Elles sont en effet sixièmes en 2008, puis douzièmes en 2012…

Le classement FIFA de la Norvège au fil des années (crédit Photo : Wikipédia)

L’un des autres facteurs pouvant expliquer cette baisse de régime est l’absence de grands clubs norvégiens dans la Ligue des Championnes. Cette compétition qui a vu le jour en 2001 n’a pas vu une seule équipe norvégienne atteindre une finale.

La meilleure performance n’est qu’une demi-finale en 2005 et 2007. Pire. Depuis 2011, aucun club n’a atteint les quarts de finale. Le bilan s’avère donc famélique et sans locomotive dans le championnat, il est difficile pour le pays de réussir dans les compétitions internationales.

De mal en pis aujourd’hui

Si la Norvège a connu un long déclin, elle semble avoir touché le fond ou presque ces dernières années. Par exemple, elles n’ont pas réussi à se qualifier dans plusieurs compétitions et notamment les Jeux Olympiques puisqu’elles ont manqué les deux dernières éditions (Londres 2012 et Rio 2016).

Les joueuses manquent cruellement de niveau et peinent à s’exporter dans les championnats étrangers plus renommés. En effet, seulement six joueuses sur les 23 sélectionnées n’évoluent pas en Norvège. Deux sont à Chelsea (Maria Thorisdottir et Maren Mjelde), deux à Wolfsburg (Kristine Minde et Caroline Graham Hansen), une à Göteborg (Vilde Boe Risa) et une à Linkopings (Frida Leonhardsen Maanum).

Les 23 sélectionnées pour la Coupe du Monde (crédit image NorgesFotballforbund :

Si vous suivez la Ligue des Champions féminines, vous devez connaitre Maren Mjelde. Elle a notamment marqué le but qui a éliminé le PSG en demi-finale.

Le but de Maren Mjelde éliminant le PSG (crédit Vidéo : Youtube/Al Ahly Women’s)

L’autre problème de l’équipe norvégienne est la Fédération. En effet, il existe des conflits avec certaines joueuses dont la plus connue mondialement, Ada Hegerberg. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi de prendre sa retraite internationale en août 2017.

« J’avais du mal avec le fonctionnement amateur de notre système fédéral et je me devais d’exprimer mon désaccord. Si l’équipe nationale veut atteindre les objectifs et les résultats que l’encadrement a fixés, ça nécessite selon moi des améliorations dans plusieurs domaines, à la fois dans la planification, dans l’exécution et dans le suivi »

Ada Hegerberg en mars 2018 (Magazine l’Equipe)

La Lyonnaise ne participera donc pas à la prochaine Coupe du Monde, de même que sa sœur qui évolue au PSG, Andrine Hegerberg.

Une surprise durant ce Mondial ?

Après une élimination dès les huitièmes de finale lors de la précédente édition en 2015, les Norvégiennes vont tenter d’aller plus loin dans la compétition. Si tel est le cas, ce sera alors une petite surprise. Les derniers résultats peuvent néanmoins laisser augurer cette possibilité. Elles ont d’ailleurs remporté la précédente Algarve Cup en mars dernier.

La Norvège a été placée dans la poule A avec le pays hôte, la France, la Corée du Sud et le Nigéria. Classée douzième au précédent classement FIFA, cette sélection a le second coefficient le plus élevé du groupe derrière les Françaises. Passer les poules devrait être logiquement atteignable.

Caroline Hansen, l’une des meilleures joueuses de la sélection (crédit Photo : Les Féminines)

Si les Norvégiennes veulent créer la surprise, le sélectionneur va notamment s’appuyer sur Caroline Hansen. Elle a été impressionnante durant les phases de qualification avec six buts en huit rencontres. Avec 22 buts en 33 sélections, elle n’est qu’à seulement une unité d’entrer dans les dix meilleures buteuses de l’histoire norvégienne, à seulement 24 ans.

La formation scandinave va entrer dans la compétition le 8 juin prochain face au Nigéria. Une rencontre abordable pour pleinement entrer dans la compétition et se mettre en confiance en vue des prochains matchs.