Cet entre-deux est un temps idéal pour se poser, avant les grands rushs de rentrée, se demander de quoi cette saison 2019/2020 sera faite.

La Coupe du monde, c’est bel et bien terminé. Les championnats européens n’ont pas encore repris mais c’est le moment d’effectuer un tour d’horizon des grands sujets qui noirciront immanquablement nos colonnes.

Parris à Lyon, Däbritz au Paris Saint-Germain : qu’attendre de ces gros transferts ?

Son nom était sur toutes les lèvres avant la Coupe du monde, Nikita Parris est officiellement devenue lyonnaise le 8 juillet, au lendemain du sacre des Américaines. Toute joueuse officiellement engagée par l’OL fait l’objet d’une attention particulière. On se dit qu’elle est nécessairement spéciale. Parris a déjà prouvé sa valeur à Manchester City, où elle a passé quatre saisons. Elle finit deuxième meilleure buteuse avec 19 buts en 19 matchs derrière Viviane Miedema (autre révélation de ce Mondial) et ses 22 réalisations. Les journalistes l’ont même élue meilleure joueuse de la saison 2018/2019.

Nikita Parris quitte Manchester City pour l’Olympique Lyonnais, c’est la recrue star des Fenottes (crédit Twitter : @ManCity)

Sa Coupe du monde est passée plus inaperçue que celle de sa compatriote Ellen White, co-meilleure buteuse de la compétition avec six réalisations en sept matchs, ex-aequo avec Alex Morgan et Megan Rapinoe. Bilan de Nikita Parris : deux buts dont un pénalty. Elle est néanmoins une titulaire indiscutable du onze de Phil Neville.

Dans la forêt offensive lyonnaise, Nikita Parris devra trouver son chemin. Des talents, ce n’est pas ce qui manque entre les Ada Hegerberg, Eugénie le Sommer, Delphine Cascarino, Shanice van de Sanden toujours fenotte à ce jour. Elle arrive à Lyon gonflée à bloc.  

« En fin de compte, quand un club comme l’Olympique lyonnais s’intéresse à toi, c’est quelque chose que tu ne peux pas refuser. […] Je suis très excitée c’est le plus grand club féminin au monde et je n’aurai pas pu espérer mieux pour booster ma carrière »

Nikita Parris, en interview sur Sky Sports

L’autre belle surprise de ce mercato est l’arrivée de l’internationale allemande (65 sélections, 13 buts) Sara Däbritz au Paris Saint-Germain, en provenance du Bayern Munich où son contrat arrivait à son terme, comme Nikita Parris. La milieue de terrain de 25 ans veut franchir un cap dans une carrière pour le moment couronnée par un titre de championne d’Allemagne en 2016 et de championne d’Europe lors de l’Euro 2013.

L’expérience, le talent et la créativité de Sara Däbritz seront précieux au PSG pour décrocher un titre cette saison (Crédit vidéo : Youtube Woso Comps)

Les Allemandes sortent d’une Coupe du monde décevante, éliminées en quart de finale par les étonnantes Suédoises, troisièmes de ce Mondial.

La mission de Däbritz : comme au Bayern, être la plaque tournante du jeu parisien, marquer, permettre à l’équipe de gagner la Ligue des Championnes. La défaite du PSG aux tirs au but en finale de la compétition Women’s French Cup (ex Toulouse International Ladies Cup, NDLR) à Colomiers le 8 août dernier face à Montpellier n’est peut être pas à prendre comme une menace. Däbritz était titulaire. Mais l’équipe est en rodage.

Ces deux arrivées, comme les départs d’internationales françaises dans des championnats étrangers (Julie Debever à l’Inter Milan, Maéva Clemaron à Everton) illustre une tendance plus nette à l’internationalisation des joueuses, prêtes désormais à être accueillies dans des structures étrangères.

La troisième place du championnat pour les Girondines ?

Les mercatos de l’Olympique Lyonnais et du Paris Saint Germain c’est une chose, celui des Girondines de Bordeaux en est une autre. Il y a les clubs qui ont les moyens et ceux qui en ont moins, mais tentent de jolis coups pour constituer une équipe compétitive. Depuis deux saisons maintenant, Bordeaux collectionne les belles signatures. Il y a eu Viviane Asseyi et Claire Lavogez la saison dernière. Voici maintenant la mondialiste jamaïcaine Khadija Shaw.

La Jamaïcaine Khadija Shaw rejoint les Girondines de Bordeaux avec la réputation d’être une petite phénomène ! (Crédit vidéo : Youtube Believed Balla)

Et surtout la razzia bordelaise dans l’effectif du Paris FC : trois Parisiennes rejoignent les rangs girondins. Du gros calibre. La mondialiste Charlotte Bilbault, les internationales tricolores Inès Jaureda et Estelle Cascarino.

Inès Jaurena est la troisième recrue bordelaise en provenance du Paris FC (Crédit Twitter : @fcgbgirls)

Sans oublier l’attaquante Ouleymata Sarr, en provenance de Lille. Sarr est toujours dans les papiers de Corinne Diacre et compte dix sélections pour deux buts. Elle viendra épauler une Viviane Asseyi qui portait seule l’attaque bordelaise la saison dernière. Ça devrait dépoter sévère.

On se demandait la saison dernière si Bordeaux pouvait coiffer Montpellier pour la troisième place. Finalement les Pailladines ont montré les crocs, ont conservé leur troisième place et les Girondines ont fini quatrièmes. Nouvelle saison, même question. Les Marine et Blanc montent en puissance, renforcent leurs lignes. La bataille pour la troisième voire la deuxième place sera féroce.  Deuxième signifie qualification pour la Ligue des Championnes.

Va-t-on arrêter de parler de l’égalité salariale femmes/hommes ?

C’est LA question. LE serpent de mer qui refait surface périodiquement. À quand une égalité salariale entre joueuses et joueurs ? Interrogée avant la Coupe du monde en conférence de presse, Gaëtane Thiney, attaquante des Bleues, avait répondu :

« Je ne suis pas du tout sensible à ça. C’est un sujet toujours un peu complexe. Je dis souvent que s’il fallait payer pour participer la Coupe du monde, je paierais. Je ne suis donc pas bien placée pour répondre à cela. Si on rapporte autant que les hommes, je n’ai aucun souci pour qu’on gagne autant. Mais mathématiquement, si on fait les comptes, je ne suis pas sûre qu’on rapporte autant que les hommes. Les primes sont ce qu’elles sont. Franchement, les conditions dans lesquelles on évolue au quotidien sont vraiment au top. Pour moi, ce que la fédération nous donne, c’est la meilleure des choses. Je pense d’ailleurs qu’il n’y a pas eu de négociations car le président a toujours été très juste avec nous ».

Gaëtane Thiney, en conférence de presse le 5 juin dernier

Dans une période traversée par les questions d’égalité entre les femmes et les hommes, l’écart abyssal entre les rémunérations est un sujet trop tentant pour ne pas s’y plonger. Le Mondial a offert une tribune idéale.

Si la marche est encore longue pour permettre à nombre de joueuses de vivre de leur passion, et si l’on peut également se demander s’il est souhaitable qu’un joueur ou une joueuse de football gagne plus de cent millions d’euros par an « pour taper dans un ballon » et s’afficher dans la publicité d’un sponsor, il est néanmoins certain que le débat est loin d’être clos. Ne serait-ce que parce qu’il bat son plein outre-Atlantique, avec le combat des joueuses américaines pour des primes et des salaires identiques. De grands noms s’impliquent : Alex Morgan, Megan Rapinoe… le genre de filles qu’on écoute. Finalement, la question n’est pas à quand un même salaire, mais plutôt à quand un même traitement, de mêmes conditions d’entraînement, de récupération, de soins médicaux ?    

Verra-t-on plus de cent supporters par match ?

Pour que le football féminin franchisse un cap supplémentaire en France, il faut bien des ingrédients. L’affluence des stades en est un. Le championnat féminin bénéficiera-t-il d’un effet Coupe du monde ? L’engouement a été réel. La FIFA a annoncé plus d’un milliard de téléspectateurs (plates-formes numériques comprises), contre 850 millions pour le dernier Mondial, en 2015 au Canada. Les matchs de l’équipe de France se sont joués à guichet fermés, en particulier le quart de finale face aux États-Unis, le 28 juin, dans un Parc des Princes à craquer avec près de 46 000 spectateurs (record battu).

Si on peut être à peu près certains que la retransmission des matchs de première division trouvera un public encore plus nombreux chez Canal +, combien seront-ils à s’assoir dans les travées du stade Robert Bobin de Bondoufle (Essonne), au stade Sainte-Germaine du Bouscat (Gironde) ou encore au stade Dezavelle (Moselle) ? Réponse dans quelques semaines.

Megan Rapinoe, prochain Ballon d’or ?

Le football féminin récompense également son gratin en attribuant depuis l’année dernière le Ballon d’Or. Qui pour succéder à Ada Hegerberg ? Il y a peu de chances que l’attaquante de l’Olympique Lyonnais enchaîne sur un second sacre. Elle a tout gagné la saison dernière avec l’Olympique Lyonnais : championnat, Coupe de France, Ligue des Championnes. Néanmoins, la meilleure buteuse du championnat, c’est Marie-Antoinette Katoto (22 réalisations, 20 pour Hegerberg) et l’attaquante lyonnaise n’a pas joué le Mondial puisqu’elle boycotte toujours la sélection norvégienne pour dénoncer les inégalités de traitement entre les formations masculines et féminines. Les jeux sont ouverts. Un billet sur Megan Rapinoe ? Bourreau des Françaises, Anglaises, Néerlandaises lors du dernier Mondial, élue joueuse de la compétition et soulier d’or… Ca fait des arguments.

Megan Rapinoe a réussi un Mondial exceptionnel, de quoi lui permettre de décrocher le Ballon d’Or (Crédit photo: Les Inrocks)

Que prépare le Real Madrid ?

Si l’on regarde ce qui se passe ailleurs en Europe, quelques excitations nous attendent de l’autre côté des Alpes, avec la résurrection transalpine du football féminin (les performances des Italiennes au Mondial l’ont prouvé), mais surtout de l’autre côté des Pyrénées avec l’entrée en fanfare du Real Madrid, enfin, sur la scène footballistique au féminin. Pas trop vite surtout. Le président Florentino Perez, interrogé à de multiples reprises, a toujours souhaité prendre son temps. En avril 2019, il avait déclaré :

« Nous souhaitons bâtir une section féminine, mais une section amateur et au sein de notre école de football, pour que les petites filles puissent jouer. Mais pas pour recruter une footballeuse professionnelle brésilienne ou allemande. »

Florentino Perez, président du Real Madrid, en avril dernier.

Il a fait exactement l’inverse. Peu importe. En sport, seul le résultat compte.

Le Real Madrid se lance dans le football féminin, après avoir absorbé le CD Tacon, club madrilène qui monte en première division espagnole (Crédit Twitter : @SyaneDalmat)

Le Real a fait ce qu’il savait faire : racheter. Le club de CD Tacon, qui fait son entrée en première division espagnole, a été absorbé par le Real qui commence déjà à faire venir quelques stars du Mondial : les Suédoises Kosovare Asllani (ex-Linköpings FC en Suède) et Sofia Jakobsson (ex-Montpellier), ainsi que la Française Aurélie Kaci, pilier de l’Atletico Madrid, championne d’Espagne en titre devant Barcelone. Pas de qualification en Ligue des Championnes cette année, mais il y a fort à parier que le Real va devenir en peu de temps un gros calibre. Ses premiers pas en championnat seront scrutés à la loupe.

Bien sûr, on peut se poser mille autres questions : l’Olympique de Marseille a-t-il compris la leçon pour éviter de redescendre après deux saisons seulement dans l’élite ? Le Stade de Reims retrouvera-t-il son lustre des années 70 ? Le nouvel entraîneur de l’OL Jean-Luc Vasseur imprimera-t-il sa marque ? Quelle équipe de France post-Mondial ? Qu’on se rassure. Cela sera traité en profondeur dans des articles dédiés. Il s’agit ici seulement de nous mettre l’eau à la bouche.