Choc en perspective ce soir à 21 heures au Tottenham Hotspur Stadium entre deux équipes surprenantes. Pour cette demi-finale aller de Ligue des Champions, les Anglais de Tottenham reçoivent la surprenante équipe de l’Ajax d’Amsterdam. Une équipe néerlandaise jamais aussi forte que sous pression.

C’est une demi-finale surprenante et inattendue, les qualificatifs ne manquent pas pour définir ce match. Entre des Anglais que personne n’attendait si haut et des Néerlandais étonnants, le choc de la soirée promet en matière de spectacle. Avec la possibilité pour les joueurs de l’Ajax d’être les dignes héritiers de leurs glorieux aînés des années 70 et 90.

Les onze chevaliers de l’Ajax (Crédit photo : RTL)

L’Ajax, classe biberon

Il y a quelques mois, la plupart étaient inconnus, pas encore mis en lumière par leur exceptionnelle saison. Pour le grand public les Matthijs de Ligt, David Neres, Donny van de Beek, Frenkie de Jong ou autres Hakim Ziyech n’étaient que de belles promesses, voire des prospects en devenir dans un univers footballistique prompt à changer de héros ou attirer par les talents bataves.

L’Ajax d’Amsterdam en action (Crédit vidéo : Youtube RMC Sport)

Ce soir, les jeunes amstellodamois représenteront une équipe qui est à deux matchs de sa première finale de Ligue des Champions depuis 1995, sans peur, sans pression et avec la certitude que leur talent et leur joie de jouer sont des totems d’immunité. À 180 minutes seulement d’une finale que tout le peuple d’Amsterdam attend depuis 24 ans pour succéder à la bande à Kluivert.

Dans une saison 2018/2019 commencée en août dernier en match de barrage contre les Ukrainiens du Dynamo Kiev, et qui s’est poursuivie jusqu’aux éliminations consécutives infligées au Real Madrid de Karim Benzema et à la Juventus de Cristiano Ronaldo lors des tours précédents. L’Ajax n’a pas chômé et a réussi à parvenir au sommet de la pyramide européenne. La vraie place d’un club pas comme les autres.

Entre traditions et modernité

C’est un fait, la culture footballistique du club d’Amsterdam n’est plus à refaire. Ses nombreuses pépites sorties du centre de formation prouvent avec acuité le savoir-faire immuable d’une équipe de champions. Une équipe et un club capables de se renouveler sans cesse malgré les départs incessants chaque début de saison.

C’est un fait, il est souvent difficile de pouvoir allier tradition et modernité dans un football centré sur les transferts et les gros sous, le dilemme est assez rude. Entre pouvoir garder intacte sa tradition séculaire et continuer à prodiguer du beau jeu, il y a également un pas nécessaire mais indispensable si l’on veut continuer à lutter au plus haut niveau.

Avec un jeu centré sur la possession et l’implication de tous les joueurs dans la construction, l’Ajax a de la matière et une philosophie de jeu héritée par les Rinus Michels, Johan Cruyff ou Louis van Gaal. Des mythes et des pères fondateurs toujours vénérés pour leurs apports.

À l’attaque toute !!

111 buts. La statistique fait frémir même au sein d’une Eredivisie habituée aux cartons. Avec un total de 111 buts marqués, l’Ajax prouve que le football offensif et total théorisé dans les années 70 est toujours vivant avec une variété offensive exceptionnelle et qui sera bien utile au club pour le titre.

Cependant, si la tradition, le jeu de passe et l’attaque à tout-va sont dans la culture du club, il faut également un maître d’œuvre. Un homme capable de mettre en musique cette harmonie nécessaire à toute équipe. Et qui pourra hisser ses joueurs au firmament de la reconnaissance européenne.

Erik Ten Haag, l’architecte du renouveau

Une équipe de football a besoin de fondations et de plans précis, tracés à partir d’une mise en perspective claire et pouvant s’ajuster en fonction des besoins. L’ADN de l’Ajax a toujours été de produire du beau jeu, en variant les options et impliquant tous les joueurs.

Toutefois, impossible de mettre en place ce jeu sans quelqu’un capable de définir les fondations. Cet architecte au long cours se nomme Erik Ten Haag et à 49 ans, le football mondial découvre un esthète. Si sa carrière footballistique fut tout au plus honnête, l’ancien défenseur se révèle dans ses nouveaux habits, au sens propre comme au sens figuré.

Ten Haag, l’héritier de Guardiola?

Crâne rasé, petite barbe bien taillée, costume cintré avec un gilet et une élégance bien particulière, sensiblement le même âge et passé par le Bayern Munich tous les deux. Ne cherchez pas Pep Guardiola mais Erik Ten Haag qui cultive une certaine ressemblance avec le génie catalan. Aussi bien sur le bord du terrain que sur le fond de jeu.

Il vous fait penser à qui avec son petit gilet? (Crédit photo : AS)

Passé, lui aussi donc, au sein du Bayern Munich mais plus précisément dans les équipes de jeunes. À l’époque où le grand manitou de Manchester City était l’entraîneur principal du club allemand. Avec la possibilité pour le Néerlandais, à l’instar de son mentor au début de sa carrière au Barca B, d’observer les faits et gestes de Guardiola.

Et ensuite, appliquer lui-même ses théories sur son équipe : jeu de possession, récupération à la perte de balle, avec un pressing haut, une implication de tous les joueurs dans le jeu, football offensif et permutations, travail collectif et pas d’individualisme. Ces deux années à l’ombre de Guardiola et dans une équipe plus “malléable” ont été fort utiles pour Ten Haag pour ensuite suivre le même parcours que son maître à penser.

La marque d’un homme assoiffé de connaissances et capable de descendre d’un cran pour mieux rebondir et grandir.

Pep Guardiola et Erik Ten Haag en pleine discussion tactique. Ten Haag parle, Pep écoute (Crédit photo : Telegraaf)

Un bâtisseur hors pair

Pour la plupart des techniciens, entraîner des jeunes peut s’avérer rédhibitoire et dangereux. Question de mentalité, de culture et de génération. Il est également vrai que le monde actuel est fait d’instantanéité et que le travail de fond peut être bâclé. D’une certaine manière, la modernité prend le pas sur les outils traditionnels et la patience.

Cependant, certaines personnes arrivent à tirer le meilleur quelle que soit la tranche d’âge. Erik Ten Haag a donc la particularité d’entraîner une des équipes les plus jeunes d’Europe mais arrive en même temps à faire progresser des joueurs même d’un âge plus avancé tel que le Serbe Dušan Tadić qui, à 30 ans, est dans la forme de sa vie avec des statistiques et des buts à faire pâlir d’envie n’importe quel attaquant.

Dušan Tadić dans ses oeuvres (Crédit vidéo : Youtube – NLHD Productions)

Parmi ces “vétérans”, on peut aussi retrouver un certain Daley Blind quelque peu traumatisé par son passage au sein d’un Manchester United fébrile ou encore Lasse Schöne (32 ans) présent au club depuis sept saisons maintenant. Bref, la marque du technicien néerlandais est de s’adapter à ses joueurs et les bonifier quel que soit l’âge.

L’Ajax 2019, en souvenir de 1995?

Lorsque l’on se plonge dans les chiffres, l’année 1995 revient avec insistance. En effet, cette année-là, l’Ajax de Louis van Gaal avait dominé l’Europe du football en terrassant le Bayern et le Grand Milan. Pour s’adjuger finalement sa dernière Ligue des Champions en titre.

S’il est encore trop tôt pour penser à la finale, une anecdote peut donner du baume au cœur. Lors de la saison 1994/1995, l’Ajax de Clarence Seedorf avait affronté les Grecs de l’AEK Athènes et le Bayern Munich. Tout comme cette saison en phase de poules où les “Lanciers” étaient dans le même groupe que… les Grecs et les Allemands. Un signe du destin ?

Un dernier tour de piste ?

C’est entendu, après avoir fait salivé tout le football lors d’un printemps de feu, l’Ajax va devoir vendre. Se séparer de ses meilleurs éléments promis à un avenir radieux en Espagne, en Angleterre voire en France. Mais c’est une habitude pour un club habitué à être pillé dès la lumière se fait forte sur elle.

« Qui aurait dit, l’été dernier, qu’une équipe des Pays-Bas serait en demi-finales de la Ligue des champions ? »

Erik Ten Haag, une certaine idée de la mondialisation (L’Equipe)

L’Ajax d’Amsterdam est finalement une équipe de son temps. Avec les problématiques inhérentes aux équipes talentueuses et qui doivent reconstruire. En attendant, place à cette demi-finale pour espérer atteindre la Graal tant attendu. Pour continuer le travail entrepris par les Edwin Van der Sar et autres Marc Overmars, aujourd’hui dirigeants au club, prouver à toute l’Europe que la tradition et une certaine idée du beau jeu sont compatibles avec la modernité. Tottenham est prévenu, ces jeunes n’ont peur de rien