Club mythique belge, remonté récemment en Jupiler Pro League, le Great Old réalise une saison convaincante avec une seconde place actuelle en championnat. Tout sauf un hasard pour un club qui rêve d’Europe et qui peut compter sur László Bölöni et Dieumerci Mbokani pour y parvenir.

Avec trente-sept points, le Royal Antwerp est solidement ancré à la seconde place du championnat belge. Si huit points le séparent du leader : Bruges, le Great Old devance les cadors du championnat que sont La Gantoise, le Standard de Liège, Genk et Anderlecht. Des résultats qui font écho au glorieux passé du club anversois, dernier club belge à avoir atteint une finale européenne (Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes 1993 avec une défaite face à Parme trois buts à un, NDLR).

Dire que l’Antwerp revient de loin relève de l’euphémisme. La cité des diamantaires a vu son club végéter en deuxième division pendant treize longues saisons. Pourtant le soutien populaire n’a pas faibli depuis cette funeste saison 2004/2005 où l’Antwerp est descendu en deuxième division. Le vétéran des clubs belges (créé en 1887, NDLR) peut toujours compter sur l’un des douzièmes hommes les plus bruyants du championnat.

« C’est un public très populaire, avec pas mal de supporters qui travaillent sur les docks du port d’Anvers. L’ambiance est complètement folle, ils arrivent à faire plus de bruit qu’au Standard alors qu’ils sont trois fois moins nombreux ! »

Didier Segers, ancien joueur du club (SoFoot)
L’Antwerp a aussi son You’ll never walk alone, ici dans un derby face à Lierse en 2010 (Crédit vidéo : Youtube, @RAFC passion)

Remonté en 2017/2018, le Great Old connaît aujourd’hui l’un des taux de remplissages les plus importants de Belgique. La saison dernière, le mythique stade du Bosuil avait l’un des taux de remplissages les plus importants de JPL avec douze mille quatre cent quatre-vingt-douze supporters de moyenne sur seize mille six cent quarante-neuf places disponibles.

À la sauce Bölöni

À son retour dans l’élite, le club signe un gros coup avec l’arrivée de László Bölöni à la tête de l’équipe. Le Roumain, réputé caractériel n’arrive pas en terre inconnue. Il est nommé par le vice-président, directeur sportif et ex-agent sulfureux Lucien D’Onofrio. Un tandem qui avait fonctionné au Standard de Liège avec un titre de champion en 2009.

Sans peine, il a pris la mesure du club anversois dans un championnat qu’il connaît comme sa poche. Dès la première saison, il loupe de peu la qualification en playoffs un, finissant huitième. La saison d’après, il finit sixième, se qualifie pour les playoffs un et termine quatrième devant Anderlecht et la Gantoise.

L’Antwerp a réalisé une saison 2018/2019 de haute volée avec déjà le duo Mbokani/Rafaelov décisif dans la quatrième place du Great Old (Crédit vidéo : Youtube, @RAFC)

Une performance qui leur a permis de jouer les préliminaires d’Europa League cette saison (éliminé au quatrième tour par l’AZ Alkmaar, NDLR). Séduits, les dirigeants de l’Antwerp l’ont prolongé d’un an en août 2018 pour un bail qui court jusqu’à l’été 2020 avec un objectif : retrouver les phases finales de coupe d’Europe. À soixante-six printemps, László Bölöni, passé notamment par le Sporting Portugal, Rennes ou encore le PAOK Salonique, entre dans la dernière phase de sa carrière d’entraîneur. Le technicien qui a connu pas moins de douze clubs dans sa carrière garde la même recette : l’assise défensive.

La formule ? Un gardien impérial, une défense intraitable, dans la confrontation permanente et un milieu dense. Le gardien ? Bölöni l’a retrouvé en la personne de Sinan Bolat. Le portier turc était déjà son dernier rempart au Standard. Avec treize clean sheets la saison dernière et trois cette saison sur les trois derniers matchs de JPL, il fait certainement parti des meilleurs portiers du championnat.

La défense cette saison s’articule autour de l’éternel espoir hollandais Wesley Hoedt, prêté par Southampton, estimé à huit millions d’euros et taulier de l’arrière-garde anversoise. Une façon de se relancer le central qui a connu des expériences en demi-teintes ou en forme d’échecs à la Lazio, Southampton et au Celta Vigo et qui n’a plus connu la sélection depuis 2017 (six sélections NDLR). Il est suppléé par Dino Arslanagic et côté droit Aurélio Buta, révélation avec cinq passes décisives, déjà suivi par Leicester selon les médias flamands.

László Bölöni c’est cent six matchs dirigés sur le banc de l’Antwerp, soit le troisième club où il aura le plus entraîné derrière Nancy et Rennes (Crédit photo : Le Soir / PhotoNews)

Intransigeant derrière, l’Antwerp sauce Bölöni est difficile à manœuvrer et les entraîneurs de JPL s’accordent pour en faire l’un des outsiders de cette cuvée 2019/2020. Une solidité qu’il bâtit dans l’ombre lui qui monopolise l’attention des médias belges par ses déclarations chocs et le spectacle permanent qu’il effectue sur son banc de touche.

« L’erreur que je commets dans ma communication après un match, c’est que je cherche trop directement la vérité. Pour moi, celle-ci est toujours à 100%. Même si j’ai raison seulement pour 1%, je vais utiliser ce pourcentage pour défendre mon équipe, mon club et moi-même. Ce n’est pas toujours bien. En me révoltant héroïquement pour avoir raison, je me heurte à d’autres clubs.  Cela provoque du ressentiment. »

László Bölöni sur ses techniques de communication (Walfoot)

Malgré cette solidité au cœur de novembre, après quatre matchs sans victoire à l’extérieur, le technicien roumain fût sur la sellette. Une victoire face au leader FC Bruges (deux buts à un, NDLR), la seule défaite en championnat de la saison pour les Blauw en Zwart, et tout fût oublié. Ce soir là, le Great Old a pu s’en remettre à l’artificier congolais Dieumerci Mbokani, auteur d’un but, comme bien souvent cette saison.

Dieumerci retrouve la félicité

Baroudeur, égaré à Kiev, Dieumerci Mbokani semblait être tombé dans la catégorie des joueurs cramés quand il signe en août 2018. Deux ans plus tard, trente-deux buts et dix-huit passes décisives ont rappelé au plat pays l’attaquant qu’il fût au Standard de Liège et à Anderlecht.

Cette année il est clairement hors catégorie et survole le championnat avec ses quatorze buts et sept passes décisives. Des statistiques dantesques qui font de lui le meilleur buteur de JPL actuellement. Mieux, il pourrait même battre son record de 2012/2013 avec Anderlecht où il avait scoré dix-neuf fois sur une saison de JPL (saison régulière + playoffs confondus, NDLR). Une façon de rentrer un peu plus dans l’histoire pour le léopard qui, avec quatre-vingt sept buts, est actuellement le troisième meilleur buteur en JPL encore en activité au plus haut niveau (derrière Jelle Vossen et Jérémy Perbet, NDLR).

L’Antwerp version 2018/2019 est clairement dépendante du Congolais impliqué dans vingt-et-un buts des trente-huit de son équipe. Si l’équipe joue pour lui dans le 4-2-3-1 de Bölöni (qui se mue parfois en 4-3-3, NDLR), il est aussi entouré de la qualité technique nécessaire pour faire la différence.

Dieumerci Mbokani et Lior Rafaelov sont les messieurs plus de ce Antwerp 2019/2020 (Crédit photo : Foot news.be)

En tête, le dix israélien Lior Rafaelov qui avec huit buts et deux passes décisives a de beaux restes, lui qui fût adulé au FC Bruges. À ses côtés, l’ailier gauche Didier Lamkel Zé, ancien du centre de formation du LOSC, s’avère prometteur avec ses six pions et deux offrandes.

Derrière, il faut avouer que c’est un peu le désert dans une équipe qui compte seulement quatre joueurs à plus de deux buts. Au rayon déception, Kevin Mirallas demeure remuant mais peu décisif avec seulement deux buts à son actif. Sur le banc, Manuel Benson, plus gros transfert du club cet été (trois millions d’euros, NDLR) ronge son frein.

« Nous voulons redonner à notre public la fierté de disputer des rencontres européennes, parce que notre public le mérite. »

László Bölöni, ambitieux (RAFC TV)

En attendant, l’équipe tourne bien. Bien sûr tout n’est pas parfait pour les Anversois. Leur dépendance à Mbokani et leur propension à perdre contre des équipes jugées moins solides pourront leur faire perdre des plumes. Car si le Great Old a su s’imposer face à La Gantoise, Anderlecht et Bruges, il s’est aussi incliné face à Zulte-Waregem, Malines et Mouscron.

Solide deuxième en passe de se qualifier pour les playoffs un, récemment propulsé en demi-finale de coupe, l’Antwerp « continue de grandir » selon le vœu de son technicien roumain. Après avoir longtemps végété au second plan, le Great Old d’Anvers retrouve une seconde jeunesse avec une seule obsession : rattraper le temps perdu.