Alors que la fin de saison approche, il est l’heure de faire le bilan d’une des grandes nouveautés de cette saison, l’arbitrage vidéo. Alors réussite ou échec ?

Comme dans tous les grands championnats (sauf la Premier League), la VAR a fait son apparition dans le championnat de France en début de saison. Un arbitrage vidéo qui a réparé quelques erreurs d’arbitrage mais qui n’a pas stoppé les discussions envers l’arbitrage.

Des erreurs réparés

Le premier objectif de la VAR était de corriger certaines erreurs non vues par l’arbitre dans quatre critères (pénalty, hors-jeu, mauvaise identité du joueur et exclusion directe). Cet objectif est plutôt bien respecté pour cette première saison. Selon Pascal Garibian, le Directeur Technique de l’Arbitrage, l’arbitrage vidéo a permis de corriger 55 erreurs sur les 82 recensés. Ce dernier est d’ailleurs très satisfait de cette utilisation.

Le bilan d’étape de la VAR depuis le début de la saison est positif et l’apport de la VAR est indéniable. Grâce à son utilisation, on a corrigé et divisé par trois le nombre d’erreurs.

Pascal Garibian, le Directeur Technique de l’Arbitrage

Quelques problèmes d’utilisation

Depuis son arrivée dans le championnat de France, l’arbitrage a connu quelques problèmes techniques. Pour commencer, on peut recenser des coupures de fonctionnement en plein match. Cela avait été par exemple le cas dans la rencontre entre Monaco et Strasbourg (5-1 pour les Alsaciens). Ce problème avait eu don d’énerver particulièrement Thierry Henry après le match. Un pénalty évident pour les Monégasques d’une faute sur Rony Lopes n’avait en effet pas pu être revu.

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Le coup de gueule de Thierry Henry sur la VAR (crédit Twitter : beIN Sports)

Un autre problème de la VAR est que celle-ci te tue tout plaisir après un but. Certains joueurs se voient en effet refuser un but après l’avoir célébré et d’autres sont dans l’expectative de la validation du but pour pouvoir le fêter. Et l’attente peut être très longue par moment. Il faut parfois plus d’une minute pour accepter ou non cette réalisation… Cela peut donc dénaturer le foot.

Sans oublier que parfois les arbitres se trompent en regardant le ralenti d’une action. La VAR est donc loin d’être infaillible.

Quelques actions litigieuses

Certains buts sont annulés pour une position de hors-jeu de quelques centimètres. Le refus de valider le but dénature quelque peu le fait que le doute doit profiter à l’attaque. Voici quelques actions où le hors-jeu ne se joue à rien et dont le but a été refusé et d’autres dans la même situation où le but a été accepté. On vous laisse juger si vous auriez validé ou non les buts mais quoi qu’il en soit, ces décisions feront toujours débat.

Le but de Thauvin contre Nîmes a été refusé pour hors-jeu ce week-end (crédit Photo : MyCanal)
Le but de Saïd contre Lyon a été accepté (crédit Photo : MyCanal)

Un Reims-Lille qui fait polémique… des deux côtés

L’arbitrage vidéo n’aura pas réglé tous les problèmes et de nombreuses erreurs peuvent subsister. Chaque week-end ou presque, entraîneurs, joueurs ou présidents se plaignent de la VAR. Les discussions d’après-match sur l’arbitrage sont alors aussi importantes, voire plus que par le passé. C’était l’un des axes que les instances voulaient changer au moment de l’instauration.

La semaine dernière, à l’issue du match entre Reims et Lille (score final : 1-1), le président rémois, Jean-Pierre Caillot a eu des mots très durs contre la VAR. Selon lui, son équipe s’est faite léser par l’arbitrage vidéo. Il a notamment pesté sur une main lilloise non sifflée par Jérôme Brisard à la toute fin du match :

Il y a deux sortes d’arbitrage en France. C’est inadmissible qu’il n’y ait pas un penalty sifflé là-dessus. Tout doucement, on vient de perdre quatre points contre Lille (Le LOSC avait en effet obtenu un pénalty litigieux à la 95ème minute du match aller et était parvenu à égaliser).

Le Stade de Reims dérange à la place où il est. Laissons les nantis, les gros, et puis les petits clubs comme nous n’ont rien à faire dans le football, ça doit être à cause de ça !

Jean-Pierre Caillot dimanche dernier (interview d’après-match)

Le président de Reims a à la fois raison et tort. Raison tout d’abord puisque la vidéo leur a été plus souvent défavorable que favorable. Tort en revanche sur le fait que les gros sont avantagés. Si on regarde de plus près, Saint-Etienne, Monaco, Marseille, Paris et Lille ont eu affaire à un arbitrage vidéo plus défavorable.

Différence entre var favorable et défavorable pour les équipes de Ligue 1 (crédit Photo : l’Equipe)

Ce qui est cocasse dans cet après-match est le fait que Christophe Galtier pense aussi que la VAR a été défavorable à Lille.

Tout le monde est en colère. Il faudra qu’on m’explique, aussi, comment Oudin n’est pas hors-jeu. J’ai revu les images, on se base sur les pieds de José Fonte, mais Oudin a tout son corps hors-jeu et ça l’avantage. Je pense que nous, on peut être plus en colère. Mais on la garde à l’intérieur.

Christophe Galtier dimanche dernier (interview d’après-match)

De multiples plaintes contre l’arbitrage vidéo

Mais les Rémois et les Lillois ne sont pas les seuls à se plaindre dans le championnat de France. Petit pèle-mêle des différentes critiques de l’arbitrage vidéo.

Il faut qu’on m’explique à quoi sert la VAR. Comment peut-on ne pas changer une décision quand on voit les images et que la faute – ou la non-faute pour prendre le cas de Barcelone – est évidente, flagrante et incontestable ?

Bruno Génésio après le match contre Montpellier en mars (conférence de presse)

J’étais un fervent adepte de la vidéo mais je pense que je vais rejoindre Monsieur Michel Platini, qui disait: ‘laissons arbitrer les hommes’. Parce que je trouve qu’il y a encore plus d’erreurs avec le VAR qu’il y en avait auparavant.

Christophe Galthier après le match contre Reims en avril (conférence de presse)

On a bien compris que c’était quelque chose de nouveau et qui devait être améliorée. Sauf qu’on constate journée après journée et match après match que ça continue à être compliqué. Ça crée beaucoup de frustration car on en comprend pas commet cette VAR est utilisée.

Frédéric Paquet en février (Le Progrès)

Je suis en colère car on est monté à Paris pour le VAR avec Rudi Garcia, on était deux, pour que l’on nous explique son fonctionnement et ce soir il y a des actions où l’arbitre doit regarder la vidéo, je ne comprends pas.

Leonardo Jardim le week-end dernier (conférence de presse)

Personnellement, j’étais favorable au VAR, mais le bilan est quand même contrasté. Mais bon, ça fait partie du jeu…

Bernard Blaquart le week-end dernier (conférence de presse)

Depuis son introduction en Ligue 1 depuis le début de la saison, le VAR est loin de faire l’unanimité auprès des clubs français. Je rejoins Christophe Galtier. J’étais partisan du VAR au début mais je rejoins les rangs de Michel Platini. On ne peut pas continuer comme ça, il y a un problème de fond et il faut le régler.

Olivier Létang le 10 avril dernier (conférence de presse)

Et en Europe, comment ça se passe ?

L’arbitrage vidéo connaît les mêmes problèmes qu’en France : longue attente avant la validation d’un but, quelques erreurs (penalty litigieux de Barcelone contre Lyon par exemple). Et on en a encore eu la preuve hier soir durant le match entre la Juventus et l’Ajax. La VAR a été utilisée trois fois pour confirmer deux buts et vérifier s’il y avait un penalty ou non. L’utilisation de l’arbitrage vidéo a alors bien pris trois minutes au total pour examiner ces actions.

Donc que la Ligue 1 se rassure, il n’y a pas que le championnat de France où des problèmes peuvent survenir. Mais après seulement un an d’utilisation, il est normal que cet outil ne soit pas encore totalement fiable. Pour les prochaines saisons, l’objectif sera de le perfectionner en réduisant le temps de validation par exemple, pour qu’il devienne indispensable. Mais un facteur commun reste indépendant du progrès technologique, la capacité des hommes en noir à faire appliquer cet arbitrage vidéo. Car on l’a bien vu, il y aura beau avoir une aide à l’arbitrage pour les aider, si les arbitres eux-mêmes ne jugent pas correctement les actions, qui pourra régler les erreurs humaines…?