Après avoir analysé l’origine même du groupe ainsi que les différents clubs qui le composent, il est désormais temps d’entrer réellement dans le vif du sujet en abordant notamment l’intérêt et le potentiel d’avoir une emprise mondiale sur le football. Ainsi que la philosophie sur laquelle repose ces clubs.

La semaine passée fut publiée la première partie de notre dossier sur le City Football Group, qui détient pas moins de sept clubs dans le monde entier, dont Manchester City. En 2012, l’ancien vice-président économique du FC Barcelone Ferran Soriano devient directeur exécutif de Manchester City et a pour projet de mettre en place son projet d’emprise mondial, moqué lors de son passage à Barcelone. Sept ans plus tard, le City Football Group vient d’acheter son septième club et Manchester City est l’un des meilleurs clubs au monde. Efficacité, sérieux, professionnalisme comme maître mot.

Quelle est l’utilité d’avoir une emprise mondiale sur le football ?

Aujourd’hui, le City Football Group possède sans aucun doute plus de contrats de joueurs professionnels que quiconque dans le monde. Et cela ne cesse d’augmenter avec la récente acquisition du Sichuan Jiuniu. Selon Soriano, le business des joueurs est le deuxième plus gros investissement dans le monde du football et sera le premier d’ici quelques années.

« Nous sommes en train de globaliser le modèle du FC Barcelone et de sa Masia »

Ferran Soriano

Ce qu’a fait le FC Barcelone avec Lionel Messi, Andrés Iniesta, Xavi etc, le City Football Group compte le faire au centuple grâce à des clubs implantés à même le pays dans lequel le joueur est déniché. Cela permettra aux jeunes de s’acclimater à la rigueur physique et tactique demandée au plus haut niveau tout en pouvant rester près de leurs proches. Solution 100% bénéfique.

Pour réussir sur le long terme, le City Football Group s’inspire également beaucoup des erreurs faites par les autres clubs ou sélections mondiales. Dernier exemple en date, l’échec au fil du temps de la sélection anglaise. Berceau du football mondial, les Three Lions n’ont remporté qu’une seule Coupe du Monde il y a cinquante-trois ans.

Le problème des Anglais est que les joueurs évoluent tous en Premier League. Très peu de british ont osé traverser la Manche sur les dernières saisons, encore moins des jeunes à fort potentiel. Alors que la philosophie commence seulement à changer avec les Jadon Sancho (d’ailleurs ex-Cityzen) et autre Reiss Nelson, le City Football Group compte pousser encore plus loin cette révolution. Selon Soriano, le fait de faire évoluer les jeunes joueurs au sein des réserves de club où, au sein d’un championnat tel que la Premier League U18 ou Premier League 2, n’est pas une bonne chose.

L’équipe réserve de Manchester City, dont les buts se célèbrent devant une enceinte presque vide (Crédit photo : Manchester City)

Le fait est qu’un joueur aura logiquement beaucoup plus de mal à progresser s’il n’a pas de pression sur les épaules. S’il évolue au sein de la réserve d’un club, il n’en aura pas. Il jouera détendu devant une poignée de spectateurs. Afin de progresser et de s’adapter aux autres pays, l’Angleterre serait inspirée d’intégrer les réserves dans les championnats nationaux. C’est notamment là que des clubs tels que le FC Barcelone (et ainsi la Masia) ont toujours eu une longueur d’avance dans la formation sur leurs homologues anglais. C’est également le cas en Allemagne et en France. Si la FA a inclu les réserves de clubs de Premier League pour l’EFL Trophy (Coupe opposant initialement les clubs de troisième et quatrième division anglaise), cela ne suffit pas. C’est notamment pour cette raison que les clubs anglais prêtent un nombre inimaginable de joueurs chaque saison. Plus de quarante pour le seul Chelsea cette saison.

C’est là qu’intervient le City Football Group. Désormais, les meilleures jeunes n’évolueront plus au sein de la réserve mais seront envoyés dans les différents clubs du CFG, où ils pourront pleinement progresser et s’épanouir dans de vraies équipes structurée, possédant de réels objectifs et de la pression. De plus, ces clubs évolueront avec une tactique adaptée à celle de Manchester City, afin que chaque joueur puisse progresser du mieux possible.

Une autre utilité, somme toute logique à l’heure où le football ressemble plus à du business qu’à un simple sport, est économique. Depuis la création du City Football Group, le meilleur exemple est probablement Aaron Mooy. Le milieu australien a rejoint Manchester City en 2016 pour un montant de cinq cents mille euros, après avoir été élu deux fois joueurs de l’année du club de Melbourne City. Il fut toutefois immédiatement prêté du côté d’Huddersfield, à l’époque en seconde division. Auteur d’une saison satisfaisante, aidant notamment son club à décrocher une promotion historique en Premier League, il fut vendu pour dix millions d’euros. La plus-value est énorme, tout cela en un an, sans avoir payé ne serait qu’un mois son salaire.

Par ailleurs, le City Football Group avait racheté Melbourne Hearts pour six millions d’euros. Le rachat fut ainsi rentabilisé en un seul transfert.

Une philosophie égale pour tous les clubs

Le City Football Group possède une philosophie de jeu bien définie, calquée sur le modèle de Manchester City. Cette philosophie de jeu, c’est le « Football Show ». On ne vient pas voir un simple match, on vient voir un spectacle.

Dans tous les clubs du CFG, des jeunes classes aux pros, on tente d’inculquer le même état d’esprit et de les habituer à jouer de la même façon. L’intention est de créer une continuité entre les clubs. Ainsi, la tactique mise en place est avant tout un jeu offensif basé sur la possession. À chaque match, l’objectif est de se créer le plus d’occasions possibles. De finir à bout de force s’il le faut, mais de toujours mettre un but de plus si jamais il y en a l’occasion.

La Holding SAP, leader dans les technologies liées au football, est partenaire avec les trois clubs détenus par le City Football Group (crédit photo : Manchester City)

Dans chacun des sept clubs du City Football Group, tous les entraînements sont filmés avec le même système que celui de Manchester City. De même en match, où chaque joueur peut ainsi analyser ses propres lacunes durant le premier acte afin de s’améliorer en seconde mi-temps. Toutes les vidéos sont ensuite envoyées au centre du CFG et analysée par des experts afin de scinder quels sont les meilleurs talents. Rien n’est laissé au hasard et c’est cela qui fait que le City Football Group possède un potentiel et une puissance inédite dans le monde du football.

Cet exemple fut démontré pas plus tard que le 10 février dernier, lorsque Manchester City humilia Chelsea d’un cinglant 6-0. Le calice jusqu’à la lie, quel que soit le score, quel que soit l’adversaire. Que ce soit face à de modestes adversaires de divisions inférieures tels que Rotherham (7-0), Burton (9-0) ou Newport (1-4) ou face à d’autres écuries de haut niveau tels que Southampton (6-1), West Ham (0-4), Burnley (5-0) ou encore le Shakhtar Donetsk (6-0).

Quel avenir ?

Le CFG n’en est qu’à ses débuts. Dans les années à venir, il est probable de voir bon nombre de joueurs venus des différents clubs éclorent aux yeux du monde. Soriano affirme que l’emprise du groupe sur le monde du football sera encore plus grande dans les mois et années à venir. Ils auraient des relations dans plusieurs pays tout autour du globe, tel que l’Atlético Caracas au Venezuela ainsi que des académies au Ghana, en Afrique du Sud, en Malaisie ou encore au Vietnam.

« La limite serait 2-3 clubs par continent. Maintenant notre principale cible est la Chine. On recherche activement un club à acquérir » précisait Ferran Soriano sur le futur du City Football Group.

Le président chinois Xi Jinping visitant les installations de Manchester City avec Sergio Aguero et le premier ministre de l’époque, David Cameron (crédit photo : The National)

Par ailleurs en 2015, suite à une visite de Xi Jinping à l’Etihad Stadium, deux entreprises chinoises, en l’occurrence China Media Capital et City Capital, se sont associés afin de racheter 13% des parts du City Football Group pour quatre cents millions de dollars. Les 87% restants sont ainsi détenus par l’Abu Dhabi United Group, propriété du Cheikh Mansour. Cela a permis au club d’accroître sa popularité en Asie de l’Est, à l’heure où le football y est de plus en plus populaire et où les meilleurs clubs européens se battent pour avoir la plus grande communauté de fans asiatiques.

Après avoir acquis la Chine, le City Football Group souhaiterait s’implanter en Inde comme l’a récemment révélé l’Equipe. Par la suite, le continent africain semble être la cible prioritaire afin d’avoir une emprise sur tous les continents.

La saison passée, certains prédisait que le Toulouse Football Club serait la prochaine acquisition du City Football Group, notamment suite à son changement d’emblème, ressemblant fortement à l’identité « City FC » avec New York, Melbourne, Girona et Manchester. Le président Olivier Sadran avait même affirmé que des négociations étaient en cours avec « un gros club européen », mais cela ne semble finalement pas s’être conclu.

Le nouvel emblème du TFC, ressemblant fortement à celui de certain clubs membres du City Football Group (Crédit photo : TFC)

Le City Football Group est ainsi devenu une véritable pieuvre, possédant une emprise sur presque tous les continents. Seul l’Afrique résiste aux Anglais, mais cela ne saurait tarder. Le potentiel que possède désormais Manchester City est inestimable et le génie de Ferran Soriano se doit d’être salué. Les Cityzens ont désormais l’un des écosystèmes les plus viable sur la planète football, possédant aussi bien des relations en Amérique Latine qu’en Asie de l’Est, sans oublier l’Europe, avec le Girona FC. Seule mesure à surveiller, celle du Fair-Play Financier. Les Anglais ont déjà reçu une amende de vingt millions d’euros il y a quelques années. Les prochaines sanctions en cas de non-respect pourraient être beaucoup plus lourdes pour les Sky blues.