Alors qu’au Mexique, le Clásico de Clásicos ou Clásico Nacional entre Club América et les Chivas de Guadalajara, les deux clubs les plus populaires et les plus titrés du pays, est historiquement considéré comme le match le plus prestigieux du championnat, ces dernières saisons ont vu le Clásico Regiomontano, derby de la ville de Monterrey, gagner en importance et en prestige.

Les Tigres de la UANL et le Club de Fútbol Monterrey (ou Rayados de Monterrey) comptent actuellement parmi les toutes meilleures équipes de la Liga MX et d’Amérique,. Possédant de gros moyens financiers et des supporters incroyablement passionnés, les deux clubs de la ville de Monterrey ont fait entrer le Clásico Regio dans une autre dimension, nationale et internationale à la manière d’un Boca/River. Pour les fans mexicains et les suiveurs de la Liga MX, le Clásico Regio est une occasion de voir un bon nombre de stars s’affronter et d’assister à du football de très haut niveau.

Monterrey, une ville partagée entre deux clubs qui déchaînent les passions

Capitale de l’État de Nuevo León, situé dans le Nord-Est du Mexique, Monterrey est la troisième ville du pays derrière Mexico et Guadalajara. Cette ville industrielle a connu un fort développement au cours des XIX et XXème siècle, notamment grâce à la sidérurgie, ce qui fait aujourd’hui d’elle le principal centre économique et culturel du Nord du pays. Elle est peuplée de plus d’1,1 millions habitants, total que l’on peut porter à 4,1 millions en comptant toute l’aire urbaine composée de 12 municipalités.

Avec 4,1 millions d’habitants, l’aire urbaine de Monterrey est la troisième du Mexique, derrière Mexico et Guadalajara (Crédit photo : Conoce Monterrey)

Au Mexique, les regiomontanos, ou regios (les habitants de Monterrey), sont connus pour être très fiers de leur ville, festifs, et passionnés. C’est ainsi naturellement que cette passion s’exprime dans le football à travers les deux équipes fanions que sont les Tigres de la UANL (Universidad Autónoma de Nuevo León) et le CF Monterrey, dont les joueurs sont surnommés les Rayados en raison de leur tunique rayée bleu et blanche.

L’Estadio Universitario, antre des Tigres située dans la municipalité de San Nicolas de los Garza (Crédit photo : Mapio.net).

À Monterrey, le football est une religion, il est présent partout et tout le temps : sur les nombreux panneaux publicitaires qui bordent les grandes avenues, sur les murs des commerces, sur les maillots des passants, et bien évidemment dans les deux stades respectifs des Tigres et des Rayados. Pour les premiers, le mythique Estadio Universitario, critiqué pour sa vétusté mais surnommé El Volcán en raison de l’ambiance explosive qui y règne, et pour les seconds, le flamboyant et moderne Estadio BBVA inauguré en 2015 et pressenti pour organiser des matchs de la Coupe du Monde 2026, co-organisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique.

L’Estadio BBVA, domicile des Rayados et retenu par la FIFA pour accueillir des matchs de la Coupe du Monde 2026, situé dans la municipalité de Guadalupe (Crédit photo : Difconsa)

Traditionnellement, le club des Tigres, créé le 7 mars 1960, est considéré comme « l’équipe du peuple », par opposition au CF Monterrey, plus ancien, fondé le 28 juin 1945 par des membres des familles aisées de la ville. Cependant, ce constat est aujourd’hui beaucoup moins vrai, on retrouve en effet parmi les soutiens des Tigres quelques-uns des plus riches entrepreneurs de Monterrey tandis que dans les quartiers défavorisés de la ville se trouvent un grand nombre de supporters des Rayados. Ainsi, chaque club compte avec un public composé de toutes classes et origines sociales.

Depuis toujours, un match pas comme les autres

Officiellement, on compte très exactement 122 Clásicos Regios disputés à ce jour, le première ayant eu lieu le 13 juillet 1974 en ouverture de la saison 1974/1975 (3-3). Cependant, les deux équipes s’étaient déjà affrontées à 5 reprises avant cette date, dont la première fois le 13 mars 1960 en deuxième division mexicaine pour une victoire 2-0 des Rayados. Ces derniers seront cette année-là champions ce qui leur permettra d’accéder à la première division, tandis que de leur côté les Tigres devront attendre 1974 pour faire leur apparition dans l’élite, et ainsi permettre la comptabilisation officielle des clásicos.

À partir de cette date, la rivalité entre les deux clubs de Monterrey va se développer, s’intensifier au fur et à mesure des matchs, la ville va réellement se diviser en deux camps et va vivre au rythme du Clásico Regio. Au fil des années, le Clásico Regio devient le théâtre de matchs de légende qui ont apporté pour les deux clubs des moments historiques et d’innombrables larmes de joie ou de tristesse.

Parmi eux, le plus dramatique fut sans doute le Clásico 51, surnommé Clásico del descenso et disputé le 24 mars 1996 : alors que les Tigres luttent pour le maintien, ils sont défaits par leurs rivaux et voisins 2-1 sur leur pelouse ce qui les condamne mathématiquement à la descente. Aujourd’hui encore, cela reste le plus grand traumatisme dans l’histoire des Tigres et l’une des plus grandes fiertés des supporters rayados.

Luis Miguel Salvador, actuel président du CF Monterrey, inscrit le deuxième but de son équipe à la 25ème minute du Clásico 51 qui condamnera les Tigres à la descente en deuxième division (Crédit photo : W Deportes)

L’histoire récente donne matière à se venger pour les Tigres, notamment lors du tournoi Apertura 2017, durant lequel les Tigres et les Rayados s’affrontent en finale du championnat mexicain pour la première fois de l’histoire. Après le match aller disputé à l’Estadio Universitario (1-1), les deux équipes se retrouvent au stade BBVA pour le Clásico 115 qui se présente comme le plus important de l’histoire. Pour la première fois, plus que la suprématie de la ville, c’est un titre qui est en jeu. Contre toute attente, les Tigres l’emportent 2-1 et humilient leurs voisins en paradant avec le trophée dans leur stade, une image qui restera gravée à jamais.

Quelques mois après la première finale regiomontana de l’histoire, Tigres et Rayados se qualifient tous deux pour la finale de la Concacaf Champions League en marchant sur la compétition. La ville de Monterrey rentre dans l’histoire du football après Madrid et Buenos Aires en voyant deux de ses clubs s’affronter en finale internationale. L’enjeu est d’autant plus grand : les Tigres veulent enfin remporter un trophée international qui fait défaut à leur palmarès, tandis que les Rayados ont la possibilité de rafler le trophée pour la quatrième fois. Ces derniers l’emportent 1-0 sur la pelouse de l’Estadio Universitario, puis le 1er mai 2019, lors du Clásico 120, ils assurent en tenant le nul 1-1 pour remporter eux aussi leur finale regia.

Un derby désormais incontournable entre deux grandes puissances du football latino-américain

Ainsi, le Clásico Regio a toujours été un match très important pour la ville de Monterrey et un des tournants de la saison en Liga MX. Cependant, le statut actuel des Tigres et du CF Monterrey et les deux finales regias consécutives permettent de dire du Clásico Regio qu’il est actuellement le sommet le plus important du football mexicain.

Il faut comprendre qu’en dehors de leurs affrontements directs, les deux clubs de Monterrey ont su faire de ce match un évènement attendu grâce à leur poids sportif et économique considérable. Ils ont indépendamment chacun su se faire une place importante sur la scène nationale et internationale. Sur les 10 dernières années (20 tournois du championnat mexicain), les Tigres et les Rayados cumulent à eux deux 12 finales pour 7 titres nationaux. Sur la même période, les Rayados ont remporté 4 fois la Concacaf Champions League (2010, 2011, 2012, 2019) tandis que les Tigres ont disputé deux finales continentales (Copa Libertadores 2015 et Concacaf Champions League 2019).

Sur le plan financier, les deux clubs font partie des plus riches d’Amérique. Ils sont détenus par des multinationales originaires de Monterrey (CEMEX pour les Tigres et FEMSA pour le CF Monterrey) ce qui leur offre une manne budgétaire considérable. C’est ainsi naturellement qu’avec Club América, ils constituent les principaux pourvoyeurs de stars de la Liga MX. Des étrangers comme André-Pierre Gignac, Eduardo Vargas, Guido Pizarro (Tigres), Rogelio Funes Mori, Maxi Meza, ou encore le récent transfuge de Tottenham Vincent Janssen (Rayados), mais aussi des internationaux mexicains de renom rapatriés d’Europe comme Carlos Salcedo (Tigres) ou Miguel Layún (Rayados). Selon Transfermarkt, l’effectif des Rayados, évalué à 84 millions d’euros, est le plus cher du championnat mexicain, suivi par celui des Tigres avec une valeur de 73 millions d’euros.

Les deux buteurs stars des Rayados et des Tigres, Rogelio Funes Mori et André-Pierre Gignac. Avec des salaires de respectivement 3,8 et 5 M de dollars annuels, ce sont les deux joueurs les mieux payés du championnat mexicain (Crédit photo : Liga BBVA MX)

Longtemps considéré comme d’importance plutôt locale malgré une histoire riche, le Clásico Regio est désormais un match de renommée nationale et internationale entre deux superpuissances d’Amérique Latine qui accumulent à elles deux des trophées et des moyens financiers considérables, tout cela dans un bassin de population à fort potentiel. Ainsi, dans les années à venir, les derbys de Monterrey risquent de se multiplier dans les matchs à grande importance comme les phases à élimination directe du championnat ou les compétitions continentales.