Aujourd’hui en National 3, le Sporting Club Bastia tente de se reconstruire pour retrouver tout d’abord le monde professionnel. Mais cette rédemption risque d’être longue et compliquée.

La dernière fois que Bastia était dans la lumière, ils ont terminé à la dernière place de la Ligue 1 avec de gros problèmes extra-sportifs (supporter et problèmes financiers) en mai 2017. Quelques semaines plus tard, ils sont relégués administrativement par la DNCG en National 1 et perdent ainsi leur statut professionnel. Le club décide finalement de déposer le bilan et de repartir sainement en National 3 (ex-CFA2). Ce procédé a par exemple été réalisé par le passé par le RC Strasbourg ou Grenoble.

De nouveaux dirigeants locaux

Après ces relégations, le club devait être repris par une dizaine d’actionnaires régionaux dont faisait partie Frédéric Antonetti. Mais une dette plus importante que prévue (1 200 000 euros contre 300 000 annoncés) refroidit ces nouveaux repreneurs. Ce sont finalement deux actionnaires qui acceptent de reprendre l’association qui est alors au plus mal.

Claude Ferrandi devient alors le président du club. Âgé de 41 ans, il est notamment le directeur général délégué du Groupe Ferrandi, spécialiste de la vente de fioul ou de carburants dans toute la Corse. Il est secondé par Pierre-Noël Luiggi, vice-président et trésorier du SC Bastia. Cette personne est le fondateur et le directeur général d’Oscaro, une entreprise de vente de pièces automobiles. C’est également le sponsor maillot du club. Marc-Antoine Lucca, Henri Ferrandi et Gilbert Ferrandi font également parti de l’administration du club.

Les nouveaux dirigeants : Claude Ferrandi (à gauche) et Pierre-Noël Luiggi (à droite) (crédit Photo : France Bleu)

Un nouveau staff

Outre les dirigeants, le staff a également changé. Après le départ de Rui Almeida (entraîneur du club en Ligue 1), c’est Stéphane Rossi qui est nommé par cette nouvelle direction. Il connait très bien la région puisqu’il y a fait toute sa carrière de joueur amateur puis ensuite entraîneur.

Il possède une grande expérience à ce poste et a dirigé beaucoup de clubs amateurs depuis une vingtaine d’années. L’homme âgé de 54 ans a dernièrement entraîné l’autre club de Bastia : le Cercle Athlétique. Il a notamment réussi à les amener de la National 3 en Ligue 2, une première dans l’histoire du club.

C’est donc avec une grande connaissance du monde amateur qu’il a été choisi. Il est associé à Frédéric Née, ancien joueur du Sporting dans les années 2000.

Stéphane Rossi, l’entraîneur du club corse (crédit Photo : SoFoot)

Un effectif mêlant jeunesse et expérience

L’entraîneur corse s’appuie principalement de joueurs formés au club ou sur l’île de beauté. C’est en effet le cas de 17 d’entre eux. Mais les dirigeants ont su mixer expérience et jeunesse avec une moyenne d’âge de 25,8 ans. Certains joueurs sont connus de par leur passage en Ligue 1 avec Bastia ou non. Gilles Cioni fait par exemple parti de cet effectif. À 34 ans, il n’a pas souhaité quitter le club malgré les relégations et est le capitaine de cette équipe. Il est la seule personne de l’équipe professionnelle à avoir fait ça.

« J’ai privilégié ça : rester dans mon club de cœur, le faire remonter et m’inscrire dans la durée »

Gilles Cioni, SoFoot en novembre 2017

C’est aussi le cas de Gary Coulibaly passé dans de nombreux clubs de Ligue 1 et Ligue 2 dont Bastia au milieu des années 2000. Outre ses joueurs d’expérience, il faut noter que sept de leurs coéquipiers ont 20 ans ou moins. Un mélange réussi puisqu’ils sont premiers de leur championnat.

Des stratégies innovantes

Dans l’objectif de reconstruire le club, les dirigeants appliquent ou tentent de mettre en place des manœuvres plus ou moins inédites. Ils ont en effet mis en place la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) en août dernier. Cela permet d’ouvrir le capital du club à tous les acteurs privés ou publics.

Cette idée avait été proposée par Luc Dayan qui, par le passé, a aidé plusieurs clubs dans la même situation financière tels que Strasbourg ou Lens. Deux supporters du club font donc désormais partie du bureau d’administration. De même que le président ou le vice-président, ces deux membres pourront prendre des décisions quant à l’avenir de l’association. À noter que c’est une première en France dans le monde du football.

En décembre 2018, ils ont également mis en place un album qui fait apparaître toutes les personnes du club. Les personnes suivant Bastia ont donc l’opportunité d’aider le club financièrement en achetant ce bien.

L’album lancé par le club en décembre dernier (crédit Photo : SC Bastia)

Un public toujours aussi présent

En passant de la Ligue 1 au cinquième échelon, les dirigeants corses ne s’attendaient sans doute pas à un tel engouement. Et pourtant. Les matches de Bastia à Furiani attirent les foules. Pour cette saison, plus de 3 000 personnes ont demandé un abonnement. C’est légèrement inférieur à la saison passée où ils ont eu 4 000 abonnés. Cela reste néanmoins rare et exceptionnel pour un club amateur. Lors de certaines rencontres, les joueurs bastiais peuvent jouer devant 7 000 individus. C’était le cas lors de leur première rencontre en National 3 au mois d’octobre 2017.

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Un record d’affluence en National 3 (crédit Twitter : Cyril Nicoli)

Une saison en cours réussie

Ratée de deux points la saison dernière, la montée en National 2 est l’objectif annoncée par les dirigeants en début de saison. À mi-parcours, ce but est plus qu’atteignable.

Le classement de Bastia à la trêve hivernale (crédit Photo : Foot-National)

Le club fondé en 1905 est premier du championnat avec cinq points d’avance sur Cote Bleue. Avec 29 buts inscrits et seulement cinq encaissés, Bastia domine aisément ces deux catégories de statistiques. En continuant sur cette lancée, rien ne semble empêcher l’équipe de monter et d’accéder à la quatrième division. Le début de la remontée semble donc enclenché.

Outre le championnat, ils brillent en Coupe de France. Bastia est en effet qualifié pour les 32èmes de finale et doit affronter ce samedi l’US Concarneau, une équipe de National 1. Un beau défi en perspective. Et qui sait en cas de qualification, affronter une Ligue 1 au prochain tour pour rallumer entièrement la flamme d’Armand-Cesari.