Ce soir, à 21h, les yeux des londoniens seront tous rivés sur les écrans de télévisions, les pubs seront remplis à ras bord. Si les supporters suivront tous la finale de l’Europa League 100% londonienne, une seule partie ira faire la fête dans la rue.

C’est à un derby que nous allons assister. Un derby alléchant entre deux équipes historiques du football anglais. Pourtant, nous ne trouvons pas la saveur, la tension d’un Liverpool/Everton ou d’un Manchester City/Manchester United… Y’a-t-il alors vraiment une rivalité entre les deux clubs londoniens ?

Perdu dans la diversité londonienne

Au niveau du football, Londres est doté d’une richesse incomparable. Si c’est un événement de voir deux équipes d’une même ville en Ligue 1 en France, c’est chose très commune dans la capitale anglaise. La ville, pour ses clubs, est ainsi découpée en quartiers ou districts, par exemple le quartier de Chelsea (ou quartier des artistes), celui de Wimbledon où se joue le célèbre tournoi de tennis ou encore le district de Highbury pour Arsenal.

Treize clubs de la ville évoluent dans les quatre premières divisions anglaises : Arsenal, Chelsea, Tottenham, Crystal Palace, Fulham, Millwall, West Ham United, Leyton Orient, Charlton Athletic, Brentford, AFC Wimbledon, Barnet et les Queens Park Rangers. Cela fait au total soixante-quatorze derbies possibles.

Une ville remplie par les équipes de haut niveau (crédit image : Transervales – RMC Sport)

Parmi elles, six évoluaient en Premier League cette année, ce qui fait que vingt-quatre rencontres du championnat ont été des derbies cette année.

Dans ce microcosme qu’est Londres, les vrais derbies deviennent ainsi les matchs confrontant les quartiers qui se rapprochent le plus. Les plus gros sont donc le East London Derby entre Millwall et West Ham, le North London Derby entre Arsenal et Tottenham et enfin le West London Derby entre Chelsea et Fulham. Géographiquement parlant, Stamford Bridge et l’Emirates Stadium sont plutôt éloignés : douze kilomètres les séparent. Une distance conséquente quand on compare avec la proximité entre Goodsion Park et Anfield à Liverpool.

Chelsea et Arsenal ne sont donc ainsi pas des ennemis directs. Les Blues sont plus rivaux avec Fulham tandis que les Gunners, de leur côté, sont plus rivaux avec Tottenham. La rencontre Chelsea/Arsenal se révèle ainsi être une affiche secondaire, un détail même parmi les douze derbies possibles dans le championnat.

L’affiche Arsenal – Tottenham, un vrai derby (crédit photo : sbnation)

Le facteur historique est finalement très important : les deux clubs ne se sont pas continuellement confrontés. Arsenal a une histoire beaucoup plus commune avec Tottenham. Fondés dans les années 1880, ces clubs s’affrontent dès 1887. Chelsea, lui, est seulement fondé en 1905. Arsenal a ainsi plus affronté les Spurs (182 matchs) que les Blues (177 matchs). Nous sommes loin du Merseyside Derby avec lequel Liverpool et Everton se sont affrontés à 232 reprises.

Toujours en Premier League depuis 1989, Chelsea ne rivalise avec les Gunners que depuis les années 2000. Avant, il ne faisait aucun doute qu’Arsenal était au-dessus des Blues.

La Pax Romana

Depuis près de 100 ans de rencontres entre Chelsea et Arsenal, il n’y a jamais eu d’accident notoire alors que les échauffourées sont récurrentes quand Arsenal joue Tottenham. Le derby entre les deux clubs ne porte même pas de nom, comme pour signifier qu’il s’agit d’une affiche comme une autre.

On assiste à une entente très cordiale en réalité. Dans un sondage de 2003, les supporters d’Arsenal désignaient Chelsea comme leur troisième rival, derrière Manchester United et Tottenham. De leur côté, les fans de Chelsea considéraient Fulham et Tottenham comme des rivaux plus traditionnels qu’Arsenal, sans omettre une certaine rivalité avec les Gunners.

Dimanche, nous parlions de la mauvaise réputation de Chelsea dans le championnat. Cette hostilité est en réalité surtout alimentée par les supporters de Liverpool.

L’hostilité la plus forte envers Chelsea ne vient pas d’Arsenal mais de clubs comme Liverpool, en témoigne la chanson “Chelsea ain’t got no history” (crédit vidéo : YouTube Fanchant)

La rivalité entre les deux clubs est purement sportive et elle était inévitable au début des années 2000 quand ils se battaient pour le championnat. En 2003/2004, Arsenal finit leader devant Chelsea. La saison suivante, on inverse les places. Adeptes du « Big Six » depuis plus de vingt ans, Arsenal et Chelsea se disputent souvent une place commune en témoigne cette saison 2018/2019 qui a vu Chelsea finir troisième avec 72 points et Arsenal cinquième avec 70 points.

Une complicité exemplaire

Cela semble étonnant à entendre, mais la complicité entre les deux clubs est assez importante. Alors qu’à Paris, on imagine difficilement transférer son joueur à Marseille, la chose est très commune à Londres. On ne compte plus les joueurs qui ont joué pour Chelsea puis pour Arsenal et vice-versa. Les noms les plus célèbres sont Ashley Cole (156 matchs pour les Gunners puis 229 avec les Blues) ou encore Cesc Fabregas (212 matchs avec Arsenal pour 138 à Chelsea). Mais d’autres ont aussi revêtu les deux tuniques.

De grands joueurs français porteront également les deux maillots comme Emmanuel Petit, Nicolas Anelka, Lassana Diarra, William Gallas et plus récemment Olivier Giroud. On comprend ainsi une réelle proximité au niveau des transferts. Petr Čech incarne parfaitement cette relation cordiale. Après 494 matchs pour Chelsea, il est parti jouer trois saisons à Arsenal. Peu après avoir annoncé la fin de sa carrière de joueur, il devrait devenir directeur sportif dans son premier club.

Petr Čech, symbole du rapport amical entre Chelsea et Arsenal (crédit photo : zimbio)

À l’aube de la finale de l’Europa League, les déclarations des uns à propos de leurs adversaires sont étonnement encensantes.

« Les gens l’ont critiqué car ils n’avaient pas marqué. Je trouve qu’il a fait un travail extraordinaire et il faut le souligner. Sans cela, cela n’aurait pas été la même chose pour la France. C’est un battant. »

Pierre-Emerick Aubameyang défendant Olivier Giroud (RMC Sport)

« Il [Emery] fait un boulot extraordinaire »

David Luiz à propos d’Unaï Emery, à l’aube de la finale de l’Europa League.

Finalement, si la finale entre Chelsea et Arsenal, aussi alléchante soit-elle, n’a pas les allures d’un véritable derby, c’est parce qu’elle oppose deux équipes situées dans une ville où les gros clubs pullulent et qui sont réellement en concurrence depuis le début des années 2000. Plus proches de l’amitié que de l’hostilité, les deux équipes nouent une relation très cordiale et n’hésitent pas à s’échanger leurs joueurs. Les Gunners et les Blues ont beau tous deux jouer dans la capitale, ils sont loin d’être des ennemis jurés à la manière du Real Madrid et de l’Atletico de Madrid, de Sheffield Wednesday et United. Si loin, mais pourtant si proche.