Le championnat turc n’est pas très reconnu en Europe mais les amoureux du football n’hésitent pas à regarder des matchs pour voir l’ambiance projetée par les supporters turcs, surtout lors des derbys… qui sont souvent incroyables !

Les supporters se mettent dans le bain dès l’échauffement ! (crédit vidéo YouTube : EURO 2016)

Pour les Turcs, le football est sacré. Personne ne se trompera si on dit que c’est une deuxième religion pour eux. Si vous voulez voir du spectacle en Europe, il faut aller en Turquie. C’est la destination parfaite pour voir des chants résonner dans vos oreilles pendant 90 minutes. De plus, juste pour vous aider chères femmes, ne demandez jamais à votre mari de faire un choix entre vous et leur équipe de cœur. Vous serez vite déçues !

À partir de 2 minutes et 20 secondes, une femme demande à son mari de faire un choix entre Fenerbahçe et elle. Vous connaissez la réponse, ils se sont quittés ! (crédit vidéo YouTube : Ask Tutulmasi)

Istanbul : acteur de rivalité

La rivalité historique est celle qui existe entre Galatasaray et Fenerbahçe. Le premier né de la riche progéniture de l’école de Galata, opposée aux origines populaires de Fenerbahçe. Au fil du temps, les différences de classe sont devenues plus minces et les supporters de tous les horizons se retrouvent dans les courbes des deux équipes.

La rivalité, en tout cas, ne montre aucun signe d’extinction, aussi parce qu’il est plus simple que l’enjeu entre ces deux prétendants est très importante dans le pays. Le problème des historiens est de mettre de l’essence sur le feu : la Süper Lig a été fondée en 1959 et les supporters des Canaris revendique un plus grand nombre de titres avant la formation de la nouvelle ligue. Ce que ne reconnaissent évidemment pas les Lions.

L’équipe de Fatih Terim compte 21 titres dans la ligue turque, les canaris de Kadıköy compte 19. 35% des Turcs soutiennent le Galatasaray, 34% rapportent à la maison une belle chemise à rayures jaune et bleu. Le Besiktas est considéré comme un troisième concurrent qui, eux aussi, est en train de connaître des gloires historiques depuis 5 ans !

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Pour défendre les valeurs d’un pays, les supporters rivaux marchent ensemble ! (crédit photo : Milliyet)

Le climat de Fenerbahçe-Besiktas a récemment commencé à se calmer, compte tenu de la haine commune qui règne autour des Lions. Mais dans le même temps, les Aigles Noirs, la plus vieille équipe de Turquie, restait une vocation populaire. Cependant les Turcs détestent aussi Başakşehir, nouveau venu sur l’échiquier du football d’Istanbul, fondé seulement en 2014 avec l’aval de Recep Tayyip Erdogan (seul détenteur du maillot numéro 12 du Başakşehir, précisément). Ce lundi, Fenerbahçe et Besiktas se sont rencontrés et bien que le résultat fût un feu d’artifice 3-3, le jeu n’a même pas vu une expulsion.

Les supporters de Fenerbahçe après la remontada des Canaris face aux Aigles Noirs. Regardez, c’est très sympa à voir ! (crédit vidéo YouTube : Hasan Ali Golunden) 

Pour revenir à la question des différences sociales historiques dans le derby d’Istanbul, disons qu’elles ne restent que partiellement fiables : les équipes de la ville n’impliquent plus d’héritage religieux, politique ou urbain. Nous naissons d’une équipe d’Istanbul sans raison, les pauvres avec les riches, les Asiatiques avec les Européens, les orthodoxes avec les musulmans… Et c’est pour cette raison que le drapeau du club est très important. Cela entraîne des derbys avec des ambiances et intensités de malade. Pourquoi ? Car des personnes attendent les derbys comme si une personne attendait son enfant. Et une fois qu’ils sont au stade, ils se lâchent complétement. De plus, des personnes travaillent 40 heures par semaine pour pouvoir aller aux matchs de leurs équipes de cœur et ça, c’est le vrai football !

Nous sommes amoureux de ce sport ! (crédit vidéo YouTube : Türk Taraftarlarımızın Dünyada Rakibi Yok! En Güzel Anlar.. #2)

Les attentes concernant les folies et les bagarres sont toujours grandes et les enjeux ne sont jamais anodins. En fait, le derby d’Istanbul est une bombe. Une bombe à retardement qui éclate souvent en fin de match et cela affecte tous les supporters. Imaginez tout un stade qui insulte les joueurs adverses. À cause de cela, Istanbul est acteur de beaucoup de violences entre les joueurs lors de ses derbys. Pour certain, c’est la beauté des derbys et pour d’autres, c’est la honte du football turc. À vous de choisir !

Les derbys d’Istanbul : un champ de guerre ces dernières années !

12 avril 2009, Galatasaray – Fenerbahçe

Déjà le premier match, à Fener, avait été un abattoir : dix ammonites, mains au visage, coudes, arbitre trop permissif, avec une victoire des propriétaires qui épargnaient Emre (ancien joueur de Galatasaray) et le laissaient entrer seulement en seconde période. Le retour, à la Ali Sami Yen Stadi, n’était pas du football. Un zéro à zéro vibrant, avec une fin de partie dans laquelle la police escorte l’arbitre jusqu’au tunnel sous une pluie d’objets des tribunes car quatre joueurs viennent d’être expulsés. Diego Lugano (expulsé) mène Asik qui avait déjà reçu un coup de pied et était tombé dans la mêlée suivante puis réagit (expulsé). Par la suite, un autre joueur court pour aider ses coéquipiers et c’était Arda Turan, lui aussi expulsé, qui s’était faufilé dans la bataille pour donner deux coups à Semih Senturk qui lui aussi avait été expulsé par la suite. Une vraie guerre, une vraie bataille !

C’est la guerria ! (crédit vidéo YouTube : Football Fight)

23 septembre 2017, Fenerbahçe – Besiktas

Qu’attend-on d’une équipe qui se rapproche de la défense Pepe et à ses côtés Gary Medel ? La réponse se matérialise en quatre-vingt-dix minutes. Quarante fautes commises comptées en moyenne une faute toutes les deux minutes plus les changements, deux pénaltys infligés à l’équipe à domicile, une erreur finale presque inévitable… Le premier qui à quitter le terrain est le génie de Besiktas Ricardo Quaresma. Le Portugais avait donné un coup de pied à Mathieu Valbuena et deux minutes plus tard, laissera traîner son pied sur Ekici. Quaresma pris un double jaune, synonyme d’expulsion. L’arbitre déverrouille le carton rouge et, après deux minutes, c’était au tour de Neto de se prendre un retour d’en baton à cause d’un mauvais tacle par derrière sur Cenk Tosun, l’attaquant d’Everton. C’était chaud !

Mais ce n’était pas fini ! Par la suite, c’était au tour de Senol Gunes, l’entraîneur de Besiktas, renvoyé par l’arbitre Palabiyik dans les tribunes. À cinq minutes de la fin, le milieu canadien Atiba Hutchinson (Besiktas) obtient le deuxième jaune pour une main dans la surface sur un tir de Giuliano. Après trois tours d’horloge, Koybasi obtient à son tour un rouge. Sans doute voulait-il lui aussi gouter à une expulsion ?

Quaresma, l’habitué des cartons rouges lors d’un derby ! (crédit vidéo YouTube : Bein Sports TR)

2 novembre 2018, Galatasaray – Fenerbahçe

Le schéma classique ! (crédit photo : Bein Sports TR)

À la fin du match, le champagne est secoué lorsque Younès Belhanda s’approche pour dire quelques mots à Roberto Soldado qui n’est pas d’accord. Tout le banc des Canaris s’invite pour défendre l’Espagnol. Jailson, inconscient et âgé de 23 ans, « coupable » d’avoir inscrit le but égalisateur à Galatasaray, gifle Belhanda. Cela commence la chasse à l’homme, avec Jailson qui s’échappe de l’équipe. Tout le monde commence à courser le joueur brésilien. Vraiment, on se serait cru dans un vrai sketch. C’était un sacré film !

Regardez comment il se fait courser. Incroyable ! (crédit vidéo YouTube : Galatasaray – Fenerbahçe)

Et nous pouvions citer encore plein d’autres matchs qui font référence à la violence. Mais nous nous sommes concentrés sur les derbys qui se sont joués dans le cadre du championnat et non des autres compétitions. Sinon, on aurait pu citer le match de Coupe de Turquie la saison dernière entre Fenerbahçe et Besiktas où Senol Gunes (coach de Besiktas) avait été victime d’un objet lancé par un supporter et avait été transporté à l’hôpital par la suite.

Des folies, des records, des entraînements synonymes de Champions League… bienvenue en Turquie !

« Je n’avais jamais vu une telle atmosphère ! Je ne pouvais pas me concentrer sur le match. Je ne me sens toujours pas bien ». Voici les mots prononcés par Timo Werner après le match de Champions League entre Besiktas et le RB Leipzig. Après avoir initialement demandé des bouchons d’oreille à son staff médical, il a dû quitter le jeu, incapable de poursuivre en raison de vertiges. Une conséquence directe des chants assourdissants du Carsi, réputé pour être un des groupes de supporters plus bruyants d’Europe.

Voici le groupe Carsi, réputé pour être très chauds ! (crédit vidéo YouTube : CARSI GRUBU)

Même si le club a changé d’endroit (son stade historique du BJK Inonu a été effacé en 2015 pour laisser place au moderne Vodafone Park), cela n’a pas entamé la passion des fans à tel point qu’ils ont annoncé vouloir mettre à mal le record du monde de décibels qu’ils ont établi en 2013. D’après le relevé du Guiness Book, les chants du kop du Besiktas avaient alors atteint 141 décibels, au-delà du bruit d’un avion de ligne au décollage !

Qu’en Turquie que vous pouvez voir ça ! (crédit vidéo YouTube : Decibels Record)

Bienvenue en enfer… ou au paradis selon les goûts. Le derby d’Istanbul entre Galatasaray et Besiktas s’annoncent bouillant depuis des années. Les fans des Rouges et Jaunes avaient lancé les hostilités lors de l’entraînement de leurs protégés avant le grand match. Ils étaient plus de 40 000 supporters au Türk Telekom Stadyum pour mettre une ambiance de feu. Au sens propre.

Et tous les supporters chantent : « tu es l’amour de mon enfance » ! (crédit vidéo YouTube : 50 000 supporters pour l’entrainement)

Pour finir, nous allons parler des supporters de Fenerbahçe. Malgré leur situation catastrophique cette saison, les supporters remplissent le terrain à chaque match, c’est juste magnifique, du jamais vu, beau à voir. Les Canaris sont ceux qui connaissent la meilleure moyenne cette saison pour remplir leur stade de foot. Incroyable pour un club qui connait sa pire saison mais les supporters répondent présent à chaque match parce qu’ils ne vivent que pour ce club. Une quasi-vénération de leurs vies par rapport à ce club. Le foot en Turquie, c’est quelque chose !

Regardez cette ambiance magnifique, tout un stade qui chante pour son amour qui est Fenerbahce ! (crédit vidéo YouTube : Bir Sarkisin sen Fenerbahce)

« Je vis pour ce club ! »

Pour tenter de comprendre le pourquoi du comment concernant cette passion incroyable des supporters turcs envers leur équipe de cœur, nous avons contacté des supporters qui nous parlent de ceux-ci. Pour commencer, nous avons interrogé un grand supporter de Fenerbahçe qui a tenu à garder l’anonymat. Il explique :

« Fenerbahçe c’est mon club de coeur. Ça vient de famille depuis tout petit. Je supporte le club mais plus qu’un supporter normal car je vis avec, je vais aux matchs autant que je peux, peu importe la situation du club dans le classement ».

Supporter de Fenerbahçe

Ensuite nous avons contacté Yunus Yilmaz, un grand supporter des Lions qui avait participé au dernier derby entre Galatasaray et Fenerbahçe :

« Ce derby était le plus beau jour de ma vie ! C’était incroyable de voir les joueurs en face de moi, tout le stade tremblait, c’était inimaginable… Fallait le vivre pour voir ce que je pouvais ressentir. Pour ce club, je peux donner toute ma vie, c’est quelque chose que je ne peux pas vous décrire réellement car parfois on me dit que je suis fou. J’ai mon cousin qui est lui pour Fenerbahçe, je vous jure qu’on ne parle pas du foot sinon je pense que je ne serais plus son cousin ».

Yunus Yilmaz
https://twitter.com/GalatAslan_1905/status/1101165821190197248
Oui, c’est celui qui crie comme un fou ! (crédit Twitter : GalatAslan_1905)

Eh oui ! Le football est très, très important en Turquie. Des milliers de turcs vous l’avoueront sans difficulté que leur club de coeur était plus important que leur famille. Pour d’autres personnes, cela est incompréhensible. Croyez-nous que pour ce peuple, c’est quelque chose de normal. J’espère que cet article vous a donnez l’envie d’aller voir un derby et d’écouter les supporters turcs pendant 90 minutes. Ça vaut le coup !