En poste respectivement depuis juin 2011 et juillet 2012, Noël Le Graët et Didier Deschamps semblent éternels dans le paysage du foot français. Déjà en 1998, le tandem conduisait la France vers sa première étoile.

1er septembre 1998. Alors que certains font leur rentrée sous un soleil de plomb, d’autres attendent l’arrivée de Jacques Chirac sur le perron de l’Élysée. Presque deux mois après leur titre de champion du monde, les vingt-deux bleus et leurs dirigeants doivent recevoir la légion d’honneur. Didier Deschamps, alors capitaine de la sélection, enchaîne les performances de haute voltige avec la Juventus. Noël Le Graët est président de la Ligue de Football Nationale (ancien nom de la LFP, NDLR) mais aussi maire de la ville de Guingamp. Vingt ans plus tard, les deux sont toujours là. Le premier est sélectionneur jusqu’en 2022 vu sa récente prolongation de contrat, le deuxième trône sur la plus haute marche du foot français. Et quand d’autres sont fait chevalier de la légion d’honneur, Noël et Didier sont promu au rang d’officier.

Une idylle bâtie sur des ruines

2010, l’équipe de France travers l’une des phases les plus sombres de son histoire. Après un mondial catastrophique, seulement un but marqué et un point engrangé, l’équipe tricolore est au centre de l’attention médiatique. Après une altercation entre Raymond Domenech et Nicolas Anelka, à la mi-temps du second match contre le Mexique (1-2), l’encadrement décide d’exclure le joueur pour son mauvais comportement. Deux jours plus tard, alors que les propos d’Anelka avaient fuité dans la presse, les joueurs décident de boycotter l’entraînement. Ce qu’on appellera plus tard le fiasco de Knysna marque un tournant dans le foot français, Domenech est licencié dans l’été et le président Jean-Pierre Escalettes annonce sa démission dès son retour en France.

Le drame de Knysna peut se lire de deux façons : il est sûrement la plus grande honte du foot français mais paradoxalement le point de départ de quelque chose de beau (Crédit photo : Le 10 sport)

Alors que Fernand Duchaussoy assure l’intérim à la tête de la FFF, c’est finalement Noël Le Graët, alors vice-président, qui prend la suite d’Escalettes. Dès son premier mois de mandant, il met en place une charte de bonne conduite, qui doit être porté à la connaissance de chaque joueur et chaque membre du staff des Bleus. Laurent Blanc succède quant à lui à Raymond Domenech avec l’Euro 2012 en ligne de mire. Malheureusement, les plaies sont encore béantes et la France ne peut faire mieux qu’une élimination en huitième de finale face à l’Espagne. Avec un parcours mitigé et marqué notamment par les écarts de la génération 87 (Nasri, Ben Arfa et Ménez), la FFF ne prend pas de risque et Blanc est remercié. Deschamps débarque alors à Clairefontaine. L’Histoire est en marche.

Un tandem gagnant comme socle pour la seconde étoile ?

Didier Deschamps ne révolutionne pas l’équipe, il conserve certains cadres dont Evra, Valbuena ou Ribéry et décide d’installer peu à peu une nouvelle génération, porté par Paul Pogba et Raphaël Varane. Après des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014 convaincants, les Bleus doivent néanmoins passer par la case barrage. Au match aller contre l’Ukraine, la France se troue et perd (2-0). Les médias s’en donnent à cœur joie le lendemain. Jamais une équipe en barrages n’a remonté deux buts pour se qualifier. Et pourtant, une semaine plus tard les Bleus se transcendent. Benzema, puis Sahko, par deux fois, trouvent le chemin des filets. Deschamps a réussi ce pour quoi il a été nommé sélectionneur, réconcilier tout un peuple avec son équipe.

Deschamps – Le Graët, un duo qui a fait ses preuves. Assez pour durer plus longtemps ? (Crédit photo : BFM TV)

Jusqu’en 2018, « Didier et Noël » porteront cette équipe au plus haut. L’un sur les terrains et l’autre en dehors. Non sans polémique mais toujours avec le sentiment de faire au mieux. Président apprécié, Le Graët a toujours étonné par sa répartie en interview. Mais sous ses airs de sniper se cache un redoutable stratège et un fin connaisseur du football. Président de l’En Avant Guingamp de juin 1972 à septembre 1991, puis de 2002 à 2011, il sait comment décrocher les étoiles en partant de rien. Quand il arrive en Bretagne, les Costarmoricains ne sont qu’un petit club jouant en division régionale sans le statut professionnel. Mais donnez du plomb à Le Graët, il le transformera en or. Vingt ans et un nouveau stade plus tard, les Bretons disputent la Coupe Intertoto. Associé à une ancienne gloire, cadre lors de l’épopée de 1998, l’équipe de France ne pouvait finalement que progresser.

2020 rime avec fin ?

De nouvelles élections se tiendront en décembre 2020, pour savoir qui succédera à Le Graët. Alors qu’il sera âgé de 79 ans, difficile de l’imaginer comme candidat à sa propre succession. Le contrat de Deschamps courait lui jusqu’en juillet 2020. Ce n’est plus le cas puisqu’il rembobinera jusqu’à la Coupe du Monde au Qatar en 2022. Avenir bleu, horizon heureux. Le président l’avait répété, en cas que de qualification pour l’Euro 2020, le natif de Bayonne serait prolongé jusqu’à la prochaine Coupe du Monde. Affaire conclue.

“20 ans après c’est le moment….” : et si l’Histoire se répétait encore ? (Crédit photo : Sport Illustrated)

Tout n’est pas rose pourtant pour « DD ». De plus en plus critiqué pour ses choix tactiques jugés trop tendres, le sélectionneur agace parfois. Préférant l’efficacité au sensationnel, le pragmatique Deschamps se conforte dans un 4-4-2 ou un 4-2-3-1. Mais que dire à un homme qui a sauvé le foot français ? Ses choix oscillent entre l’audacieux et le déroutant, mais tous s’inscrivent dans la durée. Sa force est bien là, pouvoir bâtir un groupe qui sera efficace sur le long terme. À sept mois de l’Euro, l’horloge tourne et les prochaines décisions seront décisives. Mais nul doute que Didier et Noël voudront se payer encore un beau voyage l’été prochain. Assez pour ramener la Coupe à la maison ?