La grande messe du football sud-américain a débuté avec la Copa America (14 juin/7 juillet). Lors de cette édition, deux invités de marque avec le Qatar qui aura en ligne de mire son Mondial en 2022 et le Japon. Pour les « Samurai Blue », une ère nouvelle s’ouvre désormais à plus d’un titre.

La Copa America débute sous de bons auspices au Brésil avec la présence sur place de huit vainqueurs de la compétition et deux invités. Le Qatar qui a engrangé un point (2-2) contre le Paraguay pour son premier match et qui a subi une courte défaite (1-0) face à la Colombie. Pour le Japon, la donne est autre avec une défaite 4-0 contre le Chili. Avant d’affronter l’ogre uruguayen demain soir à 1h du matin (heure française). Cependant, au-delà du résultat brut, pour sa deuxième participation à la compétition phare sud-américaine, le Japon à d’autres espérances. Un changement majeur et de nouvelles stratégies qui auront des conséquences sur le jeu, l’équipe nationale et les fans.

Le porte-parole du gouvernement japonais montre le symbole du « Reiwa », la nouvelle ère suite à l’abdication de l’Empereur Akihito, père du nouveau Naruhito (Crédit photo : Euronews)

Le début d’une nouvelle ère

En mai dernier, l’Empereur du Japon depuis 30 ans Akihito a abdiqué en faveur de son fils Naruhito. Dans un pays où la figure tutélaire impériale guide par sa présence le destin d’une nation, l’évènement fut historique. Le Japon entre donc définitivement dans une nouvelle ère, le « Reiwa » (signifiant littéralement « vénérable harmonie »). Ce changement est donc inédit (première abdication du vivant d’un Empereur, NDLR) dans l’histoire du pays et dès lors plus qu’un symbole.

Le nouvel Empereur Naruhito (à gauche) et son père, l’ancien Empereur du Japon, Akihito (à droite). Passation de pouvoir ! (Crédit photo : BBC UK)

De ce fait, cet élan de nouveauté dans la continuité porte également ses fruits dans différents domaines. En mettant en avant ce qui a permis de porter au pinacle la culture japonaise dans sa diversité. En ce sens, cela constitue une sorte de retour aux sources pour un pays ayant fêté l’an passé les 150 ans de l’ère Meiji débuté en 1868. D’une ère à une autre, la distance est ténue mais nécessaire pour comprendre tous les enjeux.

Cette période historique du Japon ayant contribué fortement à ancrer le pays dans une modernité croissante et une internationalisation soutenue. 150 ans plus tard donc, le « pays du Soleil Levant » se rêve également à avoir le destin mondial et un rayonnement plus grand. Dans cette optique, quoi de mieux que de passer par le plus grand vecteur mondial possible, le sport ?

Une participation sportive croissante

En effet, le Japon a la particularité de concentrer une assez impressionnante activité sportive. Dans des domaines aussi divers que variés et charriant un lot incroyable de performances. Que l’on songe à la Coupe du monde féminine qui se déroule actuellement en France où les Japonaises se sont qualifiées pour les huitièmes de finales à la deuxième place de leur groupe derrière l’Angleterre mais devant l’Argentine.

La défenseure de l’Olympique Lyonnais, Saki Kumagai, participe à la Coupe du monde féminine actuellement en France (Crédit photo : Le Figaro)

Lors de la dernière finale de la Coupe d’Asie où les Japonais cette fois ont perdu en finale face au pays hôte, le Qatar (1-3). Plus loin mais présente quand même, la Coupe du monde de rugby qui aura lieu en septembre prochain chez les compatriotes du gardien strasbourgeois Eiji Kawashima. Le panorama est vaste et peut contenter bon nombre de Japonais en ouvrant de nouvelles perspectives.

Les Japonais heureux d’être en finale de la dernière Coupe d’Asie (à gauche, N°5, Yūto Nagatomo arrière gauche de Galatasaray) – (Crédit photo : Eurosport)

Rivalités entre la Chine et le Japon

C’est un fait, le Japon a connu de nombreuses idoles au sein de la J1 League, le championnat national. On se souvient notamment d’Arsène Wenger, l’ancien entraîneur d’Arsenal (au Nagoya Grampus, NDLR). Sans oublier le Brésilien Leonardo qui évolua au Japon durant deux saisons (Kashima Antlers, NDLR) au mitan des années 90. Le nouveau directeur sportif du PSG perpétuant le passage de nombreux Brésiliens au Japon et vice-versa. À travers notamment la notion représentée par les « Nissei », ces Brésiliens d’origines japonaises.

Cependant, ces dernières années, le marché asiatique fut tiré, en termes de football par la Chine. À travers les nombreux transferts de joueurs prestigieux étant partis chercher gloire et fortune au sein du championnat local. Cette rivalité économique, politique ou culturelle est donc fortement présente dans l’esprit des dirigeants japonais. Si la Chine de Xi Jinping tente de modeler son football en créant les bases pour les années à venir, les Japonais concentrent leur tactique sur leur sélection nationale.

On l’aura donc compris, pour leur seconde participation à la Copa America, les Japonais envisagent davantage celle-ci comme un tremplin. Un moteur qui leur permettra de développer leur football. Un cheminement mûrement réfléchi et une place à prendre dans la région en Asie et tenter d’avoir un leadership plus grand face à la Chine.

Real Madrid et le « Mbappé japonais »

Pour cela, le pays a besoin de modèles et de joueurs de talents sur lesquels s’appuyer. Takefusa Kubo, 18 ans, est un attaquant de son état au format de poche, gaucher et venant d’un pays lointain. Transféré au sein de la Castilla du Real Madrid après un bref passage au sein de « La Masia », il y a quelques années, le destin du jeune Japonais ressemble à s’y méprendre à celui d’autres jeunes joueurs de talents.

Takefusa Kubo, même destin que… Messi ? (Crédit vidéo : Sport Vidéos MM)

De Kylian Mbappé au Portugais du Benfica Lisbonne João Félix en passant par l’Italien de la Roma Nicolò Zaniolo mais surtout d’un certain Leo Messi, auquel est comparé l’ancien attaquant du FC Tokyo. S’il est naturellement trop tôt d’aller aussi loin, force est de constater tout le potentiel que le jeune homme représente. Un talent sur et en dehors du terrain qui pourra attirer de plus en plus de fans.

Takefusa Kubo au Real Madrid mais avec le maillot japonais (Crédit photo : Real Madrid)

En travaillant dès son plus jeune âge dans l’antichambre du meilleur club du monde et en se frottant directement au jeu européen, le Japonais pourra dès à présent se confronter à l’idole du pays, Hidetoshi Nakata, l’ancien milieu de terrain passé par l’AS Roma. Là encore un bien beau coup de pub dans un pays peu habitué à voir ses représentants s’exporter aussi jeune.

Marketing, « Olive et Tom », Mbappé

Toutefois, le Japon n’exporte pas seulement ses pépites, elle en ramène également au pays. Pour preuve, la récente tournée d’un certain Kylian Mbappé au pays du Soleil Levant et qui lui aura donné l’occasion au Parisien de rencontrer l’idole des jeunes. Si son nom n’est pas connu du grand public, ses dessins le sont certainement davantage.

Kylian Atton ou Olivier Mbappé ? (Crédit photo : Europe 1)

Yoichi Takahashi est en effet le créateur du mythique dessin animé footballistique qui berça l’enfance de nombreux enfants. Le manga en question ? « Olive et Tom » et ses kilomètres de terrain et la rivalité entre le gentil Olivier Atton et le méchant Mark Landers. Au milieu, Kylian Mbappé accueilli comme une star et une idole que son aura lui consent.

Au passage, le Champion du monde français s’est offert un joli coup de pub marketing. Le fait de se tourner vers le marché asiatique à haut potentiel n’est pas passé inaperçu. Cependant, aller au Japon avant la Chine montre toute l’importance que représentent les fans sur l’Archipel. Un beau message que les Nippons n’auront pas manqué de souligner quand la géopolitique n’est pas loin du terrain.

Débuts difficiles en Copa America mais…

4-0 donc face au Chili, un second match face à l’Uruguay des Cavani, Suárez et autres Godin avant de finir face à l’Équateur. Rien n’aura été épargné pour les hommes du sélectionneur national Hajime Moriyasu. Un plateau de choix, de gros morceaux à avaler et des joueurs rompus à la compétition phare du continent sud-américain.

Des débuts difficiles certes mais qui ne doivent pas masquer la réalité. Ce tournoi représentant davantage la naissance d’un groupe dans l’adversité. Pour cela rien de meilleur que d’affronter la crème de la crème et créer des liens entre coéquipiers. Cependant, à l’instar de l’Ère Meiji, tout bouleversement n’est pas une mauvaise nouvelle, loin de là.

… un besoin d’apprentissage nécessaire

Au final, peu importe les résultats pour les Japonais. Il n’y aura que cette volonté de continuer à apprendre, de jouer des matchs au couteau et avec la ferme intention d’engranger de l’expérience. La défaite n’est pas si grave et peut être formatrice. En emmenant une équipe dont la moyenne d’âge est l’exact contraire de son adversaire uruguayen entouré de vieux briscards tels que l’attaquant de Leicester Shinji Okazaki. En se frottant aux formations les plus difficiles à manœuvrer et offrant un répertoire de jeu différent à chaque fois.

Chili-Japon : 4-0 mais l’essentiel est ailleurs pour le Japon (Crédit vidéo : Youtube – beIN SPORTS FRANCE)

Mais surtout, en permettant de durcir des joueurs qui n’ont pas l’habitude d’être tant malmenés, le football Nippon aura d’autres ambitions. Celui de montrer, dans sa rivalité avec les puissants chinois, que question ballon rond, les Japonais ont de la ressource. Une volonté croissante et grandissante de faire passer le message que ce changement d’ère est probablement un appel d’air vers un destin plus grand. Les Japonais débutent l’Ère « Reiwa » de la meilleure manière possible, en harmonie mais avec leurs ambitions.