Après un exercice 2017/2018 en Ligue 1 terminé à une peu reluisante 17ème place, le LOSC de Christophe Galtier réalise une excellente saison. Derrière ces bons résultats, le travail de l’ombre d’un homme : Luis Campos, dont les méthodes et les transferts ont réussi à stabiliser le club. Récit d’une métamorphose surprenante mais pas anodine.

D’une saison à l’autre, la donne change dans le Nord. Après une saison dernière proche du néant et perturbée aussi bien sur le terrain qu’en dehors, le LOSC retrouve des couleurs. Avec une belle deuxième place en championnat et cornaqué par un directeur sportif dénicheurs de talent. Ainsi qu’un très fort lien avec la Liga NOS portugaise.

Luis Campos, un dénicheur de talents, partout, tout le temps (Crédit photo : la voix du nord)


Luis Campos, un réseau au service du LOSC

Luis Campos n’est pas un inconnu du championnat français ayant déjà officié à l’AS Monaco. Dénicheur de talents hors pair, il forme avec Gérard Lopez, le président, et Marc Ingla, le vice-président, le triumvirat lillois. Dans une volonté de stabilisation du club nordiste après une saison de soubresauts.

Pourtant, rien n’était gagné au départ. Entre ces ambitions de départ affichées par Lopez et la réalité du terrain, un profond gouffre s’était creusé. Avec une saison catastrophique à tous les étages et de multiples problèmes sur et en dehors du terrain. Sans compter l’interdiction de recrutement des Lillois.

Méthode et anticipation

C’est pourquoi, le travail de Luis Campos est à souligner dans l’écriture de cette nouvelle page. Avec deux mots pour résumer la situation. Méthodologie et anticipation. Un savoir-faire reconnu, une vision périphérique et un maillage des joueurs par un impressionnant réseau.

« Luis Campos a créé un outil de scouting qui nous permet d’être très réactifs, Il y a des listes de joueurs entre 18 et 22 ans, un autre groupe entre 22 et 25 ans. Il intègre la valeur marchande, l’évolution. Si un joueur coûte 10 millions à un moment, peut-être qu’un an après trois suffiront ».

Leonardo Jardim à propos de la méthode Campos (jdd.fr)

La liste des joueurs passés sous sa coupe étant longue comme le bras. Le Portugais connaissant les arcanes du football comme personne. Et étant également très bien introduit au sein des managers les plus connus et reconnus d’Europe. Jorge Mendes, l’un des plus courus, en tête. Ce qui lui permet de découvrir des pépites avant tout le monde.

Un axe Lille-Portugal renforcé

Lorsqu’un manager ou un directeur sportif arrive à la tête d’une équipe et d’un club, son objectif premier est de se rassurer. En ce sens, se tourner vers des valeurs sûres permettant d’avoir des joueurs connus et prêts immédiatement. Avec un risque minimum d’erreur. Et, si possible, pour éviter la barrière de la langue, un langage commun. Arsène Wenger ayant procédé de la même manière avec Arsenal en comptant sur ses « Frenchies » faisant offices de relais sur et en dehors du terrain.

Devinez qui parle portugais ? (Crédit photo : lusojornal.com)

Cette saison, au sein du LOSC, cette réunion communautaire trouve son origine au Portugal. Avec cette forte connotation lusitanienne, la communication est plus facile. Avec toujours la même idée. Réunir des joueurs d’expérience et des jeunes en devenir. En quelque sorte, miser sur l’alliance entre prime à l’expérience en défense et talent débridé allié à la jeunesse en attaque.

Cette tête de point se matérialisant, à Lille, avec un José Fonte, défenseur de son état. Faisant office de « papa » des lignes arrières. Idéal pour rassurer des jeunes joueurs. Et la pépite Rafael Leão devant pour profiter des offrandes des deux Jonathan, Ikoné et Bamba. Et ouvrir des brèches pour la star de l’équipe lilloise, Nicolas Pépé.

« C’est notre Mbappé portugais »

De Luis Campos à propos de son numéro 7 à Lille, Rafael Leão (rmcsport.bfmtv.com)

Le Portugais, langue de la moitié de l’équipe

Ajoutés à cela, un milieu jeune, composé de Brésiliens et de Portugais, de qualité pour lancer ou couper les attaques. D’ailleurs, à ce propos, une petite curiosité est à noter. Notamment sur les 18 joueurs lillois inscrits dans la composition de Lille-Monaco hier soir (0-1). En effet, pour le compte de la 29ème journée de Ligue 1, huit de ces joueurs étaient lusitanos-brésiliens. Et en comptant le nouveau défenseur mozambicain, Reinildo Mandava, transféré de Belenenses au… Portugal, le chiffre monte même à neuf joueurs.

Ce pays ayant été une colonie du Portugal et donné naissance à la star portugaise avant Cristiano Ronaldo, le regretté Eusebio. La moitié de l’équipe professionnelle du LOSC a donc un lien plus ou moins lointain avec le pays d’origine de l’auteur à succès António Lobo Antunes.

Avec Campos, une garantie de progression pour le joueur…

Quel que soit cependant sa nationalité, l’attractivité du Losc cette saison est à chercher auprès de Christophe Galtier. Entraîneur expérimenté ayant passé près de 10 ans au sein des Verts de Saint-Etienne. Lors du marasme de la saison passée, le Marseillais avait tenu la baraque contre vents et marées. Malgré une fin de saison sur les charbons ardents.

Plus largement, le bénéfice pour un jeune joueur en venant à Lille est l’attractivité d’un championnat français en évolution. Mais aussi et surtout de profiter de l’expertise d’un Luis Campos. Reconnu unanimement pour son professionnalisme et ses compétences, ce dernier permet au joueur de se bonifier. Face à un homme du calibre de Campos, point de salut autre que le travail. Tout le temps, sans arrêt.

« Si je travaille autant, c’est parce que je veux que ma ‘database’ soit actualisée en permanence. Parce que si les joueurs progressent tout le temps, je dois moi aussi toujours progresser »

Luis Campos, gros travailleur devant l’éternel (eurosport.fr)

En prenant en compte tous les facteurs de développement liés à la jeunesse. Et, surtout, en prenant son temps pour minimiser au maximum les erreurs avec l’espoir futur pour le joueur de se trouver dans la même situation que Mbappé et intégrer une grosse écurie européenne. D’ailleurs, entre Leão et Pépé, les candidats en fin de saison ne manquent d’ailleurs pas.

… et un facteur de succès pour le club

Si un dirigeant peut se parer d’une aura sur une équipe, rare sont ceux qui ont autant de poids que Luis Campos. Le Portugais pouvant se targuer d’attirer les joueurs dans son sillage. Ce qui est bien utile pour un club comme Lille voulant se développer et augmenter son attractivité. Avec un objectif minimal d’être européen en fin de saison, les Nordistes pourront compter sur les droits TV. Et ainsi, revenir dans le giron des grosses écuries européennes. Comme à l’époque de Vahid Halilhodžić et la venue de Sir Alex Ferguson à Manchester United.

Pour un projet qui consiste à montrer ses pépites pour les revendre ensuite, la fenêtre de tir est idéal. Et juteuse en termes sonnants et trébuchants. Le LOSC est donc bien placé pour montrer son projet et essayer de vendre ses jeunes joueurs au plus offrant.

Campos, un départ annoncé ?

Toutefois, si Lille souhaite poursuivre son développement, le club devra sécuriser, outre ses joueurs, son directeur sportif dont le nom est sur toutes les lèvres de Chelsea en passant par son ancien club Monaco.

Si Lille, a perdu à la dernière seconde face à l’ASM vendredi soir, avec un but du Brésilien Carlos Vinicius, également passé par le Portugal, les Nordistes ne s’avouent pas vaincus pour autant. Dans la dernière ligne droite pour l’attribution de la seconde place. Synonyme de la plus prestigieuse des compétitions, la Ligue des Champions.

« Cette saison, ce n’est pas de la chance, assure le propriétaire et président du LOSC. On n’a rien volé. Les résultats procurent de la fierté et du bonheur »

Gérard Lopez, président lillois heureux (L’Equipe)

Avec un homme du calibre de Luis Campos, les Lillois seraient bien avisés de pouvoir compter sur son flair, son réseau et ses compétences. Mais surtout, sur le doux parfum du Tage soufflant dans le Nord de la France. Comme un goût de Portugal, en somme. Et si d’aventure Luis Campos reste au club, cet axe Lille-Portugal n’est sans doute pas prêt de s’arrêter.