L’Espagne fera ses débuts aujourd’hui à 18h face à l’Afrique du Sud. Si la Roja n’est pas aussi attendue que les Bleues, elle pourrait bien jouer les troubles-fêtes dans cette compétition.

Dans un précédent article, nous faisions le point sur la situation du football féminin espagnol. Dans ce dossier, nous vous expliquions que le « FutFem » (comme il est surnommé là-bas) était encore en plein développement en Espagne et que la péninsule ibérique comptait un retard conséquent sur ses voisins, comme notamment la France et l’Allemagne. Toutefois, il s’avère tout de même que ce sport commence à prendre de plus en plus d’importance dans le paysage footballistique hispanique. Alors la Coupe du Monde en France viendra-t-elle confirmer cet essor, et ainsi propulser définitivement l’Espagne comme une véritable nation du football féminin ? Premier élément de réponse, à quelques heures du début de la compétition. 

Même si elle ne fait pas partie des prétendantes à la victoire finale, la Roja a de l’ambition et compte bien montrer au monde de quoi elle est capable (crédit photo : RFEF)

« Le développement du football féminin espagnol est imparable »

Tels étaient les mots employés par Pedro Malabia, le responsable de la ligue de football féminine espagnole, en octobre dernier lors du « World Football Summit ». Lors de cette conférence, ce dernier expliquait qu’il était en pleine expansion… et ce ne sont pas les chiffres qui viendront le contredire. En effet, le nombre de licenciées a augmenté de 28% entre 2017 et 2018 et de plus de 300% entre 2003 et 2013, passant ainsi de 11 300 à 40 600 adeptes.

D’autre part, tout est fait du côté de la Fédération pour augmenter la visibilité du football féminin et ainsi rendre ce sport « bankable ». À l’image de son homologue masculin depuis des décennies déjà, le football féminin en Espagne commence peu à peu à devenir une économie et à générer de plus en plus d’argent. Tout d’abord, ce phénomène de monétisation a commencé par le contrat de naming du championnat avec Iberdrola, une entreprise espagnole spécialisée dans la production de gaz naturel, avant de continuer à se développer petit à petit avec la présence de plus en plus de sponsors. Mais ce n’est pas tout.

Les droits TV, la poule aux œufs d’or du football

Si chez les hommes les droits télévisuels (c’est-à-dire la cession du droit de retransmettre les matchs à la télévision) sont à l’origine d’environ 50% des recettes des clubs, ces derniers explosent les compteurs chaque année. 

1.93 milliard pour la Premier League, 1.15 pour LaLiga… Les sommes sont vertigineuses et ne cessent de nous surprendre. Et comme on pouvait s’en douter, c’est très loin d’être le cas chez les féminines, avec des montants quelque peu plus raisonnables : en mars dernier, c’est le groupe audiovisuel espagnol Mediapro qui s’est emparé des droits TV de la Liga Iberdrola pour un montant annuel de… 3 millions d’euros par saison. Une hausse de 43% par rapport à la saison précédente. 

Toutefois, cet écart va se réduire petit à petit au fil des saisons. Du moins, c’est le souhait de la fédération espagnole de football. Et pour que le football féminin continue son développement, Daniel Marglef a un plan en tête. 

« Un très grand pas a été réalisé au niveau des retransmissions TV. Mais il faut continuer. Pour cela, il faut que les rencontres soient diffusées en clair. L’objectif est d’atteindre les 100.000 téléspectateurs d’ici la saison prochaine. » 

Daniel Marglef, directeur des droits TV de Mediapro

100.000 téléspectateurs. Approximativement l’audience de la seconde division masculine espagnole, ce qui était inimaginable il y a encore quelques années. Ces chiffres sont donc plus que positifs et montrent l’émergence du football féminin en Espagne, et démontrent également toute la volonté de sa fédération de la porter toujours plus haut. 

La quasi-totalité des équipes de Liga compte une section féminine… sauf le Real Madrid.
Et cela n’a pas l’air d’être dans les plans de Florentino Pérez (crédit photo : AFP)

Quel Mondial pour la Roja ?

Le 20 mai dernier, Jorge Vilda dévoilait la liste des 23 « guerreras » qui participeront au Mondial. Une liste pleine de promesses bourrée de talent, même si un grand nom n’y figure pas : celui d’Ángela Sosa, meneuse de jeu star de l’Atlético Madrid (champion d’Espagne) et meilleure joueuse de Liga Iberdrola en 2018. Une absence remarquée qui a fait polémique en Espagne et qui a quelque peu divisé l’engouement porté par le public ibérique pour ses joueuses. 

Toutefois, cette sélection semble prête et le reste de la liste est ambitieux et talentueux. Alors même s’il paraît peu probable de voir l’Espagne remporter le Mondial, les joueuses de Jorge Vilda vont tout donner pour rattraper les échecs du Mondial 2015 et de l’Euro 2017. En l’espace de deux ans, la Roja semble s’être aguerrie et ces deux éliminations prématurées paraissent bien lointaines désormais.

Pour rappel, l’Espagne est dans le groupe de l’Allemagne, de la Chine et de l’Afrique du Sud pour cette Coupe du Monde 2019 (crédit photo : footdelles.com)

Auteure d’un parcours de qualification des plus brillants, cette Roja est prête à se faire définitivement une place parmi les plus grandes nations. Et même si ce n’est pas pour ce coup-ci, ça ne saurait tarder… 

Une génération dorée pour tout lancer ?

L’Euro 2017 pour les U17, l’Euro 2015 pour les U19 mais aussi l’Euro 2013 pour les Espoirs. En bref, les jeunes hommes espagnols ont brillé ces dernières années. 

Et les jeunes femmes ? Et bien elles n’ont pas été moins brillantes. En effet, les catégories U17, U19 et U20 ont remporté plus de podiums ces trois dernières années lors des Coupes du monde et des Championnats d’Europe que dans le reste de leur histoire. Par ailleurs, les U17 ont remporté en mai 2018 le quatrième championnat d’Europe de leur histoire (après 2010, 2011 et 2015) et ont également été sacrées championnes du monde en décembre après une victoire sur le Mexique en finale. De leur côté, les U19 ne sont pas en reste puisqu’elles ont également remporté leur troisième titre de champion d’Europe en juillet dernier, après avoir déjà décroché celui de 2017.

Les catégories U17, U19 et U20 espagnoles ont remporté plus de podiums ces trois dernières années lors des « Euros » et Mondiaux que dans le reste de leur histoire ! (crédit photo : espanol.eurosport.com)

Alors nul doute que si la Roja ne parvient pas lors de ce Mondial 2019 à s’imposer comme une des plus grandes nations du football féminin, ce sont les plus jeunes qui y parviendront. Alors « esperar y observar », comme disent nos amis ibériques…