L’Angleterre est en train de vivre une semaine historique. Alors que le Brexit terrorise les joueurs et investisseurs, la Premier League fait un retour triomphal en C1 ou en C3, des « remontadas » de Manchester United et Arsenal aux raclées de Tottenham et Manchester City.

Alors que les six premières équipes du championnat sont toutes engagées en quarts de finale de Ligue des Champions et d’Europa League, un tas de questions se posent dans toutes les têtes. On parle beaucoup du retour de la suprématie anglaise comparée au voisin espagnol, mais a-t-elle déjà existée ? Et doit-on vraiment s’attendre à voir un club de Premier League soulever la Coupe aux grandes oreilles ? Pourquoi même devrions-nous y croire ? Qu’a prouvé cette semaine rocambolesque ? Éléments de réponses ici.

Oui, les clubs anglais ont déjà bien régné comme il faut en Ligue des Champions !

Si la dernière Ligue des Champions remportée date maintenant de 2012 avec Chelsea, les récoltes ont été beaucoup plus fructueuses il y a maintenant 40 ans.

La première victoire arrive lors de la treizième édition en 1968. L’équipe de Manchester United, alors encore traumatisée par le drame de 1958, se défait en prolongations du Benfica Lisbonne grâce à un doublé de Sir Bobby Charlton et un but du regretté George Best. Résultat final : 4-1, Charlton complète sa galerie deux ans après avoir soulevé la Coupe du Monde.

Le règne s’installe neuf ans plus tard. Liverpool ouvrant le festival en remportant la C1 en 1977 puis en 1978. Nottingham Forest emboîte le pas et gagne les éditions de 1979 et 1980. L’entrée dans les années 1980 n’arrête en aucun cas la razzia anglaise. Thatcher ou le football, qui résistera le plus longtemps en Europe ? En 1981, Liverpool reprend le flambeau et le passe en 1982 à Aston Villa. Durant six éditions d’affilées, l’Angleterre va marcher sur la C1. Un record imbattu, pas même par l’Espagne. En 1984, Liverpool inscrit une nouvelle fois ses lettres de noblesse contre l’AS Roma avec la fameuse danse « spaghetti » du gardien zimbabwéen Bruce Grobbelaar lors du dernier tir au but adverse. L’année suivante, le club de la Mersey se voit accéder à la finale de 1985 les opposant à la Juventus Turin.

La fameuse séance des tirs aux buts entre Liverpool et l’AS Roma en 1984 (Crédit vidéo : YouTube Michael Fotios)

Ce match contre la Juve fait entrer les supporters des Reds dans l’histoire de la pire des manières. Le trophée est donné aux Turinois dans les vestiaires et les clubs anglais sont rayés de la compétition pour cinq ans, brisant la montée en puissance du rival d’Everton. En cause, un débordement provoqué par les hooligans des Reds qui provoquera 39 morts, essentiellement turinois. C’est le triste drame du Heysel. Les conséquences sont dures pour les Anglais qui vont encaisser une très mauvaise réputation à cause du hooliganisme et une disparition des finales européennes jusqu’en… 1999.

À l’aube de l’an 2000, Manchester United rayonne et rend ses lettres de noblesse à l’Angleterre en éliminant successivement l’Inter Milan, la Juventus Turin et finalement le Bayern Munich d’Oliver Kahn. Comme lors de l’Euro 2000, cette finale est de celles où des milliers de bouteilles de champagne ont dû être rebouchées. En effet, à la 91ème minute, le Bayern a l’avantage au score (1-0). À la 93ème, Manchester United inverse la tendance et gagne 2-1 dans un Camp Nou indescriptible. Auteur d’un doublé dans les arrêts de jeu, « Super Sub » Ole Gunnar Solskjaer devient le héros du club.

Solskjaer célébrant le but de la victoire contre le Bayern de Munich (Crédit Photo : The42)

En 2005, Liverpool gagne le respect du monde entier en devenant la définition même de « remontada ». Menés 3-0 par le Milan AC de Paolo Maldini à la mi-temps, les Reds vont se transcender au son du « You’ll Never Walk Alone » et remporter le match aux tirs aux buts.

S’en suit une période de frustration consolée par une nouvelle victoire de Manchester United en 2008. De 2006 à 2011, soit en six éditions, cinq équipes anglaises s’inclineront en finale. En 2012, Chelsea remporte la Ligue des Champions aux tirs aux buts contre le Bayern sur son propre terrain. C’est la dernière victoire anglaise depuis.

Et la C3 dans tout ça ? Les deux premiers vainqueurs de l’histoire de la Coupe UEFA (créée en 1972) sont Tottenham cette même année puis Liverpool en 1973 qui gagnera à nouveau en 1976 et en 2001. En 1981, c’est le club d’Ipswich Town qui s’illustre. Trois ans plus tard, en 1984, Tottenham revient sur le devant de la scène avec un second trophée. En 2013, un an après avoir gagné la Ligue des Champions, Chelsea s’empare de la Ligue Europa (club sans histoire, vraiment ?). Et en 2017, José Mourinho et ses joueurs de Manchester United battent en finale l’Ajax Amsterdam 2-0. L’Angleterre et la Coupe d’Europe, un vrai patrimoine.

Des débâcles récurrentes en compétition européenne ces dernières années

Si Manchester United a gagné la Ligue Europa en 2017, l’année suivante a été beaucoup moins rose en C3. Arsenal a eu beau sortir la tête haute en demi-finale, Everton a marqué seulement quatre points en six matchs de poule dans un chapeau très jouable (Lyon, Atalanta Bergame, Apollon Limassol).

En Ligue des Champions, les cinq équipes en lice sont qualifiées pour les huitièmes où Tottenham est battu par la Juventus, Chelsea par Barcelone et Manchester United par Séville… En quarts, Liverpool élimine facilement les Cityzens et créent la sensation en se qualifiant pour la finale, porté par Mohamed Salah qui signe une saison incroyable.

La finale sera en réalité un cauchemar pour le club des Reds. Salah sort sur blessure, Loris Karius (aujourd’hui au Besiktas), réalise deux boulettes. Sadio Mané a beau sauver l’honneur, Liverpool s’incline 3-1.

Loris Karius, après son match raté contre le Réal Madrid (Crédit Photo : GiveMeSport).

Avec six clubs parmi les dix plus riches au monde, la Premier League peine à revenir sur le devant de la scène. Pas les bons achats ? Les coûteuses acquisitions d’Alexis Sanchez (échangé à Henrikh Mkhitaryan) ou Romelu Lukaku (85 millions d’euros) à United peuvent pousser au questionnement au même titre que le mercato raté de l’ancien club de Lukaku (Everton) qui a complétement loupé ses matchs en C3 en 2017. Mais, en attendant, l’international belge est celui qui a permis aux Reds Devils d’accéder aux quarts de finale avec son doublé au Parc des Princes. Tandis qu’Alexis Sanchez est loin de faire de mauvais matchs en C1. De plus, Virgil Van Dijk et Fabinho à Liverpool ou Aymeric Laporte chez les Cityzens ont prouvés qu’ils valaient leur prix.

Le Boxing Day a aussi souvent été pointé du doigt puisqu’il a tendance à émousser les joueurs pendant que ceux des autres championnats sont en pleine trêve hivernale. Et on sait très bien qu’en Angleterre, le championnat prime souvent sur la Ligue des Champions. En témoigne la dernière déclaration de Mo Salah. Mais cette année, la donne semble changer.

Une démonstration de football et de caractère

Des six équipes en lice dans les deux tournois (Burnley s’étant fait éliminé en barrages pour la Ligue Europa par l’Olympiakos), toutes ont validées leur billet pour les huitièmes puis les quarts. Une première depuis 1971, rien que ça. Pour couronner le tout, les spectateurs ont été conviés à de véritables prestations.

Manchester City et Chelsea n’ont pas voulu faire dans la dentelle, se permettant d’écraser à plate couture leur adversaire. Vainqueur de Schalke 04 lors du match aller sur le score 3-2, les Sky Blues ont décidés de rapidement faire disparaître les espoirs du club allemand. Le score du match retour est sans appel, un historique 7-0 qui provoque le licenciement du coach de Schalke Domenico Tedesco deux jours plus tard !

Phil Foden, l’auteur du sixième but contre Schalke (Crédit Photo : Reuters/ P. Noble).

Chelsea s’offre le Dynamo Kiev avec un score cumulé de 8-0. Au match retour, Olivier Giroud a claqué un triplé, devenant par ailleurs le meilleur buteur actuel en Europa League (9 buts)

Liverpool et Tottenham, étant opposés à des équipes plus fortes que Schalke ou Kiev sur le papier, se sont permis d’écarter les deux gros clubs de Bundesliga. Si les Spurs ont maîtrisé leur sujet Dortmund en gagnant le match aller 3-0 et remportant le retour 1-0, les Reds ont attendu d’être à l’Allianz Arena pour dominer de toutes parts le Bayern Munich 3-1. Les prestations de Sadio Mané (auteur d’un doublé) et Virgil Van Dijk (qui donne l’avantage à son équipe), astronomiques, n’ont même pas dégoûtés les Bavarois, tout simplement moins forts.

Alors que Tottenham a enterré tout soupçons de remontada de Dortmund, Manchester United et Arsenal ont dû bousculer le destin pour passer le tour suivant. Auteurs d’un hold-up parfait, les hommes de Solskjaer ont enfoncé Paris dans la crise. Dépassés à Old Trafford lors du match aller (2-0), les Red Devils se sont imposés avec une équipe affaiblie par les blessures et en marquant aucun but sur une construction de l’équipe : sur les trois on a une boulette de Gianluigi Buffon, un caviar parisien pour Lukaku et un pénalty transformé par Marcus Rashford. Arsenal, surpris par Rennes 3-1 au Roazhon Park, s’est vengé en assénant un 3-0 mérité tant les Gunners ont surpassé les Rennais.

Ces dernières semaines de compétition européenne nous ont fait assister à un spectacle incroyable et savoureux de la part des équipes anglaises. Mais le plus beau reste à venir.

La gloire à portée de main

L’Angleterre n’a jamais été aussi proche de décrocher à nouveau la lune. Les équipes semblent plus en forme que jamais, ne présentant que quelques soupçons de fatigue (Salah un peu moins en vu en Premier League a néanmoins été très bon contre le Bayern). Mais surtout, le calendrier est très, très, très favorable.

On est déjà sûr de voir au moins une équipe anglaise en demi-finale. En effet, le tirage au sort, tombé ce midi, a donné un match 100% Premier League, Tottenham contre Manchester City. À côté, Liverpool s’en sort très bien puisque les Reds affrontent le FC Porto. Manchester United aura un peu plus de pain sur la planche, puisque les Red Devils auront comme obstacle le FC Barcelone. Avec les éliminations prématurées du Real Madrid, du Paris Saint-Germain et de l’Atlético Madrid, le tournoi n’a jamais été aussi ouvert.

Manchester City-Tottenham, le choc 100% anglais (Crédits Photo : Hommedumatch.fr).

Pour ce qui est de la C3, Arsenal est tombé sur un os : Naples. Chelsea s’en sort beaucoup mieux puisque les Blues auront à se défaire du Slavia Prague. Mais attention, les Tchèques ont quand même sorti le FC Séville. Les deux clubs de la capitale anglaise font figure de favoris : les autres équipes en lice sont le Benfica, Villarreal, Valence et l’Eintracht Francfort.

Quatre équipes en lice en C1, deux en C3, des adversaires variés et une place déjà sûre en demi-finale, voilà un mélange qui n’a jamais été aussi favorable aux clubs anglais. Auteurs de rencontres très spectaculaires, ils ont prouvé qu’on pouvait compter sur eux. Il est très vraisemblable de voir revenir la Premier League sur le toit de l’Europe.