Avec le football qui devient toujours plus compétitif, l’époque où le footballeur pouvait briller sans une condition physique et une hygiène de vie irréprochables semble lointaine et passée la trentaine, peu parviennent à maintenir leur niveau. À quelques (rares) exceptions près…

Lors de la première journée de Liga version 2019/2020, l’attaquant de l’Athletic Bilbao Aritz Aduriz a crucifié le Barça (1-0) d’une fabuleuse retournée acrobatique dans les arrêts de jeu… Du haut de ses 38 ans, le basque semble inépuisable et continue de répondre présent, au plus grand plaisir d’un San Mamés qui n’a d’yeux que pour sa légende. Mais Aduriz n’est pas le seul vétéran sur qui il va falloir, une fois de plus, compter cette saison en Liga. Alors comment expliquer pareil phénomène ? Est-ce également le cas dans les autres grands championnats, ou « LaLiga » est-elle particulièrement propice à telle longévité ? Premiers éléments de réponse.

À 37 ans, Jorge Molina a inscrit 14 buts et délivré 5 passes décisives avec Getafe la saison dernière en Liga (crédit photo : Kiko Huesca / EFE)

Aduriz, loin d’être un cas isolé en Espagne

Le vétéran de l’Athletic Bilbao est certainement celui dont vous entendez le plus parler, mais ce n’est pas pour autant qu’il est le seul de son âge à continuer à se distinguer.

Si vous avez ne serait-ce que quelque peu suivi la belle épopée de Getafe la saison dernière, le nom de Jorge Molina ne vous sera pas inconnu. Auteur de 14 réalisations et avant tout grand artisan de la qualification pour l’Europa League de son club l’an passé, le buteur espagnol a réalisé à 37 ans une des plus belles saisons de sa carrière. Sans aucune contestation possible, Jorge Molina est lui aussi de ses joueurs qui, comme le bon vin, semble se bonifier avec le temps. Cette saison encore et toujours affublé du brassard de capitaine, il sera aux commandes de l’attaque des Azulones, avec cette fois l’opportunité de briller sur la scène européenne.

Toutefois, Molina n’est pas le seul « ancien » à s’être immiscé dans le classement des meilleurs buteurs d’Espagne. En effet, le buteur d’Eibar Charles (35 ans) a lui réussi une saison remarquable, avec un total également porté à 14 réalisations.

Mais impossible de parler des « vieux » attaquants de Liga sans évoquer le nom de Joaquín, qui continue d’enchainer les matchs avec le Betis Séville. Véritable légende du club verdiblanco, l’attaquant espagnol de 38 ans n’empile pas les buts chaque saison, mais ses capacités physiques impressionnantes et son intelligence de jeu lui permettent d’enchaîner les matchs dans un rôle qui contribue largement au succès de son équipe. Avec encore 30 matchs disputés la saison dernière en Liga, Joaquín semble inusable… Et ce n’est pas pour nous déplaire.

La saison dernière, Joaquín a offert la victoire aux siens en fin de match lors du derby de Séville (crédit vidéo : Youtube GA Sport Club)

Comme vous le remarquez, l’Espagne est un pays propice aux secondes jeunesses. Et cette saison, deux nouveaux vétérans vont eux aussi avoir l’occasion de s’essayer à la fontaine de Jouvence. En effet, le RCD Mallorca fait son retour six ans plus tard en première division, ramenant dans ses valises Xisco Campos (37 ans) ainsi que Salva Sevilla (35 ans).

Le premier d’entre eux va, malgré son âge, faire ses premiers pas en Liga tandis que le second y fait son retour après deux premières expériences, d’abord au Betis Séville (2010-2014) puis à l’Espanyol Barcelone (2014-2017). Vous l’avez compris, ce ne sont pas les vieilles branches qui manqueront en Liga cette saison…

Et chez les autres du Top 5 ?

LaLiga et la Premier League sont les deux championnats avec la moyenne d’âge la plus élevée.

Sans trop de surprises, LaLiga est particulièrement bien positionnée dans ce classement. En effet, son voisin de la Ligue 1 pointe en dernière position, ce qui n’est pas spécialement étonnant du fait qu’il s’agit d’un championnat avec un nombre assez impressionnant de jeunes joueurs, qui pour certains se font remarquer en France pour ensuite lancer leur carrière à l’étranger. Comme ce fut récemment le cas de Nicolas Pépé (Arsenal), Christopher Nkunku (RB Leipzig) ou encore Ferland Mendy (Real Madrid) et Tanguy Ndombélé (Tottenham).

Toutefois, la Ligue 1 n’est pas seulement un gisement de jeunes joueurs, mais aussi un championnat où, à l’image de LaLiga, de nombreux « vieux » continuent de s’épanouir. C’est notamment le cas de Naldo (36 ans, AS Monaco), Mathieu Bodmer (36 ans, Amiens), Florent Balmont (39 ans, Dijon), sans oublier le doyen Vitorino Hilton (41 ans, Montpellier).

Mais (étonnamment ?), le championnat français n’est pas celui qui compte le plus de vétérans…

La Serie A est largement le championnat avec le plus de joueurs de 35 ans et plus.

Les suiveurs du Calcio l’ont déjà sans doute remarqué : l’Italie est elle aussi un pays où il fait bon vivre pour les joueurs les plus âgés. Parmi eux, on peut retrouver Giorgio Chiellini (35 ans, Juventus), Bruno Alves (37 ans, Parme), Rodrigo Palacio (37 ans, Bologne) mais aussi Goran Pandev (36 ans, Genoa) et le Français Cyril Théreau (36 ans, Fiorentina). Par ailleurs, le meilleur buteur du championnat italien la saison dernière n’est autre que Fabio Quagliarella, qui à 36 ans, a été l’auteur de 26 réalisations avec la Sampdoria, devançant ainsi un certain Cristiano Ronaldo.

L’autre donnée intéressante est que parmi ces 15 joueurs de 35 ans ou plus, 8 sont des attaquants ! Un chiffre qui lorsque l’on compare à celui de la Ligue 1 (qui n’est que de 1 sur 10) prend tout son sens et montre bien que l’on peu continuer à évoluer au plus haut niveau, même aux postes offensifs. À titre d’information, parmi les sept joueurs de 35 ans ou plus en Espagne, quatre sont des attaquants : Aritz Aduriz, Joaquín, Jorge Molina et Charles.

La Serie A est donc le championnat avec le plus de vétérans, tandis que la Premier League est celui qui en compte le moins. Mais au fond, ce n’est pas si étonnant…

Comment l’expliquer ?

Ce n’est un secret pour personne, la Premier League est le plus physique des cinq grands championnats. Davantage d’engagements, de duels, de contacts… Et autant de raisons qui obligent les joueurs voulant jouer en Angleterre à « muscler leur jeu », et surtout leur corps. Même si c’est moins le cas ces dernières années, il reste tout de même plus aisé pour triompher outre-Manche de disposer d’un physique robuste. Et assez rares sont les gringalets à la silhouette frêle et fluette à s’être imposé dans la durée en Premier League. 

Malgré leur petite taille, Sergio Agüero (172 cm) et Eden Hazard (173 cm) se sont imposés parmi les meilleurs joueurs d’Angleterre… Mais ils ne sont pas moins costauds pour autant, avec respectivement 74 et 75 kilos à la pesée ! (crédit photo : Photo News)

Cet été, l’un d’entre eux a quitté la Premier League. Et il est probable que le second n’y fasse pas de vieux os puisque lorsque ses capacités physiques ne seront plus optimales comme elles le sont aujourd’hui, il devrait avoir bien plus de difficultés à peser sur les rugueuses défenses anglaises.

Comme nous l’avons vu précédemment, seuls quatre joueurs de champ de 35 ans ou plus évoluent à l’heure actuelle en Premier League : Wes Morgan (35 ans, Leicester), Phil Jagielka (37 ans, Sheffield United), José Holebas (35 ans, Watford) et Glenn Murray (35 ans, Brighton). Si les deux premiers sont des défenseurs et les deux autres des attaquants, un point les réunit tous les quatre : leur physique. En effet, le plus « frêle » d’entre eux est José Holebas, qui mesure tout de même 1,84 mètre pour 79 kilos… On vous laisse deviner les mensurations des trois autres. Ces données montrent donc bien qu’il est nécessaire de disposer de certaines prédispositions physiques ou bien d’une condition physique optimale due à la force de l’âge pour évoluer dans la durée en Angleterre, ce qui est moins indispensable dans les autres championnats.

La Premier League a toujours été un championnat où l’engagement et le physique sont au coeur du jeu. Ce qui est moins le cas en Espagne… (crédit photo : kickandrushblog.com)

Et comme vous vous en doutez, les joueurs de Liga n’ont pour la plupart pas un physique très imposant. En effet, ce championnat disposait la saison dernière de la taille moyenne la plus faible d’Europe avec 181 cm, contre par exemple 184 cm en Italie. 

Bien sûr, la Liga est un championnat bien moins physique que la Premier League. Les contacts y sont moins rugueux, l’engagement moins important et les arbitres plus sensibles. Un environnement donc davantage propice pour les joueurs plus dans la force de l’âge.

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Aduriz n’est peut-être pas dans la force de l’âge d’un point de vue physique, mais il l’est d’un point de vue footballistique ! (crédit Twitter : @BenjDaSilva)

Quelle saison nous préparent-ils ?

En voilà une question dont il est difficile de répondre. Néanmoins, certains des vétérans espagnols restent malgré leur âge des valeurs sûres du championnat, comme par exemple l’incontournable Aduriz pour lequel il n’aura fallu qu’une minute pour ouvrir son compteur but cette saison, qui plus est d’une superbe réalisation face au champion en titre.

Du côté de Molina et de Getafe, la saison sera probablement « moins bonne » que la précédente puisque le club est désormais positionné sur deux tableaux avec l’Europa League. Toutefois, le club madrilène réalise un mercato intéressant, avec plusieurs recrues offensives qui pourraient bien coller avec le profil de Molina comme Enric Gallego, Fayçal Fajr ou encore Marc Cucurella.

Beaucoup d’interrogations également du côté de Majorque, qui réalise également un mercato intéressant mais avec des recrues dont on ne connaît pas encore grand chose… À voir. Mais les Bermellones ont tout de même parfaitement négocié leur première rencontre avec une victoire 2-1 sur Eibar. Une rencontre à laquelle Charles a assisté depuis les tribunes, écarté par son entraîneur.

De son côté, Joaquín a évolué sur le flanc droit de l’attaque verdiblanca lors de la déroute face à Valladolid (2-1). Des premiers pas manqués pour le Betis Séville, mais pour lequel nous pouvons tout de même attendre à une belle saison, et moins de déception que lors de la précédente.

Aritz Aduriz prendra sa retraite à l’issue de la saison. Va-t-il émerveiller une dernière fois l’Espagne en signant une saison de folie ? (crédit photo : Twitter @AthleticClub_FR)

L’Espagne est sans aucune contestation possible un pays propice aux secondes jeunesses, mais ce n’est pas pour autant le premier puisque l’Italie compte encore plus de « pré-retraités » qui sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Toutefois, nous pouvons tout de même dire que c’est en Liga qu’ils brillent le plus, puisque des joueurs comme Aduriz, Joaquín ou encore Molina sont des références à leur poste et des légendes de leur club mais aussi du championnat.