En 2019, nombre de clubs ont vu plusieurs têtes se succéder sur les bancs de Premier League, de Pochettino à Mourinho, d’Emery à Arteta. Une solution pour aller de l’avant a ainsi fait son chemin auprès des dirigeants : choisir un entraîneur ou intérimaire qui connaît l’ADN du club, parce qu’il y a déjà joué. Mieux, choisir une légende du club.

Lampard, Ferguson, Solskjaer, Ljungberg, Arteta… La liste est en réalité assez longue. Les équipes qui ont opté pour cette solution traversaient pour la plupart une certaine crise. Alors, en quoi cela n’a-t-il rien d’anodin ? Si ces hommes arrivent comme des sauveurs, y a-t-il un calcul de la part des clubs en dépit des résultats sportifs ? Est-ce que cela se ressent dans la manière de coacher ?

Dans la légende

Les cinq hommes cités précédemment ont de commun qu’ils ont significativement marqué leur club en tant que joueur. Mikel Arteta est par exemple celui qui aura le moins joué pour le club qu’il entraîne aujourd’hui avec cent cinquante matchs sous les couleurs des Gunners.

Malgré les années qui passent et les noms qui se succèdent, ces anciens joueurs restent dans les coeurs des supporters qui entretiennent avec eux une grande complicité. Ainsi, Ole Gunnar Solskjaer endossa le surnom de « Super Sub » à Manchester United pour ses dix-neuf buts inscrits en entrant en cours de jeu. Il se fera par ailleurs appelé « Baby face killer », pas besoin de commenter. À Everton, Duncan Ferguson devient « Duncan Disorderly ».

Ces personnages font partie intégrante de l’histoire et du palmarès de leur club. Ferguson remporte avec Everton les deux derniers trophées des Toffees à ce jour : la FA Cup ainsi que la Community Shied en 1995. A Chelsea, Frank Lampard est l’un de ceux qui ont permis aux Blues de garnir la vitrine de Stamford Bridge avec trois championnats ainsi qu’une Ligue des Champions remportées entre autres. Enfin, Fredrik Ljungberg fera partie de l’aventure des Invincibles d’Arsenal en 2003/2004 (saison où le club ne perdra aucun match de Premier League). Avec ce même club, Mikel Arteta remportera à deux reprises la FA Cup.

Cependant, si ces hommes ont frappé les esprits, c’est en partie parce qu’ils sont considérés comme des guerriers sur le terrain. Solskjaer est par exemple un héros, inscrivant le but de la victoire à la 93ème minute lors de la finale de la Ligue des Champions 1999 contre le Bayern Munich. Ljungberg, Lampard et Ferguson étaient connu pour être des joueurs au sang chaud, très impliqués sur le terrain, parfois trop… En effet, « Duncan Disorderly » s’est fait une réputation de bagarreur, lui qui adorait jouer contre Roy Keane…

Duncan Ferguson, la rage de vaincre (crédit photo : Zonemixte)

Quand le club s’enlise dans la crise

Cette année, on aura vu nombre de top clubs connaître de grandes difficultés. Arsenal est bloqué en milieu de tableau et Everton est au bord de la relégation à l’approche du Boxing Day. Fin 2018, Manchester United se trouvait à la lutte pour la septième place. Les Red Devils nomment alors Ole Gunnar Solskjaer en tant qu’entraîneur intérimaire.

Retournons en 2019… Début décembre, Everton se voit humilier par son rival historique Liverpool 5-2. On est à la quatorzième journée et les Toffees sont relégables. Moise Kean n’a toujours pas ouvert son compteur but, les objectifs de début de saison sont maintenant lointains…

Liverpool humilie Everton lors de la 14ème journée et envoie les Toffees dans la zone de relégation (crédit photo : Premier League)

À la même période, Granit Xhaka et Mesut Özil se mettent à dos la majorité des supporters d’Arsenal et les Gunners stagnent à une dizaine de pions des places qualificatives pour la Ligue des Champions. La situation n’est plus tenable : Marco Silva à Everton et Unaï Emery à Arsenal se font logiquement remercier.

Face à une grande tension entre la direction des clubs et les supporters, Arsenal et Everton trouvent comme solution semblable de nommer une ancienne star du club pour assurer l’intérim avant de trouver un coach de classe mondiale. Plus tard, Arteta prendra la place de Ljungberg à la tête des Gunners.

Des CV tout de même remplis

On pourrait ainsi se poser certaines questions ? N’y a-t-il pas le désir de calmer les supporters en mettant sur le banc un homme qu’ils connaissent très bien et respectent en attendant de trouver mieux ? Certes, les arrivées de Ferguson, Solskjaer et Ljungberg ont surtout eu comme effet d’apaiser quelque peu les fans…

Certes, on pourrait trouver cette stratégie facile et dangereuse. Pour autant, ces intérimaires n’arrivent pas avec une expérience limitée. Chacun a déjà un CV rempli et pas seulement dans leur club de coeur.

Lorsque Solskjaer arrive sur le banc de Manchester United, ce dernier a déjà entraîné pendant deux ans l’équipe réserve du club (de 2010 à 2012). Mais il a surtout déjà remporté des trophées tels que le championnat de Norvège à deux reprises (2011 et 2012) et la Coupe de Norvège (2013) avec Molde FK.

Lampard également a déjà un sérieux CV. Lors de la saison 2018/2019, il emmène Derby County (D2 anglaise) en play-offs. Le club échoue cependant en finale contre Aston Villa.

Lampard fera un très bon boulot à Derby County et révèlera un certain Mason Mount (crédit photo : signalng)

Pour ce qu’il s’agit de Mikel Arteta, lEspagnol a déjà une expérience de trois ans en tant qu’entraîneur adjoint à Manchester City. Et on sait combien l’influence de Guardiola peut apporter. Ce dernier l’a régulièrement comblé de louanges et a fait part de sa crainte de le voir partir.

« Je lui ai dit quelques mois seulement après avoir commencé notre collaboration qu’il serait un jour coach. »

Pep Guardiola à propos d’Arteta (L’Équipe)

Enfin, Ferguson et Ljungberg ont également une certaine expérience, bien qu’elle soit limitée par rapport aux trois autres hommes. L’écossais et le suédois ont comme avantage de très bien connaître leur club pour y travailler depuis quelques années. En effet, Ferguson est assistant depuis 2016 à Everton et s’occupe particulièrement des attaquants. Ljungberg, de son côté, a déjà coaché les U15 et les U23 d’Arsenal et est assistant depuis peu.

« Je le connais (Ferguson) depuis maintenant trois ans, et c’était ma manière d’essayer de le lui rendre. »

Dominic Calvert-Lewin à propos de Duncan Ferguson après son doublé contre Chelsea (UK Sports Yahoo)

Des résultats en demi-teinte

Aujourd’hui, Ferguson et Ljungberg ont laissé respectivement la place à Ancelotti et Arteta. Si les deux hommes ne sont pas restés très longtemps, Solskjaer, lui, a réussi à dépasser le statut d’intérimaire. Pour autant, on se rend vite compte que les deux brefs intérims sont loin d’être jetés à la poubelle.

En effet, les deux entraîneurs ont montré un vrai talent de coaching. On dépasse ainsi l’idée d’un apaisement des supporters par la direction avec une ancienne star quelconque. D’abord, il faut savoir que les deux hommes n’avaient pas pour optique de durer.

« C’était incroyable, quelle expérience ç’a été pour moi ! Et je n’ai jamais perdu, ce qui a rendu le tout encore plus savoureux. Les joueurs ont été grandioses. Ils ont été géniaux avec moi. Je n’ai rien eu à faire. Tout ce que j’ai fait, c’est m’agiter le long de la ligne et leur crier dessus ! »

Duncan Ferguson pour TalkSport (MSN)

Le bilan de Ferguson est en réalité quasi-parfait. L’Écossais est resté dans des dispositifs et une tactique classique et limitée, mais l’énergie insufflée au groupe a été remarquable. Lui qui n’a affronté que des grands clubs (Arsenal, Chelsea, Leicester, Manchester United) n’aura pas perdu un seul match au bout de 90 minutes (Everton s’est incliné contre Leicester en FA Cup aux tirs au but).

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Un homme qui a profité de l’instant présent, tout simplement (crédit Twitter : @Lauren1davies)

Ljungberg a eu beaucoup plus de mal, devant composer avec divers incidents et la nonchalance de ses joueurs. Avec quatre joueurs de moins de vingt ans, son dispositif contre Everton s’est révélé étonnant mais probant. En effet, les deux entraîneurs intérimaires se sont quittés avec un nul 0-0 lors de la dix-huitième journée. Au final, le suédois se retrouve avec une seule victoire pour deux défaites et deux nuls.

Lors de leur entrée en fonction, Lampard et Solskjaer disposaient d’un bien meilleur effectif. Comment ont-ils géré le coaching avec des joueurs de classe mondiale ? Au bout d’un an à la tête des Red Devils, le bilan de Solskjaer est très mitigé. À la mi-saison 2019/2020 huitièmes de Premier League, les mancuniens n’ont fini que sixièmes l’an dernier. Si le club a atteint les quarts de finale en Ligue des Champions en 2018/2019, il doit aujourd’hui se contenter de l’Europa League.

Tout n’est pas si rose avec Solskjaer à Old Trafford (crédit photo : Catherine Ivill/Getty Images)

Pour Lampard, on se retrouve dans une situation similaire. Chelsea est aujourd’hui quatrième de Premier League mais déjà distancé par Manchester City et une surprenante équipe de Leicester. Certes, le club est venu à bout d’une poule compliquée en Ligue des Champions et a battu Tottenham lors de la dix-huitième journée. Ces résultats contrastent cependant avec des défaites contre des équipes abordables tels West Ham, Everton ou Bournemouth en décembre.

Finalement, on comprend que ces anciennes stars qui arrivent à la tête de leur club ne sont pas choisies par hasard. Si l’on peut se demander s’il n’y a pas surtout l’idée de calmer les tensions avec les supporters, ces hommes n’arrivent pas avec un CV vierge. Le bilan en demi-teinte de la plupart des entraîneurs montre que ces derniers sont capables de gérer convenablement un effectif mais qu’ils sont également limités tactiquement.