Malgré une saison qui est arrivée à sa fin avec le sacre de Galatasaray, les erreurs d’arbitrages sont encore d’actualités. Les patrons des clubs turcs ont crié au scandale à la fédération du football du pays (TFF) pour montrer leur mécontentement envers les arbitres du championnat.

C’est vrai que c’est cruel, malgré la VAR (assistance vidéo à l’arbitrage), nous avons eu plusieurs erreurs d’arbitrages qui ont affecté beaucoup de matchs en Turquie cette saison. Aujourd’hui, tout le monde est du même avis pour dire que la VAR a été mis en place pour aider les arbitres. Cependant, cela n’a pas été ressenti de cette manière par tous les téléspectateurs, et forcément, cela a entrainé plusieurs débats violents entre les supporters des différents clubs.

« C’est grâce à la fédération que Galatasaray a été champion. C’était un scandale le match entre Galatasaray et Besiktas, l’arbitre a tué notre équipe (Besiktas) ce bat*** » (crédit Twitter : Alaaddi90303988)

Une saison compliquée

Cette saison a été un échec total pour la Fédération turque de football (TFF) et le Comité central d’arbitrage (MHK) qui ne fait plus confiance à l’industrie. En effet, certaines équipes ont toujours manipulé les erreurs d’arbitrage en leur faveur, à tel point que maintenant, il ne reste littéralement aucun arbitre qui n’ait été accusé de fraude.

Néanmoins, ni la TFF ni le MHK n’ont pris les mesures nécessaires pour empêcher les équipes de créer ce chaos, ils ont laissé les gros canons du football turc détruire leurs arbitres un par un. Il semble que le chat soit déjà sorti du sac pour le football turc, et ce qui autrefois ne troublait que les « idéalistes » comme certaines personnes, dérange maintenant tout le monde. Ce qu’il faut faire pour inverser ce fléau paraît très simple pour les amoureux du football made in Turkey : il convient de mettre en place des plans pour améliorer les problèmes qui frappent le football turc. La corruption ayant toujours été sa gangrène. Il suffit de regarder ces titres après les matchs de Süper Lig du week-end dernier. Ridvan Dilmen, commentateur de NTV, rétorque ceci :

« Ils (la TFF) ont assassiné le football turc. Le seul football injuste au monde se joue ici en Turquie… »

Ridvan Dilmen, consultant de NTV et ancien joueur de Fenerbahçe
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Ridvan Dilmen, légende de Fenerbahçe (crédit image : Sabah.com.tr)

Aykut Koçaman, manager de Konyaspor, avait critiqué la TFF sur le fait que les grands clubs du championnat (Fenerbahçe, Galatasaray, Besiktas ou même Basaksehir) étaient souvent protégés par les arbitres :

« Renommons cette ligue pour les quatre plus grands clubs de notre championnat. Ils sont protégés par les arbitres chaque semaine… »

Aykut Koçaman, entraîneur de Konyaspor
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Ancien entraîneur et joueur de Fenerbahçe, Koçaman est aujourd’hui à la tête de Konyaspor (crédit photo : NTVSpor.Net)

Goksel Gumusdag, président de Basaksehir et gendre du président Reçep Tayyip Erdogan, avait quant à lui confirmé ces récentes déclarations : « Je fais confiance à mon équipe mais je ne fais pas confiance aux facteurs extérieurs au terrain ». La liste est longue et les accusations de fraude ne cessent jamais. La question qui se pose est la suivante : en quoi cette situation changera-t-elle la saison prochaine ?

Des matchs au centre de la polémique

Les erreurs d’arbitrages ont malheureusement fait beaucoup de malheureux cette saison en Turquie. On peut en citer des milliers de matchs comme exemple, mais les plus importants restent les deux matchs opposant Fenerbahce – Galatasaray, le dernier match entre Galatasaray-Besiktas et enfin, le match entre Caykur Rizespor-Galatasaray.

Le premier match entre Galatasaray et Fenerbahce avait enragé plusieurs personnes, notamment les supporters des Lions qui avaient accusé l’arbitre pour un but qui devait être refusé selon les fans des Jaunes et Rouges. Sur le but de Jailson, le ballon était sorti de Valbuena et non de Belhanda. De quoi, rendre fou les amoureux de Galata au Turk Telecom (stade de Galatasaray).

Regardez, comment le staff de Galatasaray était devenu fou après le but. (crédit vidéo : youtube)

Ensuite, pour le match retour à Kadikoy (au stade de Fenerbahce), c’était un deuxième drame pour les supporters de Galatasaray. Cette fois-ci, les dirigeants de Lions avaient constaté une faute sur Feghouli après la récupération de balle de Dirar qui avait abouti avec un but d’Eljif Elmas. Après ce but, Ali Palabiyik avait consulté la VAR mais l’arbitre avait quand même accordé le but. Imaginez juste comment l’arbitre s’était fait flinguer après le match.

Voici le but d’Eljif Elmas. (crédit vidéo : Youtube)

Pour le dernier match entre Galatasaray et Besiktas, c’était un ensemble d’erreurs qui avaient rendu furieux les supporters des Aigles Noirs. Bulent Yildirim, s’était fait fusiller par les journalistes après le match. Carrément, la TFF l’avait suspendu de toute activité dans le football dû à sa performance médiocre pendant le derby.

Un derby très ” bizarre ” à vrai dire ! (crédit vidéo ; youtube)

Enfin, pour terminer, il était évident de parler du match entre Rizespor-Galatasaray. Ce match avait carrément fait le tour des médias en Europe. Deux penaltys avaient été accordé à Galatasaray dont un qui était scandaleux d’après les supporters des autres équipes. Serkan Cinar, l’arbitre du match, s’était fait lui aussi suspendre de ses fonctions tout comme Bulent Yildirim. A la fin du match, le président de Rizespor, l’avait attaqué en l’accusant d’avoir donné que des décisions favorables aux Lions.

” ” Comment l’arbitre va-t-il pouvoir regarder dans les yeux du peuple turc ? ” (crédit vidéo ; Youtube)

La fédération, plus grande victime du football en Turquie ?

L’association des clubs de Süper Lig s’est réunie il y a deux semaines. Après le dîner auquel ont assisté les représentants des équipes turcs, les déclarations critiques du président de Besiktas, Fikret Orman, et du président du club Fenerbahçe, Ali Koç, étaient sur le devant de la scène.

Ali Koç, âgé de 52 ans, a souligné que les structures de la TFF et du Comité des arbitres MHK devraient être modifiées :

« Il est temps que certaines réformes se mettent en place. Ce n’est pas la seule initiative de Fenerbahçe. Tout le monde doit y croire. Soit nous disons que nous sommes satisfaits du système en vigueur, soit nous y changeons quelque chose. Nihat Ozdemir (candidat pour le poste de président du football turc, NDLR) a patiemment écouté toutes nos suggestions et critiques. Nous le remercions pour cela. En tant que représentant de Fenerbahce, nous semblons devoir élever beaucoup plus notre voix. Nous sommes l’un des clubs qui a le moins parlé des arbitres. Mais pour ceux qui parlent beaucoup, les choses vont soudainement mieux. Ses souhaits semblent être remplies. Un tel système nous résiste et nous ne voulons plus le supporter. La compétition devrait être juste et équitable. Malheureusement, il y a un certain ordre. Je pense que le système VAR est très bon et important. Mais même la meilleure technologie n’aide en rien les malfaiteurs qui agissent. »

Ali Koç, président de Fenerbahçe
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Ali Koç a la réputation d’un président qui n’hésite pas à s’exprimer quand il faut donner de la voix. Chose faite. (crédit image : voetbalinternational.nl)

Le président de l’association des clubs de Süper Lig, Fikret Orman, a également critiqué les performances des arbitres turcs et les décisions du MHK :

« Nous avons souligné à plusieurs reprises que nous essayions de soutenir et de comprendre nos arbitres. Pourtant, les événements négatifs ont toujours été au centre des discussions. La valeur de marque du championnat ne peut croître que si la justice l’emporte. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons attirer les spectateurs dans les stades et devant la télévision qui se contenteront de regarder les matches. Avec l’introduction du VAR, nous espérons toujours des améliorations significatives. Mais les mauvaises décisions humaines doivent diminuer. La valeur de notre marque en tant que championnat et pays est malheureusement toujours mauvaise. Avec le soutien de nos détenteurs de droits TV, la Süper Lig sera désormais transmise beaucoup plus à l’étranger. Nous devons continuer à améliorer le football turc. En Asie, des milliards de personnes regardent les championnats européens. Si nous apportons des stars en Turquie, nous devons les présenter en conséquence. Nous devons donc nous adapter aux exigences internationales. Nous avons besoin de plus gros sponsors. Le système de licences TFF doit être cohérent et s’appliquer à tous. Les clubs doivent rester à la hauteur, en particulier à un moment où le fair-play financier de l’UEFA est devenu un problème majeur pour les clubs turcs. »

Fikret Orman, président de Besiktas
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Le patron des Aigles Noirs en a raz-le-bol ? (crédit image : Sputnik Turkiye)

Au bord de la rupture ?

Apparemment, TFF et MHK attendent un miracle pour commencer une nouvelle saison dès cet été mais ils n’ont pas encore défini de plan pour le faire. Ils n’ont même pas protégé publiquement leurs arbitres ni déclaré que les accusations étaient sans fondement. Pour certains observateurs en Turquie, cela paraît évident que ces institutions n’ont aucune idée de la façon dont elles vont résoudre ce problème et rétablir l’ordre et la justice dans le football turc. Il n’y a donc qu’un seul moyen pour sortir de ce pétrin : il faut tout recommencer.

Qu’on le veuille ou non, le football turc, tel qu’il est aujourd’hui, va s’effondrer financièrement dans un court laps de temps. Comme nous l’avions rappelé certaines fois dans cette rubrique, la dette des clubs dépasse l’entendement et même un géant comme Fenerbahçe a dû organiser une levée de fonds pour ne pas être banni par l’UEFA.

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Voici la campagne instaurée par Fenerbahçe pour diminuer la dette du club (crédit image : T24)

Mais comme nous le savons tous, le football turc ne peut être sauvé de son destin a priori catastrophique que ce soit par le retrait d’arbitres à la retraite (qui exercent encore aujourd’hui sur les terrains) ou par l’organisation de bazars de charité. La responsabilité correspond donc à transformer toutes les institutions du football turc, programmées pour servir les hommes d’affaires avisés des clubs turcs.

Parmi d’autres idées, une intervention de l’État peut résoudre ce problème afin de calmer la révolte populaire des supporters envers le favoritisme de certains arbitres en la faveur des grosses écuries. En somme, construire une nouvelle TFF, MHK, qui ne serviront pas le plus fort mais plutôt le bien commun pour rendre justice au football turc. Pour ce faire, nous devons d’abord nous débarrasser des vieilles institutions toxiques et des hommes d’affaires avisés, quel que soit le coût à court terme. Affaire à suivre !