Si les internationaux français sont une minorité à évoluer dans leur pays natal (9 champions du Monde évoluant en Ligue 1 sur 23), c’est tout l’inverse qui se passe en Angleterre depuis la nuit des temps.

En 2018 pourtant, des pépites britanniques sont apparues dans les différents championnats de l’autre côté de la Manche. Et si les prodiges anglais sortaient enfin de leur zone de confort ? Celle du championnat réputé le plus difficile et le mieux payé au monde.

Une Premier League protectrice qui aime garder ses joueurs

C’est un fait bien connu, le berceau du football aime bien garder ses bébés. Depuis 2010, aucun joueur n’a joué une compétition majeure avec les Three Lions sans évoluer dans un club britannique en même temps. La raison est à chercher dans la qualité de la formation avec des grands clubs formateurs tels que Chelsea ou Manchester United. Il faut aussi ne pas oublier l’importance de la Premier League au sein de la population, une effervescence unique.

Deux championnats poussent les joueurs anglais à rester dans le pays, en leur permettant d’avoir du temps de jeu. On pense premièrement au Championnat U23 (avec les équipes B) qui peut faire jouer les joueurs non-utilisés en Équipe A. On pense ensuite aux nombreux prêts de joueurs, de la part des grandes écuries, aux équipes de Championship pour qu’ils continuent à jouer. La Championship est une seconde division à très haut niveau, où jouent cette année des grands noms comme Peter Crouch (42 sélections pour 22 buts) ou le gardien Jack Butland (9 sélections) qui était du voyage en Russie, ainsi que le grand espoir Kieran Dowell (12 sélections avec les espoirs).

Kieran Dowell s’est illustré avec Nottingham Forest en 2018 (Crédit Photo : Ninety Minutes Online)

Il ne faut pas non plus oublier que les joueurs sont formés à un type de football unique. La Premier League habitue à un jeu totalement différent, beaucoup plus physique, avec un arbitrage beaucoup plus souple qu’ailleurs en Europe.

La Premier League est un championnat très prestigieux, peut-être celui où la concurrence est la plus rude (on pense à l’hégémonie du Paris Saint Germain ou de la Juventus Turin dans leur championnat respectif). La Premier League se montre en effet comme un championnat où le trophée change souvent de main. On est passé ces dernières années de Leicester à Chelsea puis Manchester City (qui est derrière Liverpool en ce moment). On est même passé du Big Four au Big Six.

Très peu de grandes stars anglaises ont osé jouer hors du pays

Tous ces facteurs sont prouvés historiquement. En effet, très peu de grands joueurs ont osé s’aventurer dans les terres étrangères. Et des stars s’y sont cassées les dents, regardez l’échec Michael Owen (Ballon d’or 2001) qui n’a jamais réussi à trouver sa place au Real Madrid. Pourtant, il y a des exemples très marquants de joueurs anglais ayant réussi à s’imposer à l’étranger.

On pense premièrement aux championnats de France raflés par l’ex-idole de Tottenham Chris Waddle, qui fera la gloire de l’Olympique de Marseille pendant 3 ans, par sa technique spectaculaire et sa vision du jeu novatrice.

Waddle et sa coupe au mulet mythique (Crédit Photo : www.lefond2lair.fr)

Steve McManaman est un parfait contre-exemple du cas Owen. Star chez les Merengues, le joueur remportera 2 titres de champion d’Europe avec le Real en 2000 et 2002. Et c’est l’arrivée d’un autre anglais, David Beckham, qui le poussera vers la sortie en 2003. Le spice boy, avec ses 159 matchs, deviendra une des stars des galactiques.

Ces exemples paraissent minimes face à celui de Kevin Keegan. L’international anglais marquera à jamais les esprits des supporters de Hambourg de 1977 à 1980. Deux ballons d’or remportés en 1978 et en 1979 le propulsent au rang de grande vedette du football mondial.

Un aperçu de la légende qu’a été Kevin Keegan pour Hambourg (Crédit : Youtube)

On terminera par Owen Hargreaves qui a commencé sa carrière à 16 ans au Bayern Munich, sans passer par l’Angleterre. En 2000, il devient le second joueur de l’histoire de l’Angleterre à gagner la Ligue des Champions dans un pays étranger. Avec 218 matchs avec le Bayern et 11 trophées remportés, il est devenu une vraie star en Bavière. Hargreaves forgera un peu plus sa légende sous le maillot de Manchester United.

Des Anglais qui s’imposent pourtant dans d’autres championnats

Hargreaves montre donc que l’une des solutions pour réussir à l’étranger quand on est anglais, c’est de commencer tout de suite ses classes ailleurs. Et c’est exactement ce qu’a fait en 2017 le jeune Jadon Sancho. La nouvelle star du Borussia Dortmund illumine la Bundesliga du haut de ses 18 ans avec 8 buts marqués en 36 matchs. Il est déjà à 3 sélections pour les Three Lions.

Retenez son nom : Jadon Sancho (Crédit Photo : Eurosport)

L’Allemagne se montre ainsi tout à fait attirante pour les joueurs anglais. On peut même ajouter le cas du jeune prodige d’Everton, Ademola Lookman (ex-Charlton), qui a joué 11 matchs lors d’un prêt à Leipzig pour 5 buts inscrits.

L’étranger se montre donc comme une aubaine pour les jeunes. De l’autre extrémité, les joueurs vieillissants n’hésitent plus à partir aux États-Unis, comme Wayne Rooney qui est allé à Washington ou David Beckham à Los Angeles Galaxy.

Le foot business, avec des équipes anglaises qui investissent de plus en plus pour avoir les grandes pépites du football mondial chez elles, laisse de moins en moins de place pour les natifs. De plus en plus de bons joueurs anglais sont mis sur le banc et peu utilisés : Ruben Loftus Cheek, Ainsley Maitland-Niles, Danny Welbeck, Daniel Sturridge. On remarque alors de plus en plus d’intérêt de la part des grands clubs de l’autre côté de la Manche. Passé par le Sporting Portugal, Eric Dier avait été surveillé de près par le Barça. Loftus-Cheek était la cible de Monaco en août.

Il est rare que les joueurs anglais osent partir de leur pays, mais les seuls exemples de réussite à l’étranger montrent qu’il est possible pour les jeunes de faire le trou ailleurs qu’en Premier League. La tendance pourrait changer, avec l’intérêt grandissant d’équipes d’autres championnats et les exemples de réussite.