Dans un désir de pérennité, les clubs de Premier League laissent de plus en plus la chance de s’exprimer aux jeunes, voire très jeunes joueurs. S’il y a la logique d’adoucir un marché des transferts qui vire à cent à l’heure, idée évoquée par Frank Lampard, les résultats suivent-ils pour autant ?

Face à une certaine crise au sein des top-clubs, les jeunes se révèlent comme des éléments vigoureux et obstinés. Alors que les collectifs d’Arsenal, Chelsea ou Manchester United rencontrent des difficultés, comment apparaît la gestion des jeunes ? Y a-t-il une utilisation abusive ou au contraire une solution présentant nombre d’avantages ?

L’académie, synonyme de pérennité

Alors qu’Arsenal, Chelsea et Manchester United souffrent et semblent s’éloigner de leurs beaux jours, l’académie se présente comme l’un des seuls outils garantissant la continuité de l’équipe au haut niveau.

Chelsea, d’abord, constitue l’un des meilleurs centres de formation d’Europe. Le club a notamment remporté l’UEFA Youth League en 2015 et en 2016. Ainsi en sont sortis parmi d’autres Ruben Loftus-Cheek, Andreas Christensen ou encore Tammy Abraham. En Premier League 2 (championnat U23), Chelsea se dispute le titre avec Derby County et… Arsenal !

Chelsea a remporté la Youth League en 2015 et en 2016 (crédit photo : Sky Sports)

Nous ne sommes pas en manque non plus avec le centre de formation des Gunners. Il aura entre autres formé Ashley Cole et Jack Wilshere. Depuis les années 2000, l’académie d’Arsenal est la plus titrée d’Angleterre avec celle des Red Devils. Manchester United s’est fait remarquer pour avoir accompagner la carrière d’illustres joueurs du début à la fin. Ryan Giggs aura ainsi passé quatre ans au Cliff avant de jouer pour l’équipe senior jusqu’à sa retraite.

Pour cette saison 2019/2020, on compte donc huit joueurs issus du centre de formation à Arsenal (Hector Bellerin, Reiss Nelson, Ainsley Maitland-Niles), autant qu’à Chelsea (Mason Mount, Callum Hudson-Odoi, Reece James) alors qu’il y en a treize à Manchester United (Brandon Williams, Mason Greenwood, Tahith Chong).

Une prise d’importance progressive

Ce n’est pas le bonheur tous les jours pour les trois clubs. Au milieu de la saison, Chelsea est quatrième, Manchester United huitième et Arsenal onzième. Face à la volonté de partir de certains joueurs (Alexandre Lacazette, Pierre-Emerick Aubameyang à Arsenal), des chances sont ainsi données aux jeunes.

Privé de mercato cette année, Chelsea s’est davantage tourné vers l’académie. Les hommes forts de cette première partie de saison sont ainsi des joueurs inconnus au bataillon il y a encore six mois. Alors qu’Abraham (1997) est parvenu à éclipser Olivier Giroud en s’installant parmi les meilleurs buteurs du championnat, Callum Hudson-Odoi (2000) se présente comme un véritable poison pour les défenses. Mason Mount (1999) et Christian Pulisic (1998), créatifs et techniques, sont régulièrement titulaires au milieu. En défense, Fikayo Tomori (1997) gagne en temps de jeu, participant à la moitié des matchs en moyenne. Enfin, le latéral Reece James (1999) s’est transformé en héros avec son but vainqueur contre l’Ajax Amsterdam en phase de poule de la Ligue des Champions (4-3).

La moyenne d’âge de cette photo est de 20 ans ! (crédit Twitter : @masonmount_10)

Pour Arsenal et Manchester United, cette utilisation des jeunes s’est révélée être un aveu d’impuissance face aux nombreux incidents et blessures qu’ont connu les clubs. Au sein des deux collectifs, les chances pour les jeunes ont pu être exploitées grâce à une crise au milieu. Chez les Gunners, Matteo Guendouzi (1999) est un élément central par sa vision du jeu et ses décrochements, bien qu’il soit peu constant. Au même poste, Mesut Özil et Granit Xhaka connaissent certaines tensions avec les supporters ou le staff. La place est ainsi faite pour des hommes tels Joe Willock (1999) ou Emile Smith Rowe (2000). Chez les Red Devils, la blessure de Paul Pogba ainsi que le départ difficile à combler d’Ander Herrera ont profité à Scott MacTominay (1997).

Avec les nombreuses compétitions auxquelles participent ces clubs, de nombreux joueurs ont pu gagner la confiance des entraîneurs. Certes, Mason Greenwood (Man United) et Gabriel Martinelli (Arsenal), tous deux nés en 2001, ne sont pas encore totalement intégrés à l’équipe première en Premier League. Pour autant, leurs prestations en EFL Cup ou en Ligue Europa ne sont pas passées inaperçues. Les deux hommes sont ainsi à trois buts en Europa League. Martinelli a inscrit quatre buts en deux matchs d’EFL Cup.

Avec un très bon jeu de tête et une excellente finition pour son jeune âge, Gabriel Martinelli est l’une des grandes promesses de Premier League à ce jour (crédit vidéo : YouTube, ISUFRTV)

La solution miracle ?

Quand on combine ces nombreux éléments, crée-t-on pour autant le feu ? En tout cas, les résultats obtenus sont assez encourageants. Chelsea, on l’a dit, a trouvé une alternative au mercato avec son effectif tout jeune.

À Manchester United, le fait de mettre sur le terrain des joueurs très jeunes a été probant pour Solskjaer. Le 24 novembre dernier, Manchester United inverse le tournant du match contre Sheffield United. Alors menés 2-0 à la soixante-douzième minute, les Red Devils vont inscrire trois buts en cinq minutes. Les buteurs sont alors Brandon Williams (2000), Mason Greenwood (2001) et Marcus Rashford (1997). À noter également le très bon match de Daniel James (1997), ex-pépite de Swansea, ce jour là… Contre Everton, début décembre, Greenwood inscrit encore le but de l’égalisation (score final : 1-1).

Buteurs providentiels contre Sheffield United, Mason Greenwood (à gauche) et Brandon Williams (à droite) ont tout deux inscrits le premier but de leur carrière en Premier League (crédit photo : Tottenhamnews)

À Arsenal, la solution de secours proposée par Ljungberg : mettre sur la feuille de match quatre joueurs de moins de vingt ans sur le banc contre Everton, a plutôt bien fonctionné. Alors que Bukayo Saka (2001) a su gérer son duel avec Djibril Sidibé, Gabriel Martinelli a été l’attaquant le plus dangereux du match. Ce dernier aurait pu éviter la lourde défaite contre Manchester City (3-0) si son occasion à la première minute n’était pas stoppée par Ederson.

Il faudra un peu plus de temps, certes, mais ces hommes incarnent parfaitement l’avenir de leur club. Brandon Williams ainsi qu’Aaron Wan Bissaka (1997) qui fait déjà partie des meilleurs joueurs de Premier League à son poste, sont annoncés comme la relève au poste de latéral. De même, face aux départs inéluctables d’une partie de l’effectif d’Arsenal, les solutions pour les combler ne manquent pas.

Des limites saillantes

Pour autant, cette solution ne garantit rien… Si Arsenal a arraché le nul à Goodison Park, les jeunes n’ont pas non plus brillé de milles feux. Emile Smith Rowe s’est montré très peu inspiré, Martinelli n’a pas touché le cadre. Contre Bournemouth au Boxing Day, Reiss Nelson a été fantomatique.

Le constat est général… Avec une proportion trop importante de jeunes joueurs, le manque d’expérience est criant. La construction du jeu est stérile, les erreurs nombreuses et les occasions se résument principalement à des prouesses solitaires. Guendouzi est souvent critiqué pour ses prises de risques inconsidérés.

Si Chelsea se maintient à un niveau très élevé, c’est avant tout grâce à l’expérience d’hommes comme N’golo Kanté, Mateo Kovacic ou encore Willian (doublé contre Tottenham). Ainsi, peu de joueurs de moins de vingt-trois ans peuvent prétendre être des leaders à part peut-être Marcus Rashford à déjà 21 ans.

La jeunesse ne fait pas tout et Chelsea connaît une période difficile, avec des défaites contre Everton, West Ham, Bournemouth et Southampton (crédit photo : SoFoot)

On comprend finalement que la jeunesse dorée des top-clubs en difficulté est d’une importance énorme. Elle garantit la stabilité et la pérennité des équipes mais se présente aussi comme une solution face aux crises. Pour autant, le manque d’expérience reste un frein. Les jeunes sont une solution seulement s’ils sont accompagnés par un collectif déjà solide.