L’Espanyol de Barcelone va mal et a décidé de faire appel à Pablo Machin pour redresser la maison. Le chevronné du 3-5-2 reste néanmoins un personnage singulier. Il repart dans une nouvelle aventure en Catalogne et tout semble indiquer qu’il a de grandes chances de refaire sensation en Espagne.

À la fois loué et décrié, Pablo Machin (Soria, le 21 avril 1975) est un entraîneur clivant et peu connu du grand public. Un passage réussi à Girona lui a ouvert les portes du FC Séville où il a vécu son premier échec. Il a désormais la lourde tâche de sortir l’Espanyol des catacombes de LaLiga. En effet, il reprend une équipe engluée au fond du classement après huit journées et un effectif incapable de comprendre le style de jeu de son prédécesseur, David Gallego. Le natif de Suria (Barcelone), homme du cru, était chargé de faire perdurer le rêve laissé par Rubi. En d’autres termes, l’actuel coach du Real Betis a terminé son parcours blanquiazul sur une qualification en Ligue Europa. Un retour en Europe que le peuple Bleu et blanc attendait depuis douze ans. Cependant, cinq mois plus tard, cet illusion s’est transformé en cauchemar. La campagne en Ligue Europa est loin d’être en danger mais le début de saison en Liga a plongé l’Espanyol dans la tourmente. Maintenant c’est à Pablo Machin de sauver l’entité pericos de la dérive.

Un autodidacte qui laisse des traces

Pablo Machin vous rappelle certainement la magnifique saison 2017-2018 du Girona FC. En provenance de Numancia, le soriano a sauvé le club de Montilivi d’une probable relégation en Segunda B pour ensuite le mener en Liga. C’était la première fois que le club catalan atteignait l’élite du football espagnol après plusieurs échecs en barrages d’accession de la Segunda. En plus de cet exploit sportif, ce qui marque le plus chez lui est sa capacité de mettre ses joueurs en confiance. Avec Machin, tout est possible dans le football. Ce dicton, Eloi Amagat ne l’a pas oublié. De retour en Espagne après une pige en MLS, l’ex joueur de Girona se souvient de cet entraineur exigeant qui savait tirer le meilleur de ses joueurs.

« Ce que je retiens le plus chez lui c’est sa capacité à faire croire aux joueurs que tout est possible dans le foot. A Girona, il nous a sauvé lorsque tout le monde nous voyait descendre. Puis, après plusieurs barrages d’accession fatidiques et tragiques, il nous a donné suffisamment de force et de confiance pour ne pas sombrer. Finalement, Nous avons atteint l’objectif de la montée en Liga. De plus, il sait comment tirer le meilleur rendement de ses joueurs et est exigeant. »

Eloi Amagat sur la nomination de Pablo Machin à l’Espanyol (AS)
Pablo Machin, joueur au CD Numancia
Le jeune joueur Pablo Machin sous les couleurs du CD Numancia (Crédit photo : Desde Soria)

Pourtant, Pablo Machin n’est pas issu d’une famille passionnée de football mais cela ne l’a pas empêché d’aimer ce sport. Défenseur de formation, à 18 ans, il avait déjà son licence d’entraineur. Cependant, une blessure au genou l’a contraint d’écourter sa carrière de footballeur qui n’a duré que quatre ans. Une désillusion qu’il a vécue en 1998 alors âgé seulement de 23 ans mais qui ne l’a pas pour autant démoralisé. Il a rapidement rebondi en intégrant le staff technique de son unique club, le CD Numancia et s’est sourcé auprès des entraîneurs qui ont dirigé le club.

Dans l’ombre de Miguel Angel Lotina (1993-1996), il a appris les aspects tactiques et défensifs du football dont son système fétiche le 3-5-2. Lotina l’a initié au métier d’entraineur et ses successeurs l’ont nourri. Andoni Goikoetxea, qu’il a côtoyé à deux reprises, lui a inculqué le charisme. Gonzalo Arconada, petit frère du célèbre gardien Luis Arconada l’a initié aux nouvelles technologies appliquées au football. Sergije Kresic a partagé avec lui son expérience. Enfin, Il s’est inspiré du jeu offensif de Juan Carlos Unzue qu’il a succédé sur le banc du Los Pajaritos en 2011.

Un entraineur clivant et unique dans son genre

Pablo Machin n’offre rien à personne. Pour lui, seul le travail paie et chaque joueur doit mériter son temps de jeu. C’est un travailleur acharné, qui d’un premier abord peut sembler arrogant et distant. Une personnalité qui traduit une certaine froideur entre lui et ses joueurs. La distance qu’il met entre eux et sa froide personnalité a un double effet. Dans le vestiaire, ce n’est pas le grand amour. Néanmoins sur le terrain ce sentiment se traduit en intensité et donne un débit spectaculaire dans le jeu.

La raison de ce paradoxe réside dans sa capacité de traduire ces idées en résultat. Mais aussi grâce au soutien de ses deux fidèles lieutenants: Jordi Guerrero, son adjoint et Jordi Balcells, son préparateur physique. La personnalité de ces deux hommes est aux antipodes de celle de Machin. Plus ouverts, ils lui apportent de la complémentarité dans son management. Cette symbiose a effectivement marqué Quique Carcel, le directeur sportif de Girona, qui se souvient de lui en ces termes.

« Je suis très heureux pour lui. C’est un gros bosseur, il a le sens de la compétition et son staff est exceptionnel. Ils lui donnent beaucoup d’équilibre. »

La réaction de Jordi Cifres à la suite de la nomination de Machin à l’Espanyol (AS)

Un équilibre que l’ancien entraineur de Girona a trouvé aussi dans son système de jeu. Son fameux 3-5-2 nuancé et façonné à son goût qui restera à jamais dans la mémoire des blanquivermells. A Girona, très peu de personnes doutent que Machin soit le meilleur entraîneur que le club ait connu. Et malgré les dernières semaines très tendues avec la direction et les joueurs, Carcel préfère garder un bon souvenir du fin stratège.

Pablo Machin et Quique Carcel, Girona FC
Carcel, Richy, et Machin après la montée de Girona en Liga (Crédit photo: Pere Duran – El Pais)

« C’est un grand stratège et a beaucoup d’automatismes pour maîtriser son ABC du football. Évidemment, il a du mal à jouer avec un système autre que le 3-5-2 ou le 5-2-2-1. Je pense qu’il sera bien à l’Espanyol, car il a des joueurs pour évoluer de la sorte même s’il manque un latéral offensif droit de métier. »

Quique Carcel optimiste sur l’avenir de Pablo Machin à L’Espanyol (AS)

Une philosophie de jeu bien arrêtée

Le système de Machin offre deux voire même trois lectures. Un 3-5-2, qui d’ailleurs, était un 3-4-2-1 à Girona avant de devenir un 3-5-2 à Séville. Ce système totémique du soriano a fait le bonheur des Gironistes. Quand Carcel évoque le 5-2-2-1, il met l’accent sur l’animation en phase de jeu défensive. Les latéraux qui rejoignent les trois défenseurs centraux pour former une ligne de cinq derrière. Ces joueurs de couloir, appelés carrileros ou latéraux offensifs sont l’une des clés du Machinisme. En plus des tâches défensives, ils doivent avoir le coffre et l’explosivité nécessaire pour amorcer et conclure les transitions offensives. Un rôle que Pablo Maffeo et Johan Mojica avaient brillamment accompli à Girona. Chez les blanquiazuls, la tâche reviendra certainement à Adria Pedrosa et à Sébastien Corchia.

Schéma tactique du Girona de Pablo Machin
Le Girona de Pablo Machin en 3-4-2-1 avec le fameux milieu carré: Pere Pons, Aleix Granel, Portu et Borja Garcia (Image: whoScored)

Contrairement à David Gallego, Machin cherche constamment la verticalité. Un jeu rapidement porté vers l’avant et un repli défensif bien organisé afin d’obtenir une supériorité numérique dans les deux zones. A cet égard, la composition du milieu est aussi importante que l’apport des latéraux. A Séville, son milieu est passé de quatre à trois joueurs. Cette évolution l’a amené à jouer avec deux attaquants pointes, alors qu’à Girona il en avait qu’un seul. Chez les hispalenses, il lui manquait un joueur similaire à Portu pour compléter le carré. Un profil qu’il retrouvera probablement au RCDE Stadium avec Matias Vargas.

Schéma Tactique du Séville de Machin face au Real Madrid
Le Séville de Pablo Machin avec le milieu à trois, Ever Banega, Pablo Sarabia et Mudo Vazquez (Image : Sofascore)

Pablo Machin a la chance d’avoir un effectif qui lui offre la possibilité de varier son milieu. Dans les deux cas, la moelle épinière sera toujours conservée. En effet, Marc Roca portera le costume d’Ever Banega ou de Pere Pons tandis que Sergi Darder, David Lopez ou Esteban Granero auront la liberté d’animer le jeu. Jofre Mateu, ancien joueur de Girona et de l’Espanyol s’enthousiasme déjà sur les changements que le technicien apportera aux Pericos.

« Pedrosa va s’épanouir avec ce système sécurisé, car il est parfait pour ses capacités. David Lopez sera le patron du milieu et des joueurs comme Melendo et Darder peuvent être très à l’aise quand il voudra jouer avec un carré au milieu. »

Jofre Mateu a réagi sur les changements que Machin apportera aux joueurs de l’Espanyol (AS)

Toutefois, il est souvent difficile de s’adapter rapidement à un nouveau style. Machin a des idées bien arrêtées et l’effectif blanquiazul semble être en adéquation avec le jeu qu’il prône. Les Pericos n’avaient pas compris Gallego et devront adopter le Machinisme pour relancer la machine. Par conséquent, le travail et la patience seront de rigueur pour comme l’a bien souligné Eloi Amagat.

« Ils auront besoin de patience et de beaucoup de travail. J’ai joué milieu de terrain et pour moi c’était un système idéal. J’avais un pivot défensif comme Pere Pons et deux offensifs avec beaucoup de liberté. C’était une sorte de carré dans lequel le milieu de terrain était bien protégé. L’Espanyol a des joueurs pour évoluer et fonctionner ainsi. »

Eloi Amagat confiant de la transposition du style Machin à l’Espanyol (AS)

Quoiqu’il en soit, toutes les planètes sont alignées pour que la collaboration entre Pablo Machin et l’Espanyol porte ses fruits. Le technicien mélange physique, technique, tactique et psychologie dans son management. Il ne reste qu’aux joueurs d’appliquer ses idées sur le terrain pour qu’on voit un grand Espanyol de Barcelone. Ce renouveau qu’avait prédit David Gallego après le match nul 0-0 contre Alavés le 25 août dernier. Finalement, il n’en sera pas l’artisan majeur.