Aujourd’hui est un jour historique pour le soccer au Canada : c’est le coup d’envoi de la Canadian Premier League, le tout nouveau championnat canadien.

Créé avec de nombreuses ambitions, cette ligue travaille dans un but précis : replacer le pays dans la hiérarchie mondiale du ballon rond. Quel impact aura-t-elle sur le soccer national ? Quelle synergie trouver avec la MLS et les ligues nord-américaines ? A-t-elle tout simplement les moyens de subsister sur le long terme ? Voici des éléments de réponse.

Contexte du soccer canadien

Le Canada accueillera des matchs de la Coupe du Monde 2026
(Crédit image : Radio-Canada)

Le 13 juin 2018, la FIFA vote pour l’organisation de la Coupe du Monde 2026 aux USA, au Mexique et au Canada. Une excellente nouvelle pour le soccer nord-américain relayée avec joie par la MLS et la Liga MX, respectivement les ligues états-unienne et mexicaine. La fédération canadienne est également très fière, elle qui va accueillir la toute première coupe du monde de football masculin de son pays.

C’est historique, mais pourtant, cette bonne nouvelle met en évidence un constat d’échec dans la structuration du soccer au pays du sirop d’érable. Le jour de l’annonce de la FIFA, le Canada est 79ème nation au classement FIFA et n’a pas de championnat national. Ce n’est pas le meilleur départ possible pour un pays qui souhaite faire plus que de la figuration lors de “son” mondial dans sept ans. Sept années, c’est beaucoup et peu à la fois. Ça laisse cependant le temps de mettre en oeuvre de nombreux projets afin d’améliorer la situation.

Parmi ces projets, il y en a un qui est acté depuis le 6 mai 2017, soit juste un an avant la grande annonce du 13 juin 2018. Ce projet : la Canadian Premier League (ou Première Ligue Canadienne en VF). Enfin un championnat au Canada ! Il aura fallu attendre 27 ans après la disparition de la Canadian Soccer League pour que le pays retrouve en 2019 les joies du soccer national. Car ce week-end est historique, il marque le début de cette nouvelle compétition. Le premier match à lieu à Hamilton, une ville au sud de Toronto, dans le Tim Hortons Field, stade de 24 000 places du Forge FC. Aujourd’hui, le 27 avril, l’équipe locale y accueille le York9 FC, club de la banlieue torontoise, pour ce qui devrait être le début d’une belle histoire.

CPL, quésaco ?

La carte de la CPL 2019
(Crédit image : BBC)

La Canadian Premier League est un championnat se déroulant en deux phases : une d’ouverture et une de clôture comme en Argentine. Les vainqueurs de chaque phase disputeront la finale du championnat sur un match unique. En 2019, sept équipes participent : le Pacific FC (Victoria, CB), le Cavalry FC (Calgary, AB), le FC Edmonton (Edmonton, AB), Valour FC (Winnipeg, MB), le Forge FC (Hamilton, ON), le York9 FC (Toronto, ON) et le Wanderers FC (Halifax, NS).

Parmi ces clubs, six sont créés de toute pièce grâce à la volonté d’investisseurs, de la ligue et de la fédération. Seul le FC Edmonton existait auparavant, ayant disputé le championnat de la NASL jusqu’en 2017. Il n’est pas aisément concevable pour un européen de créer une compétition et des équipes à partir de rien. C’est pourtant le tour de force qu’est en train de réaliser la CanPL. Un championnat pour les Canadiens, par les Canadiens sous la bannière de leur slogan “We Are Many, We Are One”.

Avec pour but avoué de monter le niveau des joueurs du pays, la ligue met en place des règles strictes visant à favoriser leur développement. Au moins six joueurs sur les onze titulaires doivent être canadiens et l’effectif doit comporter au moins trois joueurs locaux de moins de 21 ans qui doivent cumuler au minimum 1 000 min de jeu par saison. La CPL met également en place un salary cap pour chaque équipe. Pour l’instant, la création et la structuration de la ligue canadienne ressemblent quelque peu au début de la MLS. Plusieurs clubs d’expansions sont attendus afin d’étendre la ligue et le commissaire, David Clanachan, annonce que lorsque le nombre d’équipes sera suffisant, il souhaiterait établir une formule de divisions avec montées et descentes. Cela constitue un des points différenciants par rapport aux ligues US, en plus du format d’ouverture et de clôture.

Le lancement historique de la Première Ligue Canadienne
(Crédit vidéo : YouTube CPL Soccer)

Un développement réfléchi

Côté développement justement, la CPL a entamé un travail de qualité. Niveau communication et image, la ligue se donne les moyens de s’installer rapidement dans le quotidien des fans. Un story-telling léché qui donne envie de suivre les premiers balbutiements de ce championnat. Mais rien d’étonnant en tant que ligue nord-américaine qui se respecte.

Dans la lignée de ses voisins du sud, la CPL va mettre un accent particulier sur la partie business. Premièrement, la création de la Canadian Soccer Business. Cette société sera chargée de gérer toute la partie commerciale de la ligue : les droits, le merchandising, les partenariats, etc… La CSB négocie donc un partenariat avec Macron, marque de sport italienne, pour équiper l’ensemble des équipes de première ligue (comme Adidas pour la MLS). S’en suit un accord de sponsoring trouvé avec Volkswagen qui crédibilise encore un peu plus les intentions de la ligue.

Dernièrement les droits TV ont été cédés à MediaPro, groupe espagnol qui a aussi récupéré récemment les droits de la Ligue 1 en France. Un canal de streaming va être créé pour l’occasion : OneSoccer. Enfin pour la partie services aux fans, la ligue va être vigilante à propos des infrastructures d’accueil. Elle demande des stades de minimum 5 000 places principalement dédiés au soccer (pas simple à trouver au Canada). Les clubs d’Hamilton et de Winnipeg vont partager leurs enceintes respectives avec les équipes de football canadien locales (presque comme le foot US) et les autres vont soit rafraîchir un stade existant, soit tout simplement en construire un.

Dans tous les cas, la ligue et les clubs font ce qu’il faut pour mettre les fans dans les meilleures dispositions. Cette détermination commerciale génère un engouement relativement important dans le pays et laisse présager un début d’exercice intéressant et suivi.

Présentation des maillots Macron des équipes
(Crédit photo : Canadian Premier League)

L’intégration de la CPL dans le paysage du soccer américain

Mais dans tout ça, quid des clubs canadiens évoluant en MLS ou en USL ? Rien ne va changer pour eux dans un premier temps. Les Vancouver Whitecaps, le Toronto FC et l’Impact de Montréal continueront bien (et sûrement pour de nombreuses années) à évoluer avec l’élite américaine. Le cas est moins tranché pour l’Ottawa Fury, équipe de l’USL Championship (la deuxième division aux USA).

En effet, la CONCACAF (organisation gérant le soccer en Amérique du Nord et aux Caraïbes), a voulu obliger le club d’Ottawa à rejoindre la CPL, narguant que l’équipe ne joue qu’en seconde division dans un pays voisin et qu’il était préférable qu’elle évolue en première division dans son pays. Le Fury FC a finalement eu gain de cause mais il semble écrit que ce club rejoigne dans les prochaines années la CPL.

En tout cas, ces quatre franchises précédemment citées auront l’occasion de se frotter aux équipes de CPL lors du Canadian Championship, compétition venant se disputer en parallèle de la MLS, de l’USL et de la CPL. C’est une sorte de coupe du Canada avec des matchs aller-retour dont le champion et directement qualifié pour la CONCACAF Champions League. D’ailleurs, le vainqueur de la Canadian Premier League aura un ticket pour la Ligue de la CONCACAF qui est un tournoi se déroulant en amont de la Champions League et offrant à son vainqueur une place pour cette dernière.

Nous pourrons voir dès le mois de juillet ce que valent les clubs de l’élite canadienne face au reste du continent. En effet, le premier billet pour la Ligue CONCACAF se jouera entre les clubs fondateurs de la CanPL (FC Edmonton, Forge FC, Valour FC) lors du tournoi d’ouverture. Il ne reste plus qu’à gagner ses galons sur le terrain et montrer au monde, ou du moins dans un premier temps à l’Amérique du Nord, que les Canadiens aussi peuvent rivaliser en soccer.

La Ligue de la CONCACAF passe à 22 clubs et offre une place au champion de la CPL
(Crédit vidéo : YouTube CONCACAF)

Quelle avenir pour la CPL ?

Nous pouvons déjà affirmer que la volonté du pays de se doter d’un championnat compétitif ne peut être que bénéfique pour le futur du soccer canadien. La Coupe du Monde “à domicile” approchant, le Canada pourra compter sur une nouvelle génération de joueurs, à l’image d’Alphonso Davies et de Jonathan David, qui sera renforcée par les Canadiens jouant dans la CanPL.

Alphonso Davies et Jonathan David incarnent la génération dorée du soccer canadien
(Crédit photo : Canadian Premier League)

La ligue devrait d’ailleurs croître dans les années à venir afin d’intégrer tous les territoires et toutes les provinces du Canada. De nombreux “marchés” sont à prendre pour le soccer dans le pays du hockey. Il est cependant aujourd’hui ridicule de croire que le CPL rivalise avec la MLS, sa ligue voisine (presque cousine). Mais qu’en sera-t-il dans plusieurs années ?

Lorsqu’on voit la croissance de la MLS, on peut imaginer que si la ligue adopte une stratégie sportive et économique adéquate, elle arrivera rapidement à un niveau compétitif. Assez pour déstabiliser les instances du championnat américain ? Rien de certain. On peut légitimement se demander si Montréal, Toronto ou Vancouver rejoindront un jour le championnat canadien. Cela prendra certainement de nombreuses années car la MLS offre à présent des garanties économiques qui sont encore loin pour la CPL. Mais le rêve est permis. Et tout le Canada, si passionné par le sport, souhaite un parcours honorable de leur sélection lors du mondial 2026. Et pourquoi pas aussi, grâce à la Première Ligue Canadienne, venir bousculer un peu la hiérarchie du soccer en Amérique du Nord et faire légèrement trembler la MLS. Ce week-end, ce sont les espoirs de tout un pays qui débutent.