Ce soir à 18 heures (horaire français), le Bénin affronte en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations le Sénégal. Un adversaire de taille certes mais rien d’impossible pour « Les Écureuils » béninois. La vraie bonne surprise du tournoi 2019?

Pour le premier des huitièmes de finale de la CAN, le Bénin a crée la première sensation du tournoi. En parvenant à bout aux tirs aux buts (1-1 puis 1-4 aux TAB) de l’un des favoris de la compétition, le Maroc. Le Bénin a frappé fort. En contrant les coéquipiers de Younès Belhanda et Hakim Ziyech, les hommes du sélectionneur français Michel Dussuyer leur ont tenu tête dans le jeu. Face au Sénégal, le Bénin ne sera pas non plus favori mais pourrait de nouveau créer la surprise. Tour d’horizon d’une équipe qui pourrait changer de dimension avec une qualification.

Maroc-Bénin hitchcockien (Crédit vidéo : Youtube – beIN Sports France)

Le Bénin, cet inconnu africain

Lorsque l’on parle du football africain, plusieurs pays reviennent en haut de l’affiche et non des moindres. Citons les grandes puissances du Maghreb, Algérie, Maroc et Tunisie ou l’Égypte. De l’Afrique subsaharienne comme le Cameroun, le Nigeria ou la République Démocratique du Congo. Plus à l’ouest, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Mali. De grandes puissances du football d’un continent féru de ballon rond.

Le Bénin, Cotonou la capitale et Porto-Novo (Crédit photo : Canal Monde)

De bien beaux noms avec de grands joueurs et de belles épopées qui ont bercé les vies de tout à chacun. Une bien belle preuve également que le football africain se développe et permet à des nations de venir titiller assez souvent les grandes nations dans le concert européen. Cependant, cette Coupe d’Afrique des Nations 2019 permet dès lors de voir surgir sur le devant de la scène un pays peu ou pas connu du grand nombre, le Bénin.

La sélection nationale béninoise avec le capitaine Stéphane Sessegnon (nº17) teint en blond (Crédit photo : Football 365)

Pourtant celui-ci a crée la première belle surprise de la compétition phare du continent africain en éliminant l’un (sinon LE ?) des favoris, le Maroc d’Hervé Renard. En ayant réussi à annihiler pratiquement toutes les attaques marocaines. En comptant aussi sur une défense de fer, un jeu ferme certes mais qui aura résisté aux assauts des Lions de l’Atlas, qui plus à 10 avec l’expulsion d’un joueur en prolongation.

Michel Dussuyer, entre expérience…

Pour comprendre la bonne performance du Bénin, il faut se tourner vers un homme. Celui-ci, né à Cannes, aura passé l’essentiel de sa carrière de joueur dans le club formateur du champion du monde 1998 et actuel entraîneur du Real Madrid, Zinedine Zidane. Gardien de but de l’équipe de la Croisette lors des belles années du club et qui aura engrangé de l’expérience.

Une équipe de stars en devenir. L’AS Cannes en 1992 avec le sélectionneur actuel du Bénin, Michel Dussuyer (en haut, 3ème en partant de la droite), Luis Fernandez, le capitaine (en haut, le 1er en partant de la droite) et un certain… Zinedine Zidane (en haut, 1er en partant de la gauche) – (Crédit photo : Pari et Gagne)

Par la suite, dans une sorte de fidélité, Michel Dussuyer (60 ans) se tournera vers le terrain. En oscillant son expérience entre l’AS Cannes et l’Afrique. Dès lors, depuis maintenant bientôt une vingtaine d’années, le Français parcours l’Afrique de l’ouest avec des expériences en Guinée, Côte d’Ivoire et donc au Bénin. Une parfaite connaissance des particularismes locaux lui permettant de tirer parti des qualités d’un groupe certes limité en quantité mais talentueuse.

…et connaissance réunies

« On a gagné aucun match mais j’ai  envie de dire aucun match perdu. Pour ce match contre le Maroc, on a gagné. On sait que c’est un gros challenge, favori pour le titre, une grande équipe. On est dans notre posture, juste envie de faire un grand match »

Michel Dussuyer, le sélectionneur béninois adepte de la méthode coué (Wiwsport)

De plus, en bon formateur qu’il est, Dussuyer donne donc rigueur et confiance au Bénin en s’appuyant sur une défense imperméable. Preuve en est, la rencontre contre le Maroc durant laquelle les Amrabat, Ziyech, Boussoufa et autres Belhanda se sont cassés les dents sur la défense béninoise. Une sacré performance pour une équipe qui aura réussi à se qualifier en troisième position du groupe F derrière le Ghana et le Cameroun désormais éliminés…

Michel Dussuyer le sélectionneur des « Écureuils » mène la troupe (Crédit photo : Africa Top Sports)

Stéphane Sessègnon, le baron du Bénin

Toutefois si le Bénin a une défense de fer et joue de manière structurée autour d’une bonne assise défense en 5-4-1 ou 4-1-4-1, un homme représente le pays. Un nom connu du championnat français et de tous les amateurs notamment du PSG. À 35 ans, l’ancien parisien époque pré-QSI est le joueur-totem du Bénin et sa valeur la plus sûre.

Stéphane Sessegnon au PSG, un peu avant l’arrivée des grands noms dans le club de la Capitale (Crédit photo : Foot 01)

Joueur le plus sélectionné avec près de 80 capes, il en est aussi le meilleur buteur (22 buts) et le capitaine. De haut de son expérience française et anglaise, l’actuel meneur de jeu du club turc de Gençlerbirliği, promu en Süper Lig turc cette saison, est l’âme des Écureuils. Un capitaine-courage guidant ses coéquipiers vers les cimes du succès.

Sachant temporiser le jeu, rassurer ses partenaires du haut de son expérience et en étant la plaque tournante de l’équipe, Sessegnon découvre les joies de la qualification avec sa sélection. En effet, le Bénin va disputer face au Sénégal son premier quart de finale de son histoire en CAN. Une bien belle récompense pour l’ancien montpelliérain et ses partenaires.

Tropisme franco-turc approuvé…

Autour donc de Sessegnon toutefois, d’autres joueurs émergent et font preuve d’une solidité et solidarité hors normes. Composés majoritairement de joueurs évoluant dans les championnats de France (L1 et L2, NDLR) mais également en Turquie, c’est un groupe homogène et sans fioriture.

L’attaquant Mickaël Poté en Turquie. Le Béninois, ancien de l’OGC Nice et Clermont Foot, a déjà marqué deux buts lors de cette CAN ! (Crédit photo : Bénin Monde Infos)

Du côté turc, il faut compter avec le gardien Fabien Farnolle (Malatyaspor) et l’attaquant Mickaël Poté (Adana Demirspor, deuxième division turque). Plus Sessegnon, ce qui fait du pays d’Emre Belözoğlu la seconde nation la plus représentée derrière la France. De l’autre, l’échelon français comprend le défenseur ex-caennais Emmanuel Imorou à gauche, le défenseur central d’Amiens (suspendu face au Sénégal, NDLR) Khaled Adénon, ainsi que le milieu défenseur de l’AJ Auxerre Jordan Adéoti. Un tropisme franco-turc assumé et qui permet d’avoir un axe de travail intéressant.

… et certifié !!

« J’ai un groupe. Je n’ai pas 11 titulaires. Tout le monde est important dans ce groupe. Il y a un état d’esprit qui est véhiculé. Ils sont tous positifs et font preuve de solidarité dans ce groupe. À un moment donné, il y a certains qui sont réduits physiquement. Et il faut apporter la fraîcheur physique et mentale. C’est ce qui justifie ces choix mais il y a beaucoup de solidarité dans ce groupe »

Michel Dussuyer et la notion du groupe qui vit bien (Matin Libre)

Toutefois, le régulateur des lignes arrières Adénon (absent pour cause de suspension), le Bénin et Dussuyer devront trouver d’autres possibilités. En essayant de densifier la défense autour du sochalien Olivier Verdon et surtout de Moise Adilehou (Levadiakos en Grèce, NDLR). Le profil de ce dernier avec ses 1,90 mètres sous la toise étant plus qu’intéressant pour contrer les Sénégalais.

Moise Adilehou (à gauche, en jaune) bloque l’attaque des « Hakim » marocains : Hakim Ziyech (N°7 au centre) et Achraf Hakimi (N°2 à droite)

Confirmation face au Sénégal ?

C’est un fait, comme face au Maroc, le Bénin aura fort à faire face au Sénégal. Un groupe composé du défenseur de Naples Kalidou Koulibaly, du milieu de Galatasaray Badou Ndiaye ou encore du duo rennais Ismaïla Sarr-M’Baye Niang. Sans compter l’homme en forme du pays, l’attaquant de Liverpool Sadio Mané. De grands noms et une équipe solide face à laquelle il sera difficile pour le Bénin de lutter. Mais également une possibilité de sous-estimer son adversaire et qui pourrait leur nuire in fine.

« Tout le monde sait qu’entre le Sénégal et le Bénin, il n’y a pas photo. Normalement, le Bénin ne doit pas nous poser de problème, mais aucun match ne sera facile. On va bien l’aborder, mais pour gagner. Pour le moment, on attend de voir quelle équipe on aura en demi-finale ou en finale »

Mbaye Diagne, l’attaquant de Galatasaray et du Sénégal, lance les hostilités… (Africa Top Sports)

Le pays d’El-Hadji Diouf est donc taillé pour la victoire finale. Toutefois cette CAN et le football en général auront appris une chose, ne jamais se fier aux apparences. Les Béninois pourront également trouver une source de motivation supplémentaire dans certains commentaires. Dans tous les cas et quel que soit le résultat final, le Bénin aura réussi sa mission. Celle de placer ce petit pays d’Afrique de l’ouest sur la carte du football continental. Ce qui est déjà en soi une bien belle récompense. Et comme dit le proverbe au pays de Stéphane (et non Ryan) Sessegnon : « Avec une bonne dose de malice et un peu de ruse, tu sauras te tirer de tous mauvais pas ». À méditer pour le Sénégal.