Le président de l’Olympique Lyonnais a annoncé travailler à la venue prochaine de deux championnes du monde américaines, en vue de créer une franchise OL dans le championnat soccer américain. Pourquoi une franchise ? Où « JMA » entraîne-t-il ses filles et son club ?

C’est le destin de toutes les grandes équipes. Leurs moindres faits et gestes sont scrutés à la loupe : qui part, qui vient, qui reste. L’Olympique Lyonnais, meilleur club européen, n’échappe pas à la règle, et y échappe d’autant moins lorsque son président Jean-Michel Aulas annonce dans un entretien vouloir recruter des championnes du monde américaines pour la seconde partie de saison.

Bien sûr, dans le landerneau, ça s’agite. L’OL dispose des joueuses d’immense talent à n’en plus pouvoir, s’est encore renforcé en recrutant les internationales anglaises Nikita Parris et Alex Greenwood, inspirant par exemple à la mondialiste française Emelyne Laurent des envies d’ailleurs pour ne pas faire banquette. Et avant elle Claire Lavogez. On voit donc mal l’intérêt de faire venir encore des stars dans cet effectif ultra-compétitif, doublé, triplé sur chaque poste. N’en jetez plus ! Sauf que Jean-Michel Aulas ne s’en est pas caché. L’objectif n’est pas sportif mais marketing :

« L’Olympique Lyonnais a une ambition qui est d’avoir une franchise de football féminin assez rapidement aux États-Unis. Et donc, pour nous, c’est aussi une sorte de teasing d’avoir des joueuses américaines de la sélection championne du monde qui jouent à Lyon, pour mieux s’implanter après aux États-Unis. On n’a pas de certitudes mais on a deux négociations qui sont bien avancées. »

Jean-Michel Aulas, le 21 août dernier (L’Équipe)

L’annonce de la création d’une franchise de football féminin aux États-Unis date de mai dernier, lorsque “JMA” a signé un partenariat avec Tony Parker portant notamment sur un rapprochement entre l’ASVEL féminin et masculin (basket) et l’OL, et confiant à l’ancien meneur des Bleus la mission de développer cette fameuse franchise aux États-Unis, où il y a évolué pendant près de vingt ans.

J.-M. Aulas confie à Tony Parker la mission de créer une franchise OL aux Etats-Unis lors de la signature du contrat de partenariat entre l’OL et l’ASVEL (crédit Twitter : @OL)

Deux pistes possibles. Soit l’acquisition d’un club de NWSL (National Women Soccer League, le championnat de football féminin américain, NDLR), soit la création de toute pièce d’une nouvelle équipe pour concourir dans le championnat américain. Ne présageons pas du résultat de la mission de Tony Parker, mais c’est sûrement vers cette seconde option que le maître de l’OL voudra se diriger.

2016, odyssée de la marque

Jean-Michel Aulas veut faire de l’OL une marque internationale, un virage net a été pris en 2016 dans cette perspective. Deux zones géographiques intéressent le président de l’OL : la Chine et l’Amérique du Nord.

Les investisseurs chinois IDG Capital Partners entrent au capital de l’Olympique Lyonnais à hauteur de 20% en 2017, avec pour mission principale de développer la marque OL sur le marché asiatique (Chine, Hong Kong, Taïwan, Macao) en créant des écoles de football, des centres d’entraînement, en promouvant la vente de billets pour les matchs de l’OL à des touristes chinois et enfin en proposant des services « d’hospitality » liés aux matchs de l’OL et au Grand Stade.

C’est également à la même période que Jean-Michel Aulas attire sur les pelouses rhodaniennes la star des Orlando Pride Alex Morgan, suivie à l’époque par plus de trois millions de fans sur Facebook, et aujourd’hui, plus de quatre millions de followers sur Twitter…

En 2017, le rêve de Jean-Michel Aulas se concrétise : la star Alex Morgan rejoint l’OL ! (crédit Twitter : @JM_Aulas)

Objectif : faire exister Lyon sur la planète soccer. Lorsque Alex Morgan tape le ballon quelque part, ce sont plus de trois millions de fans qui la suivent. Qu’importe si l’expérience s’est avérée mitigée, Aulas avance ses pions en NWSL.

Alex Morgan six mois à l’OL, retour sur la venue d’une star dans la cité rhodanienne (crédit Twitter : @OL)

L’annonce en mai dernier de la création d’une franchise est donc le second étage de la fusée. Deux championnes du monde américaines débarquent, des millions de fans accourent.

La franchise, l’avenir de la femme ?

Lyon n’est pas le seul club à s’engager sur cette voie. Le salut à l’étranger. La conquête de l’Asie et celle de l’Ouest, le FC Barcelone s’y atèle également. Avec un coup d’avance ? Dès 2016, le club catalan annonce s’engager en NWSL avec une équipe opérationnelle en 2018. Reportée à 2019, puis 2020. Certains obstacles juridiques pèsent encore (choix du sponsor,…) ainsi que le lieu d’implantation de cette nouvelle équipe de Barcelone féminine made in USA (la Californie et la Floride tiennent la corde). Les dirigeants catalans semblent déterminés à mener ce projet à son terme.

Dès 2016, le FC Barcelone annonce la création d’une franchise en NWSL, projet reporté mais qui verra sans doute le jour (crédit Twitter : @BarcaWomen)

Les franchises au féminin n’existent pas encore. Aucun exemple pour l’heure. Alors on regarde ce qui se passe chez les hommes. L’exemple de City Football Group sera-t-il reproduit ? Le groupe émirati détient notamment les clubs de Manchester City, de New York City Football Club, Gérone FC ou encore le CA Torque. Ce réseau de clubs (sept au total) permet de repérer les talents, de les former dans les différents clubs détenus par le City Football Group pour les acclimater au plus haut niveau.

Est-ce le chemin que souhaitent suivre Barcelone et surtout Lyon ? Va-t-on voir fleurir un réseau de clubs estampillés OL en Chine, aux États-Unis, en Amérique du Sud ?

OL, un destin de multinationale ?

Il est intéressant de relever que l’annonce de la création d’une franchise a été effectuée en même temps que celle de la prise de participation de l’OL dans l’ASVEL (masculin et féminin), et la création d’une nouvelle salle de spectacle (12 à 15 000 places). Tout cela dans le cadre du développement de l’OL City qui comprend déjà le Groupama Stadium (ouvert le 9 janvier 2016), l’hôtel Kopster (ouvert le 1er octobre 2018), OL Le Musée (inauguré le 28 mai 2018) et d’autres projets à venir comme le pôle médical (ouverture prévisionnelle mi-juillet 2019), l’immeuble de bureaux « Les loges » (ouverture prévisionnelle octobre 2019) et le centre de loisirs (ouverture prévisionnelle automne 2020).

« Le projet de création est né d’un constat simple et d’un besoin, pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de créer une nouvelle salle événementielle capable d’organiser des spectacles et des événements d’envergure. Cette nouvelle aréna sera capable d’accueillir de 15 à 16 000 personnes, ce qui en fera la plus grande salle événementielle de France en dehors de Paris. »

Jean Michel Aulas, président OL Groupe

La vision de Jean-Michel Aulas semble aller bien au-delà du sport. Il fait de l’Olympique Lyonnais une multinationale avec différentes activités (sports, spectacles, festivals, bureaux, tourisme), mais aussi un siège social et des filiales à l’étranger sans oublier la recherche de nouveaux marchés à pénétrer pour son développement.

L’OL City, vitrine de la multinationale OL (crédit photo : SportBuzzBusiness.fr)

Dans cette perspective, il lance son produit phare, l’OL féminin, à la conquête du marché américain du soccer. Un marché en plein développement, fouetté de surcroît par un effet Coupe du Monde : affluence en hausse, développement des droits TV, projet d’augmenter le nombre d’équipes NWSL de 12 à 14. Une place pour Lyon ? Tony Parker et deux championnes du monde dans l’effectif rhodanien ne seront pas de trop pour rendre l’idée évidente.

Merci à @nhello06 de @CultureSoccer pour les conseils et sa contribution au papier.