Dernière présidente du FCF Juvisy, actuelle présidente du Paris FC féminin, Marie-Christine Terroni est une des artisanes majeures du rapprochement entre ces deux clubs en 2017. Identité juvisienne, avenir parisien, projet sportif,… Elle partage pour nous son regard de présidente sur cette troisième saison en bleu et blanc.

– Bonjour Marie-Christine. Deux ans après la fusion entre Juvisy et le Paris FC quel bilan faites-vous de cette opération ?

« C’est un bilan positif. Dans l’évolution du football féminin, on a gagné du temps. Il fallait le faire. Et ceux qui pensaient que Juvisy disparaitrait, sont rassurés. J’ai toujours la présidence de la section féminine et avec Pierre Ferracci (Président du Paris FC), on a réussi à construire ensemble un projet commun, avec deux équipes d’élite, féminine et masculine. Bien sûr cela n’a pas été simple. Il y avait de l’inquiétude des deux côtés. Juvisy était un club exclusivement féminin, avec une histoire, une identité, des titres […]

Quand une page se tourne en 2017 : Juvisy et le Paris FC ont fusionné. C’était en juillet 2017. (Crédit Twitter : Paris FC)

[…] Il fallait rentrer dans le modèle, tout en restant nous-mêmes. Une réelle parité existe au niveau du centre d’entraînement, nos joueuses bénéficient de structures magnifiques. Nos 25 joueuses de D1 s’entraînent dans de très bonnes conditions, sont encadrées par un staff de huit personnes, sous la direction d’une entraîneure de très haut niveau Sandrine Soubeyrand (ex entraîneure des U17 France NDLR). Ce fut un choix fort du Paris FC de faire venir Sandrine. Peu d’entraîneures sont aussi emblématiques qu’elle [internationale française la plus capée, 198 sélections NDLR]. »

A quel moment avez-vous senti que Juvisy ne pouvait plus continuer seul et qu’une fusion avec un autre club était inéluctable ?

« Quand on est présidente de club, on se pose nécessairement des questions. Le football féminin évolue très vite, vient un moment où l’on comprend que l’on ne peut pas faire mieux, que la formule n’est certainement plus la bonne si on veut continuer à évoluer et à perdurer. En tant que bénévole, à Juvisy, mes journées étaient interminables entre mon travail et la responsabilité de faire jouer plus de 300 licenciées toutes les semaines. On m’avait donné un patrimoine, je devais le faire perdurer.  Je suis allée voir le président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët pour lui demander conseil, lui expliquer la situation afin qu’il entende les difficultés qu’un club amateur de haut-niveau pouvaient rencontrer. Après plusieurs jours, il m’a proposé de rencontrer Pierre Ferracci, président du Paris FC.  Le feeling est passé tout de suite, j’ai senti que c’était la bonne personne. Il a un amour du football, des valeurs fortes que je partage. On a travaillé ensemble pour ce projet de fusion des deux clubs. Même si cette opération était indispensable, nous nous devions de respecter tous les acteurs des deux clubs et leurs demi-siècles d’histoire. Deux ans après l’officialisation de la fusion, je constate que les personnes clés sont restées, que l’identité du FCF Juvisy est conservée. »

– Comment la fusion avec le Paris FC permet à l’équipe féminine de rester au meilleur niveau à une période où le football féminin change beaucoup ?

« Le Paris FC nous a aidées à nous construire. Il faut rivaliser sur le terrain et en dehors. On se retrouve maintenant confrontés à des agents de joueuses, il est également important de s’armer sur les questions juridiques, comptables, financières, pour exister dans ce football qui évolue très vite. Une joueuse a un contrat, peut faire l’objet d’un transfert, d’un prêt, et cela, auparavant, je ne l’avais jamais géré. Alors j’ai appris auprès de Pierre Dreossi en particulier, manager général du club, habitué à toutes ces questions de part sa carrière de joueur mais également de manager depuis plusieurs années. Encore une fois, dans le sport, les combats sont aussi en dehors du terrain. En mai dernier, nous avons fêté les cinquante ans du Paris FC, les pionnières du FCF Juvisy ont été mises à l’honneur. Il était important que les féminines participent à cette fête. C’est un club de pionnières, avec des joueuses majeures de notre histoire comme Annie Fortems, Marinette Pichon ou Aline Riera. Lorsqu’en comité directeur, nous avons échangé sur l’avenir du FCF Juvisy et que le projet de fusion avec le Paris FC a été évoqué, Daniel Fusier, l’ancien Président emblématique m’a dit : « On n’a pas fait tout ça pour rien ». Le FCF Juvisy continue à exister. »

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Après s’être attaqué à l’OM, Orange devient le partenaire principal de la section féminine du Paris FC (Crédit Twitter : Paris FC)

– Le groupe Orange a récemment signé un contrat de partenariat avec l’équipe féminine du Paris FC. Comment les entreprises peuvent-elles accroître la notoriété du football féminin ?

« Nous sommes avant tout très fiers qu’une entreprise de l’importance d’Orange se soit identifiée aux filles du Paris FC. Nous sommes également très fiers d’avoir d’autres grands groupes partenaires comme Hyundai, Vinci, Aésio, ESG…à nos côtés. Maintenant, nous nous devons de nous atteler au remplissage du stade. La Coupe du monde a été un grand succès médiatique qu’il faut pérenniser. Bien sûr, lorsqu’on reçoit l’Olympique Lyonnais ou le Paris Saint-Germain, les supporters viennent plus nombreux. Mais pour les autres rencontres, c’est plus compliqué. L’affluence dans les stades est un sujet majeur, qui concerne l’ensemble du football féminin en France, mais qui nécessite de prendre différents paramètres en compte. Nous devons tenir compte des créneaux de retransmission télévisée, particulièrement bien remplis, entre la Ligue 1, la Ligue 2, les championnats étrangers côté masculin, et la première division féminine. Nous pourrions envisager des billets de match combinés équipe féminine, équipe masculine ou en lever de rideau… avec un peu d’imagination on pourrait entreprendre de belles choses…. Il est vrai que l’arrivée des retransmissions télé, que nous attendions avec impatience depuis un moment, nous empêche d’être flexible sur notre organisation des matchs. »

– Trois joueuses du Paris FC Inès Jaurena, Estelle Cascarino et la mondialiste Charlotte Bilbaut ont signé à Bordeaux. Les Girondines font leur marché à Paris ?

« Nous avons atteint la saison dernière la fin d’un cycle. Sandrine Soubeyrand avait pris les reines de l’équipe en cours de saison [octobre 2018 NDLR], il était important qu’elle puisse redonner un souffle nouveau. Nous avons ciblé plusieurs profils, et avons fait signer cinq joueuses en tout : Cindy Ferreira (VGA Saint-Maur), Comba Sow (FC Zürich), Natascha Honegger (FC Lucerne), Claire Savin (SC Sand) et Marith Müller-Priessen (championne d’Europe avec Francfort en 2015 et capitaine de l’équipe). Sandrine Soubeyrand a entraîné l’équipe de France U17 féminine, elle sait déceler les talents précoces. Nous avons donc fait monter dans l’effectif de première division de jeunes joueuses de talent comme Oriane Jean-François, championne d’Europe U19. Nous avons également retrouvé Camille Catala éloignée des terrains après de longues blessures, ainsi que Mathilde Bourdieu. Nous avons une équipe compétitive. »

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Cet été, la France a remporté l’Euro féminin U19 avec une génération de joueuses franciliennes très intéressante ! (Crédit Twitter : Équipe de France)

– La troisième place est-elle atteignable cette saison ?

« On ne se pose pas la question du classement. Le football féminin connaît un coup de booster sans précédent, le niveau des équipes s’homogénéise. Bien sûr, nous avons l’objectif d’être le mieux classé possible. Troisième, ce serait bien. Et ce serait d’autant mieux si cette troisième place était qualificative pour la Ligue des Champions Féminine. »

– Comment le Paris FC attire-t-il des joueuses ?

« On n’attire pas, on a besoin de faire équipe. Sandrine Soubeyrand sait de quelles joueuses elle a besoin pour façonner une équipe qui lui ressemble. Notre cellule de recrutement repère ensuite des joueuses susceptibles de rentrer dans le projet du Paris FC. Il faut en particulier qu’elles puissent s’inscrire dans notre double projet, que nous avons tenu à conserver pour nos joueuses, même après la fusion avec le Paris FC. Toutes nos filles font soit des études ou travaillent. Mathilde Bourdieu par exemple suit des études de kiné, Julie Soyer vient d’intégrer le groupe Aesio, Gaëtane Thiney travaille à la Fédération Française de Football. Les joueuses étrangères, quant à elles, suivent des cours de français, participent aux événements que nous organisons dans les écoles, les hôpitaux, pour des œuvres caritatives. C’est pour cette raison que les entraînements commencent à 17h30. Tant que nous pourrons faire durer ce double projet, nous l’encouragerons, cela permet à nos filles de se lancer dans la vie active. Et à ce titre, le travail de notre team manager Nelly Guilbert, ancienne joueuse du FCF Juvisy et maintenant salariée du Paris FC, est fondamental. »

Il y a quelques temps, un reportage était consacré à l’authenticité de Juvisy. Regardez du peu. (Crédit vidéo : YouTube Huffington Post)

– Vous concernant Marie-Christine Terroni, en dehors du foot… Encore du foot ?

« Je suis passionnée de football, je suis de près la Ligue 2 avec notre équipe masculine. Je regrette néanmoins de ne pas pouvoir regarder les championnats étrangers féminins à la télévision. J’espère que les droits de retransmission seront bientôt acquis, parce que c’est très intéressant de pouvoir se comparer. »