La Coupe du Monde 2019 en France a fort bien commencée pour le Brésil. Victorieuses 3 buts à 0 de la Jamaïque de Khadija Shaw, les “Auriverde” n’ont pas fait dans le détail. En attendant le retour de leur totem Marta, une référence sur le près et en dehors pour un Brésil en quête de repères.

Après des matchs de préparation quelque peu décousus et une longue absence de victoires, les Brésiliennes sont de retours. Emmenées par leur buteuse Cristiane, auteure d’un triplé face aux Jamaïcaines. Mais pour aller loin, les coéquipières de Formiga auront bien besoin de leur idole nationale, Marta. Une joueuse, une buteuse, un modèle mais qui va au-delà désormais du pré carré lié au terrain. Une histoire du Brésil et de ses problématiques actuelles notamment au niveau du droit des femmes.

Quand Marta tousse, le Brésil s’enrhume… (Crédit photo : Yahoo Sports)

Marta, une star planétaire reconnue

Faire une présentation de Marta Vieira da Silva (communément appelée Marta) relève de la gageure. Meilleure buteuse de la sélection brésilienne (117 buts en 144 sélections à ce jour), troisième joueuse la plus capée de l’équipe, l’attaquante de 33 ans a un palmarès aussi fourni qu’un bottin mondain. Une exceptionnelle longévité pour une buteuse ce qui en fait une référence dans son sport depuis plus de quinze ans.

Marta à l’oeuvre (Crédit vidéo : Youtube – DB Sports)

Première joueuse de football au Brésil a être entrée au panthéon au côté des légendes telles que Rivaldo ou Ronaldinho, adoubée par le « Roi » Pelé en personne, sa personnalité suscite un grand élan de sympathie. Partout où elle passe, la meneuse de jeu (quatrième du dernier Ballon d’Or) ne laisse pas indifférente et joue son rôle de modèle à la perfection. Une véritable force de caractère capable de jouer dans les pires conditions sans se plaindre.

« J’ai jouée avec les garçons dans la rue sans chaussures. J’étais la seule fille du groupe et chaque fois que je jouais, j’essayais d’être la meilleure possible »

Quand Marta force le respect (SBNation)

Aussi bien technique qu’attirée continuellement par le but, dès lors son apport dépasse à plus d’un titre le simple terrain. À 7 ans, Marta suscite des interrogations, des stupéfactions. Alors qu’elle disputait adolescente à un tournoi féminin de sa région de l’Etat de Pernabouc (l’une des régions les plus précaires du Brésil, NDLR), l’entraîneur d’une équipe adverse s’est emporté face à sa technique foudroyante et son explosivité très au-dessus de la moyenne. Certain qu’il s’agissait d’un garçon déguisé en fille, il a réclamé son exclusion pour plus d’équité. En vain.

Mais Marta, c’est surtout de la joie balle au pied. « Ma famille était pauvre, et on me faisait tellement de difficultés parce que j’étais une fille et que je voulais jouer au football. J’ai très rapidement appris à me battre » affirme l’intéressée au journal suisse Le Matin. Une bien belle reconnaissance pour celle qui n’était pas destinée à fouler une pelouse. Dans un pays où la place des hommes est souvent davantage mise en valeur, trouver une telle joueuse avec un aura aussi élevé est déjà une réussite en soi.

Une lignée de 10 célèbres

Ce numéro a toujours fait office de réve éveillé pour bon nombre de personnes et ce dès l’enfance. À partir d’images d’époques ou dans des dessins animés japonais où l’on ne voyait qu’un seul numéro. Le 10 représente bien plus qu’un chiffre, une histoire, une idée du jeu, de la technique. Bref, un numéro qui fait basculer le cours d’un match à enjeu durant lequel la pression tenaille les esprits les mieux armés.

Michel Platini, Zinédine Zidane, Lionel Messi, Pelé, Diego Armando Maradona ou encore Gheorghe Hagi. Des noms mythiques pour des matchs d’anthologies. Chacun de ces noms aura fait rêver un bambin avec des étoiles plein les yeux. Aussi, désormais, lorsque l’on parlera de numéro 10 de légende, Marta sera également à inclure dans cette liste et son parcours y contribuera certainement.

Pour son pied gauche soyeux et technique, pour sa vélocité, pour sa volonté d’arriver au sommet. Mais surtout car elle a apportée une touche de soleil à un football féminin qui aura connu bien des soubresauts pour arriver à la fête populaire de 2019 en France. Rien que pour cela, Marta aura le mérite de figurer dans le cœur des futures joueuses qui pourront s’identifier à une championne d’exception et humaine.

Le Brésil prie pour son rétablissement

Paradoxalement si les hommes ont remportés quantités de trophées sur la scène mondiale, les « As Canarinhas » rencontrent davantage de problèmes hors du continent sud-américain. Hors Jeux Olympiques, les « Auriverde » n’ont jamais véritablement réussies à matérialiser leur immense talent sur une Coupe du monde. Une contre-performance aussi hors-norme que la passion pour le football d’un pays qui l’est tout autant.

Marta n’abandonne jamais (Crédit photo : Brazil Reports)

Dans cette optique, voir Marta blessée et en manque de temps de jeu fait frissonner le Brésil. Comme pour Neymar. Pour pouvoir avoir une chance de sortir du Groupe C composée des Italiennes de Sara Gama, de l’Australie de Sam Kerr et la Jamaïque de Khadija Shaw, Marta devra revenir en forme. Pour les deux matchs suivants mais davantage lorsque la pression se fera insoutenable. Et sans doute, pour la dernière Coupe du Monde de celle qui est également de nationalité suédoise, elle qui y a vécu 10 ans de sa vie à Umeå (2004-2008), Tyresö (2012-2014) et le FC Rosengård (2014-2017). Au total, cinq championnat de Suède remportés pour… 151 buts marqués. Prodigieux. « Je me sens Suédoise aussi J’apprécie tout en Suède et maintenant j’aurai la possibilité de continuer à habiter ici, même après ma carrière » a-t-elle déclarée en 2017 après l’obtention de son passeport sverige.

Cependant, au-delà du jeu en lui-même, la Brésilienne représente en ces temps troublés bien plus qu’une simple joueuse. Si elle a dû régulièrement lutter pour se faire une place et se faire accepter par le monde du football, Marta est bien plus qu’un symbole sportif. La nation « Or et Vert » rencontrant de nombreux soucis d’acceptation et d’inclusion.

Au-delà du foot au Brésil

Issue d’une famille de quatre enfants, Marta n’aurait sans doute pas imaginé sur quel sol elle est arrivée. Le Brésil est le plus grand pays d’Amérique du Sud et compte une forte densité de population. Dans cette optique, le football est plus qu’un simple jeu au pays des Ronaldo, Neymar, Pelé ou Zico et la défaite y est interdite. Cependant, au-delà de la Coupe du Monde et même indirectement, Marta représente bien plus que des chiffres ou des trophées.

« J’ai de la peine pour l’entrepreneur au Brésil, parce que c’est très problématique d’être patron dans notre pays avec autant de droits du travail. Entre un homme et une femme jeune, qu’est-ce que l’entrepreneur pense ? : « Cette femme a une alliance au doigt, d’ici peu elle va tomber enceinte, six mois de congé maternité.. ». C’est bien beau ! Qui va payer la facture ? L’employeur… »

Jair Bolsonaro en 2014 dans une interview. Depuis janvier 2019, président de la République du Brésil (Courrier International)

Dans un pays où les inégalités sont légion et la violence notamment envers les femmes omniprésente, difficile de trouver sa place si l’on n’a pas un talent valorisé. Il est donc problématique pour une femme d’avoir la possibilité de vivre ses rêves. De plus, avec l’élection à la présidence de l’ancien militaire Jair Bolsonaro coupable de jugement de valeurs envers les femmes, renvoyées à leur unique attrait féminin, de nombreuses femmes souffrent de cet état de fait.

Dès lors, Marta à travers son parcours de combattante, ses trophées et sa farouche volonté de réussir est bien plus qu’une joueuse. Elle est la preuve que malgré les jugements sentencieux, les Brésiliennes sont libres de jouer. Libres dans leur passion et que balle au pied, elles n’ont aucune leçon à recevoir. Un beau modèle finalement que de voir Marta vivre de sa passion comme pour le tennis, son autre sport favori, et la guitare dont elle démontre son amour sur les réseaux sociaux chaque jour en jouant des balades entraînantes. Marta suscite des vocations et avec une aura nationale permettant de sortir des préjugés.

La 10 de der

« Elle a un avantage sur moi : ses jambes sont plus jolies que les miennes ! »

Quand Pelé adoube Marta en 2007

Dans tous les cas donc pour sa probable dernière compétition et en attendant de recouvrer toutes ses facultés physiques, Marta sera en mission. Son objectif étant d’aider sa sélection à se qualifier pour le tour prochain et pourquoi pas tenter de viser plus haut, après le cuisant échec des JO 2016 à la maison, éliminé en demi-finale par la Suède aux tirs aux buts (0-0 ; 3-4 TAB). S’il est difficile de faire des pronostics hâtifs, il est certainement admis que Marta aura la volonté de tout faire pour sortir la tête haute.

Le Roi et la Reine. Marta ayant évolué comme son illustre aîné à Santos par deux fois dans sa carrière ! (Crédit photo : Conexao Lusofona)

Marta aura surtout à apporter dans tout le pays que les femmes n’ont pas à rougir de la comparaison avec les hommes. En tentant de faire oeuvre social auprès de ses compatriotes. Mais surtout, la numéro 10 voudra montrer au monde que les Brésiliennes ne lâchent jamais rien. Pour être un modèle de lutte dans l’émancipation féminine et lutter contre les préjugés tenaces. Marta est donc en mission pour sa patrie. Le “Roi” Pelé a trouvé sa reine en la personne d’une autre numéro 10 de talent. En ordre et pour le progrès.