En raison du mouvement des Gilets Jaunes, le match Saint-Étienne contre Nîmes (2-1) a été décalé au lundi soir. Une décision qui a eu du mal à passer pour supporters et dirigeants. Mais est-ce que l’on reverra cela lors des prochains mois ?

C’est avec une grande surprise que les dirigeants des deux équipes ont appris la reprogrammation de ce match. Initialement prévu dimanche, ce match a été décalé à lundi sous demande du préfet. Un match de Ligue 1 un lundi soir ? Tout simplement une première. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas été reçu avec joie.

Une grosse déception lors de l’annonce

La décision par le Préfet de la Loire a été prise au milieu de la semaine prochaine et a ensuite été publiée jeudi dernier dans la matinée. Ce choix n’a clairement pas donné la pleine satisfaction aux principaux acteurs concernés, Stéphanois et Nîmois. Bien au contraire.

Au lendemain de cette annonce, c’est tout d’abord les Magic Fans qui sont intervenus. À travers un communiqué, le groupe de supporters a demandé que Saint-Étienne ne dispute pas cette rencontre et déclare donc forfait. Jean-Guy Riou, le président de l’USS (Union des Supporters Stéphanois), est lui aussi monté au créneau :

« Un match un lundi soir, ça pose un gros problème. Notamment pour les groupes de l’USS. Il y a 27 groupes, j’en ai un qui est à proximité de Saint-Étienne. Mais tous les autres sont plus ou moins éloignés. Les groupes nantais ou parisiens font un déplacement, même quand le match est à Geoffroy-Guichard. Donc un match lundi soir, ce n’est pas faisable ».

Jean-Guy Riou vendredi dernier (Radio Scoop)

Cela a ensuite été au directeur général des Verts d’évoquer cette décision. Et lui aussi n’a pas été satisfait de ce choix du préfet. Il pense déjà aux nombreux supporters qui ne seront pas présents au match.

« Nous voulions jouer dimanche car jouer le lundi est catastrophique. Cela ne peut être qu’exceptionnel et cela ne doit pas se reproduire car cela pénalise nos supporters. On parle de gens pas forcément aisés, avaient pris des billets de train, payé leurs places pour venir assister à ce match. Le football a besoin de ses supporters et il doit en prendre soin »

Frédéric Paquet samedi dernier (conférence de presse)

Vous l’aurez compris : cette sentence a eu bien du mal à passer du côté des locaux.

Une ambiance hostile dans les tribunes

Les premiers pénalisés dans cette histoire ont sans doute été les supporters. Geoffroy-Guichard était d’ailleurs moins rempli qu’à l’accoutumée. Alors que l’affluence moyenne du stade est de 27 000 personnes, seulement 22 600 étaient présentes pour assister à la victoire des Verts sur le score de 2-1. Cela fait donc une perte de plus de 4 000 spectateurs. Non-négligeable.

Une poignée de Nîmois avait fait le déplacement alors que l’on aurait également pu imaginer un parcage rempli un dimanche après-midi.

La tribune clairsemée des Green Angels au coup d’envoi… (crédit image : MyCanal)

Et pour ce qui est des gens qui ont assisté à la rencontre, ils ont su montrer leur mécontentement. De nombreuses banderoles ont été déployées ainsi que plusieurs coups de sifflets venant des tribunes ont été retentis. Cela n’avait qu’un seul but : faire arrêter le match. Un échec puisque le match est allé à son terme.

Les banderoles visaient principalement le préfet et les dirigeants de la LFP. On pouvait voir notamment inscrit : « Nous sifflons le début de la révolte populaire, non au match le lundi » ou « Nous le préfet on l’aime… Poisson d’avril ».

L’une des banderoles brandie par les Magic Fans (crédit Twitter : @CanapeFC2)

Et dans les autres championnats ?

Jouer le lundi à l’étranger (ou en France !) n’est pas une rareté. Cela existe depuis de nombreuses années que ce soit en Espagne, ebb Angleterre ou en Italie. Et ces matchs ne posent pas de problème.

Lundi soir, lors d’Arsenal/Newcastle (2-0), l’Emirates Stadium était presque plein avec plus de 59 000 supporters. Au même moment que Saint-Étienne affrontait Nîmes, un match de Ligue 2 se disputait. Le Stade Bollaert-Delelis était alors copieusement garni. 33 000 spectateurs se sont massés au stade pour une affluence moyenne de 26 000 personnes. Comme quoi, un match le lundi peut attirer du monde en France.

Le Stade Bollaert était rempli ce lundi (Crédit photo : Grégoire Devaux – Weeplay)

Trois semaines auparavant pour Leganès contre Valence, 11 000 personnes sont allés voir ce match. Un match qui s’est joué à guichets fermés.

Cela n’est néanmoins pas toujours le cas. Lors d’un Empoli-Genoa, le match a attiré 7 675 spectateurs. Une affluence en dessous de la moyenne pour le Stade Carlo-Castellani puisqu’un peu plus de 9 000 personnes de moyenne viennent au stade.

Une possibilité de revivre la L1 un lundi ?

Avec ce que l’on a vu lundi, on peut considérer que ce match a été un échec d’un point de vue hors sportif. Mais si l’on se base sur les autres championnats ou en Ligue 2, il est possible d’attirer du monde au stade malgré tout. Alors va-t-on revivre cela dans le futur ? C’est plausible.

Par le passé, des entraîneurs ont évoqué cette possibilité pour les équipes disputant la Ligue Europa le jeudi. Cela a été par exemple le cas de Rudi Garcia, dans le but de « se donner à fond dans la compétition européenne ». Mais l’année dernière, le directeur général exécutif de la Ligue de Football Professionnel, Didier Quillot, s’est montré moins conciliant tout en laissant une petite brèche.

« On y a pensé. Un conseil d’administration a délibéré sur la question il y a quelques mois. Il n’a pas retenu cette option. Je ne crois pas qu’on puisse le faire de manière récurrente. On peut peut-être le faire parfois de manière exceptionnelle comme l’ont fait certaines ligues ».

Didier Quillot en mars 2018 (Breaking Foot – SFR Sport)

C’est exactement ce qui s’est produit ce week-end avec le mouvement social des Gilets Jaunes, un fait exceptionnel. Et donc si cela venait à se produire de nouveau, il n’est pas certain que la Ligue écoute (une nouvelle fois) les supporters.