Le 13 août dernier, à son arrivée à Mexico, Guillermo Ochoa a reçu un accueil légendaire qui a fait le tour des réseaux sociaux. À 34 ans, après une carrière difficile en Europe, Memo a décidé de rentrer au bercail, dans son club de l’América. Retour sur une carrière faite de rendez-vous manqués et de rebondissements.

Lorsque l’on évoque le nom de Guillermo Ochoa, l’image d’un gardien spectaculaire nous vient à l’esprit. Une longue chevelure frisée qui a marqué les deux dernières Coupes du Monde par ses magnifiques exploits dans les buts. Mais en s’intéressant à sa carrière européenne, un sentiment de gâchis apparaît. En effet, au regard du talent intrinsèque du garçon, on se demande bien comment n’a-t-il jamais pu s’offrir les portes d’un club du top 20 européen. Éléments de réponse, alors que Memo devrait faire son grand retour comme titulaire sur les pelouses mexicaines ce samedi soir à l’occasion d’un bouillant Tigres – América.

Les débuts prometteurs d’un grand espoir du football mexicain

Né à Guadalajara, Guillermo Ochoa intègre le centre de formation de l’América à l’âge de 10 ans. Il s’impose ensuite dans toutes les équipes de jeunes du club, jusqu’à ses grands débuts en Liga MX. Le 15 février 2004, lors d’un match face aux Rayados de Monterrey et alors qu’il est âgé de 18 ans, Ochoa rentre suite à la blessure du gardien titulaire de l’América Adolfo Ríos. Il profite de l’absence de ce dernier pour découvrir le championnat mexicain et la Copa Libertadores, puis est nommé capitaine de la sélection mexicaine U20.

Guillermo Ochoa sous les couleurs de l’América en octobre 2004, quelques mois après ses débuts professionnels.
(Crédit photo : MEXSPORT/Francisco Vega)

Ríos ayant pris sa retraite, Memo Ochoa va au fil des saisons s’imposer comme le numéro 1 dans son club et se faire une place en sélection. Après une première cape en A le 14 décembre 2005 à l’âge de 20 ans, il participe à la Coupe du Monde 2006 en Allemagne en tant que 3ème gardien. Ochoa va alors prendre une autre dimension dans les années qui suivent, à tel point qu’en 2007, il est nommé par France Football dans la liste des 30 joueurs candidats au Ballon d’Or, ce qui reste à ce jour l’unique fois pour un joueur mexicain. Au tournant des années 2010, Ochoa est considéré comme le meilleur gardien du championnat mexicain et est numéro 1 en sélection. Cependant, pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud, le sélectionneur lui préfère le vétéran Oscar Perez (37 ans). À 24 ans, Ochoa verra une nouvelle fois le Mondial depuis le banc malgré son statut de star montante.

Une arrivée retardée en Europe

La saison 2010/2011 va marquer un tournant pour la suite de la carrière de Guillermo Ochoa. Malgré son statut de remplaçant au Mondial sud-africain, il attire l’attention de nombreux recruteurs européens et tout indique qu’il vit sa dernière année en Liga MX. En décembre 2010, Fulham est prêt à débourser un peu plus de 11 millions d’euros pour s’attacher les services du portier mexicain. Ce dernier voyage jusqu’à Londres, visite les installations du club et passe même la visite médicale. Hélas pour lui, alors que le club anglais voulait opérer dans la discrétion, un journaliste croise Ochoa à l’aéroport de New York et révèle son futur transfert ce qui fera échouer l’opération. Malheureusement pour Ochoa, ce n’est que le premier de nombreux rendez-vous manqués avec sa carrière européenne.

Memo Ochoa termine donc la saison dans son club et retarde son transfert en Europe à l’été 2011, après la Gold Cup qu’il dispute comme titulaire avec sa sélection. Cependant, après le premier match , un coup de tonnerre frappe la sélection mexicaine : 5 joueurs, dont Ochoa, ont été contrôlés positif au clenbutérol, une substance interdite par la FIFA. Les fautifs sont exclus de la compétition, c’est un terrible coup dur pour Ochoa qui voit ses prétendants européens faire machine arrière alors qu’il était proche du PSG tout récemment racheté par le Qatar et de Newcastle. À ce propos, Ochoa confiait récemment à El Mundo qu’il avait très mal vécu cet épisode : « Cela aurait pu être différent. En 2011, pendant la Gold Cup, on était en stage de préparation avec la sélection et on ne savait pas ce qu’était le clenbutérol, qui est une substance qu’on injecte aux vaches pour les faire grossir. Ça a été injuste. C’est quelque chose que je n’ai pas contrôlé et qui a affecté ma carrière, mon futur. J’aurai pu signer au PSG ».

Guillermo Ochoa, le 5 juillet 2011, lors de la 1ère journée de la phase de poule de la Gold Cup face à El Salvador. C’est après ce match que sera révélé son contrôle positif au clembuterol… (Crédit photo : Rick Yeatts/Getty Images)

Faute de propositions, ce sera finalement Ajaccio, loin du faste de la Premier League ou de la capitale. Ne se laissant pas abattre, Guillermo Ochoa donne le meilleur de lui-même en Corse. Il est élu meilleur joueur du club dès sa première saison en participant au maintien de l’AC Ajaccio en Ligue 1. Il continue sur sa lancée lors des deux saisons suivantes en brillant notamment le 13 janvier 2013 lors d’un match au Parc des Princes face au PSG durant lequel il effectue un total de 17 arrêts pour permettre à son équipe d’arracher un match nul miraculeux (0-0). Malgré une saison 2013/2014 catastrophique pour Ajaccio qui termine bon dernier de Ligue 1, Ochoa reste fidèle à lui-même et aborde la Coupe du Monde 2014 enfin comme titulaire avec le Mexique.

Le 8 juillet 2011, Guillermo Ochoa devient officiellement le 1er gardien mexicain à évoluer en Europe en s’engageant à l’AC Ajaccio. (Crédit photo : MSN Deportes)

La Coupe du Monde 2014, synonyme d’espoirs déchus

Au Brésil c’est le début de l’histoire d’amour entre Ochoa et le Mondial. Lors du deuxième match de poule face au pays hôte, Guillermo Ochoa va éclabousser le monde entier de sa classe dans un match que beaucoup considèrent comme le plus grand de sa carrière. À Fortaleza, ce 17 juin 2014, Neymar et les siens vont buter sur un Memo en état de grâce, multipliant les réflexes miraculeux et élu homme du match (0-0). À la suite de cela, le Mexique sort des poules mais échoue comme à son habitude avant le « quinto partido » face aux Pays-Bas avec encore un grand match d’Ochoa. Au sortir du Mondial, l’avenir s’annonce radieux pour Memo qui est libre de s’engager où il veut et alors qu’il vient de briller sous les yeux du monde entier.

Le 17 juillet 2014, lors de la 2ème journée de la phase de groupes du Mondial brésilien, Guillermo Ochoa réalise le plus grand match de sa carrière en permettant au Mexique d’obtenir un match nul inespéré face au favori de la compétition. (Crédit photo : AS México)

Malheureusement, aucune offre concrète d’un grand club européen n’arrive sur la table. Et quand le costaricien Keylor Navas signe au Real Madrid, Guillermo d’Ochoa n’a d’autre choix que de signer à Malaga, équipe du milieu de tableau en Liga. Arrivant d’un club comme Ajaccio, on peut cependant penser qu’il s’agit d’une progression pour le mexicain. Mais là encore, le sort s’acharne puisque l’entraineur andalou lui préfère le camerounais Carlos Kameni et Ochoa est cantonné au rôle de deuxième gardien, à tel point qu’il devra attendre le mois de décembre 2014, plus de 4 mois après son arrivée, pour faire ses débuts avec son nouveau club à l’occasion d’un match de coupe.

Ainsi, durant deux ans, Ochoa va vivre un calvaire en Espagne jusqu’à ce qu’il soit prêté à Grenade pour la saison 2016/2017. Titulaire indiscutable et pilier de son équipe, il ne peut éviter la descente en deuxième division malgré ses nombreuses bonnes performances, handicapé par une défense fantomatique. En fin de contrat à Malaga, Ochoa est de nouveau libre à l’intersaison 2017, et à 32 ans, il signe au Standard de Liège en Belgique. On se dit que sa chance est passée, mais l’été dernier, après une bonne saison en Jupiler Pro League suivie d’une deuxième Coupe du Monde enchaînée comme titulaire et marquée par une victoire face à l’Allemagne, le Napoli s’intéresse à Memo Ochoa et rentre en discussion avec ses représentants.

On se dit qu’il tient enfin sa revanche, mais hélas, une fois de plus, la malchance s’en mêle et devant son statut d’extracommunautaire, le club italien préfère se rabattre sur David Ospina. Après une ultime saison en Belgique, Guillermo Ochoa s’est donc décidé à laisser son rêve européen pour revenir dans son club de toujours et trouver l’amour et le réconfort, loin des désillusions du vieux Continent.

Une légende chez lui

Cependant, il faut garder en tête que « nul n’est prophète en son pays ». Ainsi, Memo Ochoa a également dû faire face à de nombreuses critiques au Mexique dans ses moments de méforme. Il a connu des moments très difficiles comme la défaite 7-0 face au Chili lors de la Copa America 2016 pour laquelle il a en partie été tenu responsable. Si ces critiques existent et que les mexicains ont été durs avec lui c’est parce qu’ils fondaient énormément d’espoirs en son talent et le voyaient faire carrière dans les plus grands clubs européens pour placer le Mexique sur le devant de la scène. Les experts mexicains ne le considèrent d’ailleurs même pas comme le plus grand gardien mexicain de l’histoire, l’empreinte du mythique Jorge Campos est encore très présente.

Bien évidemment, malgré ses désillusions européennes, Guillermo Ochoa n’en reste pas moins globalement très apprécié au Mexique, une idole pour certains, et particulièrement à Mexico ou les fans de l’América ont fait de lui une véritable légende. Après les avoir fait rêver pendant plus de 6 ans dans leur club, Memo s’est mué plusieurs fois en héros avec la sélection aztèque, notamment lors des Coupes du Monde 2014 et 2018 ou lors de la dernière Gold Cup cet été remportée par le Mexique et dont il a été élu meilleur gardien.

Guillermo Ochoa après la finale de la Gold Cup 2019 remportée par le Mexique face aux Etats-Unis, portant son trophée de meilleur gardien de la compétition à la main et le drapeau tricolore fièrement sur son dos. (Crédit photo : AS México)

Au vu de son parcours et des circonstances évoquées plus haut, c’est une évidence de dire que la carrière de Guillermo Ochoa aurait pu (dû ?) être plus prestigieuse. Une carrière faite d’occasions manquées, certes, mais une carrière riche en émotions et en rebondissements qui lui aura permis d’entrer dans le cœur de millions de mexicains et de fans de football dans le monde entier. Alors, à l’heure où il fait son retour chez lui, dans le club qui l’a vu éclore, profitons simplement des dernières parades réflexes que Memo voudra encore bien nous offrir pendant, on l’espère, encore de longues années, à commencer peut-être dès ce samedi face aux Tigres d’André-Pierre Gignac.