À huit mois de la Coupe du Monde, le match entre le Paris FC et les Girondines de Bordeaux, comptant pour la 8ème journée de championnat, était l’occasion de voir ce qui se passe côté tribunes. Rencontre avec Michèle 86 ans, dont la passion pour le foot féminin s’est déclarée à 86 ans.

Entre l’Autoroute A6, l’hippodrome de Ris-Orangis, le bois de la Garenne et le bois Toquet. Ou RER D direction Melun, arrêt Evry Courcouronnes. Puis bus 401, arrêt Cimetière. Ici trône le stade Robert Bobin.

Ce stade de l’inutile, comme l’avait appelé Guy Roux, du nom d’un ancien spécialiste du triple saut devenu président de la Fédération Française d’Athlétisme, est l’antre des filles de Juvisy depuis 2011. Il est resté celui du Paris FC depuis que les deux clubs ont fusionné à l’été 2017.
Une arène de 21 500 places, 5ème stade d’Ile de France, construit en 1993 pour les Jeux de la Francophonie.

Et samedi dernier, pour ce match de la 8ème journée de championnat entre le Paris FC et les Girondines de Bordeaux, deux prétendantes sérieuses à la troisième place, dans les gradins ouverts aux quatre vents, 100 personnes maximum. 120 si l’on compte le kop bordelais.

Au stade Robert Bobin, pour ce match entre le Paris FC et les Girondines de Bordeaux, ce n’est pas la foule des grands jours

À huit mois de la Coupe du monde en France, c’est maigre. En tribunes, quelques grappes d’enfants, drapeau du Paris FC à la main,  encouragent leurs héroïnes. Des jeunes hurlent « Elisaaaa !! Elisaaaaa !! » ils ont l’âge d’Elisa de Almeida, ils doivent la connaître.

“Le foot féminin est gracieux”

Et puis ce couple. Elle a 86 ans, son mari autant. Emmitouflés dans une doudoune et une écharpe bleue, ils sont arrivés en avance, se sont assis sur leur petit coussin, et suivent l’évolution des hostilités entre Parisiennes et Girondines. Ils sont passionnés de foot féminin. Elle surtout. Michèle.

Elle l’a découvert en zappant, un jour, à la télé. Il y a dix ans, peut-être. Un peu moins sans doute, car le coup de foudre, c’est Eugénie le Sommer qui lui a refilé. Elle est restée scotchée devant cette joueuse « endurante, vive, qui a l’instinct de la buteuse ». Et la passion ne l’a plus quittée. Elle a entraîné son mari, qui n’en revient pas qu’à plus de 70 ans, sa femme, qu’il avait désespérément tenté de traîner sur les pelouses de foot des années durant, se convertisse finalement au ballon rond, mais joué par les nanas. À mi-temps, quelques questions : Pourquoi le foot féminin ?

« Parce que c’est gracieux. Parce que les filles ne font pas de cinéma. Parce qu’elles ne sont pas là à faire semblant de tomber, se tordre de douleur. Pas comme les garçons ».

Entre le foot masculin et la comédie, parfois la frontière n’est pas si claire selon Michèle (crédit : Sans limites)

– Un mot pour qualifier le foot féminin ?

« Génial »

– Qu’est-ce que vous aimeriez dire à ceux qui ne connaissent pas encore ?

« Essayez au moins une fois, vous verrez. C’est passionnant. »

– Où serez-vous du 7 juin au 7 juillet prochain ?

« Mon gendre m’a promis de m’emmener au stade. Les autres matchs, je les regarderai à la télé. J’ai 86 ans, quand même ».

Une joueuse préférée ? Pas de joueuse préférée. Mais les noms de Thomis, Abily, Le Sommer, Bouhaddi, Thiney reviennent souvent dans sa bouche. Un message particulier ? « Plus de foot féminin à la télé ! Je regarde souvent l’émission de Pascal Praud, il ne parle jamais de foot féminin. Le foot féminin est trop délaissé ».

“Ceux qui portent un maillot rouge sont nuls”

Michèle passe un samedi sur deux à Bondoufle, fidèle parmi les fidèles. Il s’en compte peu. Deux semaines auparavant, face à Rodez, ils étaient encore moins nombreux.
Rodez est une belle équipe, dit-elle, très beau match. Mais il n’y avait personne. Sur le foot masculin, elle a une théorie infaillible : ceux qui portent un maillot rouge sont nuls. Nîmes, Rennes, Monaco. Tous nuls. Imparable.

Au coup de sifflet final, Michèle et son mari se lèvent promptement, satisfaits de la prestation parisienne, déçus de la faible opposition bordelaise. Car cet après-midi-là, le spectacle était au rendez-vous. Victoire parisienne 5 – 0, des buts de la première à la dernière minute avec Linda Sällström en ouverture et fermeture (1-0, 1’ et 5-0, 93’), la virevoltante Mathilde Bourdieu auteur de deux belles réalisations (2-0, 14’ et 3-0, 35’) et la capitaine Gaëtane, qui, la veille de ses 33 ans a gratifié les 120 supporters d’une somptueuse frappe, de l’extérieur de la surface (4-0, 57’).

Le Paris FC se hisse à la troisième place du classement, à 14 points, avec trois points d’avance sur les Bordelaises (4èmes) et 8 points derrière le PSG. C’était comme l’a dit Michèle : gracieux, engagé, franc.

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