Beaucoup d’amoureux du ballon rond connaissent le club de Millwall. Un club qui fait partie de l’histoire du football anglais non pas grâce à ses performances, son palmarès ou pour ses joueurs mais plutôt à cause de ce qu’il se passe dans les tribunes lorsque les Lions jouent.

Comment peut-on expliquer qu’un club soit presque uniquement connu pour le hooliganisme ? La réponse est à aller chercher dans une série interminable de faits divers, un amour sans pareil de la violence et une rivalité féroce avec les autres groupes extrêmes de Londres, mais pas seulement. Retour sur ce qui fait de Millwall un club unique en son genre.

Un club qui n’a jamais connu la gloire

La renommée de Millwall peut surprendre au premier regard puisque le club n’a jamais été une grande équipe. Habitués aux divisions inférieures, les Lions ont évolué pendant 89 saisons entre la deuxième et la quatrième division.

Deux fois seulement, le club londonien a pu goûter aux pelouses de l’élite, en 1988/1989 et 1989/1990, emmené par le légendaire buteur Teddy Sheringham. Auteur de 93 buts pour les Lions de 1983 à 1991, Sheringham évoluera ensuite à Tottenham et Manchester United et même chez le grand rival de West Ham United, pour porter à 51 reprises le maillot des Three Lions.

Si l’international anglais fait partie intégrante de l’histoire du club, il est le seul joueur passé par Millwall à faire partie de l’English Football Hall of Fame, une distinction qui récompense et célèbre les plus grands joueurs de l’histoire du football anglais.

Les supporters ont quand même pu voir évoluer de grands joueurs au sein du stade mythique du club : le Den, comme Gordon Hill dans les années 1970 qui jouera ensuite une centaine de matchs pour Manchester United et 6 pour les Three Lions, Sam Allardyce dans les années 1980 qui s’illustrera surtout en tant qu’entraîneur, Neil Harris dans les années 2000, mais surtout la légende australienne Tim Cahill qui, après plus de 200 matchs à Millwall, explosera à Everton.

Tim Cahill (à gauche) et Neil Harris (à droite), deux légendes de Millwall (Crédit Photo :
South London Press)

Everton, ce même club contre lequel les Lions ont réalisé l’exploit le 26 janvier dernier au quatrième tour de la FA Cup en arrachant la victoire 3-2 dans les arrêts de jeu. C’est en effet en coupe nationale que le club a su connaître ses seules périodes d’euphorie, comme en 2004. Le club réalise un parcours fabuleux cette année-là en se défaisant de Burnley et de Sunderland et arrive jusqu’en finale, où les Lions se font logiquement battre par un Manchester United poussé par Ruud Van Nistelrooy, sur le score de 3-0.

Mais ces exploits n’ont pas rempli la galerie des trophées du club qui sonne creuse. Les seuls succès de Millwall sont une victoire en D4 en 1962, en D3 en 2001 et en D2 en 1988. À part ça, le néant. Et ce n’est pas cette année que ça va s’arranger. Si les Lions ont créé la sensation avant-hier en gagnant contre le quatrième de Championship West Bromwich Albion sur le score de 2-0, le club lutte difficilement pour le maintien en étant vingtième du championnat, un petit point au-dessus de la zone de relégation.

Un vrai stade à l’anglaise (Crédit Twitter : @Chaproninho)

Hooliganisme et violence

Alors que le hooliganisme a déjà mauvaise réputation en Angleterre, les supporters de Millwall ont su, par plusieurs manières, lui donner ses lettres de noblesse.

Le hooliganisme commence dès les années 1930/1940 avec des bagarres nombreuses dans les tribunes, des arbitres qui sont attaqués. La tradition se transfère de père en fils et en 1972 est créé le célèbre groupe des Bushwackers, surnom qui peut se référer à celui donné à des brigands lors de la Guerre de Sécession ou au nom du super-vilain de l’univers Marvel.

La devise des Bushwackers est claire et significative : « No one likes us, we don’t care » (Personne ne nous aime, on s’en fout). Les hooligans l’ont fait comprendre à tout le monde, ils ne sont pas là pour se faire des amis, loin de là…

Un slogan on ne peut plus clair, net et précis (Crédit Photo : The Independent)

Mais avec les Bushwackers, la violence va plus loin que de simples scènes de bagarre typiques des tribunes anglaises des années 1970/1980. Cette violence s’ancre totalement dans la vie du club qui est menacé de fermer au début des années 1980 à cause des échauffourées trop récurrentes, aux remboursements coûteux.

Si les drames d’Helsey et d’Hillsborough calment le hooliganisme pendant les années 1990, il reprend de plus belle dans les années 2000. En 2002, alors que le club de Millwall vient de se faire éliminer par Birmingham lors des Play-Offs de Championship, les fans deviennent fous et saccagent la ville de Birmingham. Score : 1-0. Résultat : des policiers tabassés, blessés, des voitures brûlées et sacagées, et la terreur qui s’est emparée de la ville le temps d’une soirée.

En 2019, un fan d’Everton se retrouve sérieusement entaillé après avoir été molesté par des hooligans de Millwall. En 2018, lors du match entre les Lions et Nottingham Forest, un supporter de Nottingham trouve la mort. La BBC reporte ainsi les dires de son assassin : « Lewis, 50 ans, a dit qu’il a usé de violence contre Mr O’Donnell car ce dernier répétait « West Ham » devant lui »

Andrew Lewis (à gauche), l’auteur présumé du meurtre de Paul O’Donnell (à droite) (Crédit Photo : Newslocker.com)

Pourquoi cette simple répétition « West Ham » a rendu Andrew Lewis fou de rage ? Londres et ses rivalités…

Des rivaux dans tous les coins de rue

Quand Millwall rencontre un autre club de Londres, la sécurité est renforcée. La tension à son comble. Non pour le jeu sur le terrain mais parce que tous les supporters savent que les tribunes peuvent voir rouge d’un moment à l’autre.

La première rivalité est celle avec Brentford. Les deux clubs, respectivement vingtième et quatorzième de Championship, ont eu l’occasion de s’affronter souvent ces dernières années. Mais la tension entre hooligans est beaucoup plus vieille. En 1964, des supporters des Lions jettent une grenade dans l’enceinte du Griffin Park, le stade de Brentford. On apprendra plus tard qu’elle était factice. Les bagarres entre supporters sont très fréquentes quand les deux équipes s’affrontent. Millwall s’est aussi fait des amis à Leeds United ou à Chelsea, autre club qui n’est pas gâté par la réputation de ses hooligans.

Le derby le plus bouillant est sans aucun doute celui qui oppose les Lions aux Hammers de West Ham United : le East London Derby. Un match entre deux clubs historiquement issus de la même classe sociale. Si Millwall a gagné 38 rencontres contre 34 pour West Ham, le club d’Arnautovic et Lanzini a pris le dessus depuis quelques années en devenant un membre récurrent de la Premier League alors que les Lions ont du mal à rester en D2, ce qui rend les confrontations entre les deux clubs plus rares, et donc plus chaudes.

La tension commence dès la jeunesse des deux clubs. En 1906, sont déjà relatées des scènes de bagarres. En 1976, un fan de Millwall trouve la mort en étant tombé sous un train lors d’une rixe dans une gare. Des tracts ont ensuite circulé avec la photo du supporter défunt et cette glaçante inscription : « Un fan de West Ham doit mourir la semaine prochaine pour le venger ». Le 25 août 2009, les deux clubs s’affrontent pour un match de Coupe de la Ligue. West Ham United remporte le match. Les supporters de Millwall, enragés, décident d’envahir le terrain, engendrant inévitablement des incidents. Un supporter de Millwall s’en retrouve poignardé.

Des échauffourées violentes le 25 août 2009 témoignant de cette intense rivalité… (Crédit vidéo : Youtube HSV23534564564778597)

Millwall, finalement, est un club qui a gagné trois petits trophées et s’est hissé miraculeusement en 2004 en finale de FA Cup. Une maigre histoire que le hooliganisme s’est chargé de remplir. Violences à répétitions, tensions, morts… Voilà un cocktail tout fait pour entacher un club qui peine aujourd’hui à rester en deuxième division.