Décisif lors de ses deux premiers matchs avec le PSG cette saison, Neymar retrouve peu à peu une place dans le onze de départ. Mais au-delà du terrain, son comportement interroge toujours. Joueur évidemment exceptionnel mais professionnel décrié, décryptage de l’impact réel du Brésilien en France.

Les chaleurs estivales s’estompent peu à peu, emmenant avec elles les polémiques sur le départ avorté de la star brésilienne. Pas de doute, l’été et le mercato sont bien finis et Neymar retrouve des couleurs depuis qu’il porte à nouveau celle du PSG. En deux matchs, il libère son équipe et lui offre la victoire. Au plus grand dam du CUP (Collectif Ultras Paris, NDLR) mais pour le plus grand bonheur des sponsors et autres publicitaires, la vague Neymar s’abat de nouveau sur Paris. Entre footballeur de génie, véritable panneau publicitaire ambulant et assurance majeure d’une économie fructueuse, que rapporte vraiment l’international auriverde en France depuis son arrivée ?

Sportivement, entre évidence et absence

Des performances en dents de scie. Depuis son arrivée dans la capitale, le Brésilien n’a disputé que 50% des matchs avec Paris, soit soixante sur un total de cent dix-neuf rencontres. À titre de comparaison, son taux d’absentéisme s’élevait à 30% à Santos (225 matchs joués sur 321 possibles) et 23% à Barcelone (186 matchs sur 240). Au PSG, il s’est par deux fois blessé au métatarse juste avant le début des phases à élimination directe de Ligue des Champions, ne pouvant qu’assister aux éliminations successives contre le Real Madrid et Manchester United. En Ligue 1, ses absences prolongées n’ont jamais impacté les performances parisiennes puisque le club parvient à s’adjuger sept titres nationaux sur neuf possibles. En somme, Paris n’a pas développé de « Neymar-dépendance » au niveau national mais souffre de l’absence du Brésilien sur la scène continentale.

Avec une moyenne de presque un but marqué par match, Neymar et Zlatan Ibrahimović sont les joueurs les plus efficaces de toute l’histoire de la Ligue 1 (Crédit photo : Le Parisien)

Neymar plonge, Neymar pleure, Neymar se blesse mais Neymar marque et Neymar gagne. Quand il est présent, le natif de Mogi das Cruzes est un élément à part entière sur le terrain. Depuis le début de son aventure dans la Ville Lumière et sur soixante matchs disputés, il a trouvé le chemin des filets à cinquante-trois reprises. Il présente un ratio remarquable de 0,88 but inscrit par match, soit le deuxième meilleur total du club parisien derrière Carlos Bianchi (0,89) mais devant Zlatan Ibrahimović (0,87).

Quand on rapporte ses performances au nombre de minutes jouées, il occupe à nouveau la seconde place. L’ancien joueur de Santos marque un but en moyenne toutes les quatre-vingt-dix-huit minutes, cette fois-ci plus que Bianchi (101) mais moins que Zlatan (96). Plus impressionnant encore, il présente le deuxième meilleur ratio de l’histoire de Ligue 1 avec trente-six réalisations en trente-neuf rencontres, soit un total de 0,92 but marqué par match. De quoi faire mieux qu’Oskar Rohr (0,87), ancienne gloire de Strasbourg, mais encore une fois moins bien que l’inimitable Ibra (0,94). Ces statistiques sont à toutefois à relativiser, en raison d’un nombre moins élevé de matchs disputés par Neymar.

« C’est la vie d’un footballeur professionnel, on joue rarement à 100%. »

Neymar, lucide sur son état physique (Foot Mercato)

Passé l’aspect barbant des statistiques, on se rend compte que Neymar sait marquer au bon moment et être le joueur qui débloque une situation. Si depuis son retour il a rapporté six points à lui tout seul pour Paris, le Brésilien a toujours su revêtir son costume de super-héros au bon moment. En Ligue des Champions, après une cruelle défaite contre Liverpool où Roberto Firmino offre la victoire à son équipe dans le temps additionnel (3-2), Neymar prend les choses en main et lance la saison européenne de son équipe. D’abord contre Belgrade, où il inscrit un triplé et offre les premiers points de la saison au PSG, puis prend ses responsabilités en marquant le but de la victoire contre Liverpool au retour (2-1). Un an plus tôt, il dégoutait le Bayern en délivrant une superbe passe décisive pour son coéquipier brésilien Daniel Alves dès la deuxième minute avant de parachever son oeuvre du pied droit devant une cage vide (3-0). Avec onze buts en treize matchs de C1, Neymar pourrait porter son équipe encore plus haut si son parcours n’était pas miné par les blessures.

Une exposition non négligeable

Les buts c’est bien, l’argent c’est mieux. C’est une véritable maxime pour les sponsors ou tout autres marques. Et avoir un joueur comme Neymar dans ses rangs est un avantage non négligeable. Il n’est ici pas seulement question de performances mais de capacité à vendre une marque, à porter un produit. Plus qu’un style, une attitude, une aura, un flow. Lewandowski, aussi fort soit-il, n’aura jamais la demande publicitaire d’un Pogba ou d’un Neymar. En s’associant à Nike, RedBull, Beats ou encore QNB, le Brésilien perçoit plus de 40 millions d’euros grâce aux 35 marques qui le mettent en scène. Et le prix est (presque) justifié, avec 230 millions de followers sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook et Instagram cumulés), il est le deuxième sportif le plus suivi sur les réseaux sociaux derrière Cristiano Ronaldo et ses 386 millions de fans.

Même les anniversaires de la star sont sponsorisés (Crédit photo : France TV Sports)

Dès sa première année au PSG, le Brésilien déchaîne les passions et la Neymarmania fait exploser les ventes de maillots. 900 000 tuniques parisiennes vendues, dont 300 000 floqués au nom du prodige auriverde. Le club de la capitale touche environ quarante-cinq euros sur la vente d’un maillot floqué, rien qu’en 2017 Neymar aurait rapporté environ quarante millions d’euros ! Un montant qui atteint les cinquante millions en incluant les autres produits dérivés. Une manne non négligeable, même pour un club comme Paris.

Autre phénomène intéressant, la boutique officielle du PSG sur les Champs-Élysées et le mégastore du Parc des Princes ont vu leur affluence grimper de 40% entre août 2017 et août 2019. Même si une légère baisse a été enregistrée après le feuilleton de son transfert avorté à Barcelone. C’est une véritable remontada marketing que Paris enregistre grâce au Brésilien…

« On a une attractivité importante de la Ligue 1, il y a un effet Neymar incontestable, les stades se remplissent, on a beaucoup de buts. Et puis il y a une sorte de phénomène de rattrapage vis à vis des championnats européens. »

Virgile Caillet, expert en marketing sportif (France TV Infos)

La Ligue 1 bénéficie aussi d’un effet Neymar. Dès son premier match sous les couleurs parisiennes, il permet au Roudourou, l’enceinte de l’En Avant Guingamp, de battre un record d’affluence. Plus de 19 000 personnes s’étaient en effet déplacés pour assister aux premiers pas du Brésilien, qui a inscrit un but et une passe décisive pour l’occasion. À l’issue de sa première saison, le PSG enregistrait une hausse de 40 000 personnes sur toute la saison tandis que la Ligue 1 passait de 7,952 millions de spectateurs à 8,544. Indéniablement, le championnat français dispose d’un attrait beaucoup plus conséquent. Sur son territoire, comme à l’international. à l’international.

Un an après l’arrivée de l’ancien Barcelonais, la LFP signe un contrat de 1,15 milliard d’euros par an avec Mediapro, augmentant de 40% les droits télévisés sur la période 2020-2024. En février 2018, Canal+ et Kwesé offrent trente-trois millions d’euros pour diffuser la Ligue 1 en Afrique subsaharienne, soit deux cents millions sur la période de six ans établis par le contrat. Mieux encore, la plateforme de streaming DAZN a offert quatre cents quatre-vingts millions d’euros à la LFP pour diffuser la L1 au Brésil, soit une garantie de quatre-vingts millions par saison. Pas de doute, Neymar a ouvert pas mal d’appétits depuis son arrivée.

La justice et les caprices, le prix du génie

Quand on veut Neymar, on le prend avec ses qualités mais aussi avec ses défauts. Procès avec le FC Barcelone, accusation de viol, aller-retour incessants au Brésil, folles virées nocturnes dans la capitale et volonté de départ, le cas Neymar fait grand bruit dans les couloirs de la Factory. Si le retour de Leonardo aux commandes et la nouvelle politique voulu par Doha semblent avoir canalisé (pour l’instant) le joueur, on n’est pas à l’abri d’une nouvelle frasque dans les semaines ou mois à venir. Comme un certain Ronaldinho en son temps, Neymar possède autant de potentiel sur un terrain que pour s’attirer les foudres des supporters et de la direction. Mais il est à l’image de sa ville : romantique, fêtard, élégant, imprévisible et jouant avec le coeur. Comme l’ont pu l’être Javier Pastore, Ronnie ou Leonardo avant lui.

Neymar et Ronaldinho, deux Parisiens similaires pour le meilleur et pour le pire (Crédit photo : Paris Fans)

La saison à venir sera décisive pour l’avenir du Brésilien. En cas de nouvelle blessure début 2020, le Paris Saint-Germain pourrait sérieusement réfléchir à céder aux sirènes barcelonaises. Mais s’il illumine la Ville Lumière par son talent indéniable, et que par miracle le PSG dépassait enfin les quarts de finale (ou même les huitièmes pour commencer), la direction pourrait y réfléchir à deux fois avant de le vendre. Entre départ et volonté de rester, prolongation ou transfert, blessure ou coup de génie, l’avenir de l’ex-prodige de Santos n’est que spéculation et il faudra encore attendre quelques mois avant de savoir si Neymar est l’homme qui portera enfin Paris vers de nouveaux horizons.