Le mercato vient de fermer ses portes et le feuilleton concernant le départ de l’attaquant brésilien Neymar touche à sa fin. S’il est trop tôt pour savoir quelle forme prendra son aventure à Paris, il est possible de tirer plusieurs conclusions.

C’est la fin de la telenovela de l’été. Après plusieurs dizaines d’épisodes, de revirements de situation, de suspense et d’émotions, Neymar portera bien le maillot du PSG cette saison. Et c’est un nouveau feuilleton qui débute, celui de la réconciliation. Alors que certains supporters parisiens réclamaient ouvertement son départ au Barça, l’international auriverde n’est plus le chouchou du Parc des Princes. Ni celui de Leonardo, avec qui les relations sont plus que tendues. Le remariage de raison semble possible et sa réussite passera sûrement par de bonnes performances sur le terrain. Si beaucoup de questions sont aujourd’hui sans réponses, il est possible de tirer les premières conclusions d’un mercato inédit. Décryptage des enjeux du cas Neymar.

Leonardo, grand gagnant de l’été

Leonardo a encore fait du Leonardo. Le Brésilien est revenu cet été au poste de directeur sportif du PSG, qu’il avait déjà occupé à Paris entre 2011 et 2013. Depuis les échecs Patrick Kluivert et Antero Henrique, il manquait une voix au club de la capitale et Leonardo a prouvé qu’il était l’homme de la situation. Déjà, en tant que joueur, l’ancienne vedette du PSG savait manier les mots. Ayant toujours refusé d’avoir un agent, il négociait ses contrats, prolongations et transferts lui-même. Une vingtaine d’années plus tard, rien n’a changé. Leo revient avec une ligne de conduite stricte, qu’il compte appliquer coûte que coûte. Exit les comportements de star, les traitements de faveurs et autres dérives. Peu importe le prix d’un joueur, seul ceux qui mouilleront le maillot seront titulaires.

Leonardo n’a jamais cédé Neymar, estimant l’offre du Barça inférieure à la valeur du joueur. Il apparaît aujourd’hui comme le gagnant de ce long bras de fer (Crédit photo : Foot Légendes)

Dès le mois de juin, Nasser Al-Khelaïfi annonçait la couleur dans les colonnes de France Football : « Je ne veux plus voir de comportement de stars, [Neymar] personne ne l’a obligé à signer ici ». La bombe est lâchée : en cas d’offre intéressante, le Brésilien ne sera pas retenu. Plus de deux mois se sont écoulés et cette offre n’est jamais arrivée. Du moins, pas comme la direction parisienne l’espérait.

Pendant ce laps de temps, Leonardo et le PSG ont parfaitement su gérer leur communication. Très tôt, Thomas Tuchel parle et évoque un intérêt de Barcelone pour son attaquant star. Peu de temps après, le club communique sur le retard de Neymar à l’entraînement. Et le PSG garde cette ligne de conduite tout l’été. Franchise et transparence.

« Neymar peut quitter le PSG, s’il y a une offre qui convient à tout le monde. »

L’entraîneur du PSG Thomas Tuchel n’a jamais caché les envies de départ du Brésilien. Une communication signée Leonardo. (10 Sport)

Prêt, échange de joueurs ou paiements échelonnés. Tous les scénarios ont été évoqués dans la presse. Mais le PSG demandait une somme d’argent cash, à régler tout de suite. Depuis son rachat par le Qatar, Paris traîne cette image de nouveau riche, prêt à surpayer un joueur pour qu’il porte ses couleurs. Très peu crédible sur le mercato, le club de la capitale tient à changer cela. Si un joueur ne veut pas signer, hors de question de rajouter des zéros à son salaire. Et si un autre club veut un joueur, il paye comme tout le monde. Personne n’est plus grand que l’institution et Neymar en a fait les frais. Leonardo a fait ce qu’il fait de mieux : distiller des informations avec beaucoup de calme, afficher un sourire serein en conférence de presse et garder le cap voulu par le club. Barcelone et consorts sont prévenus. Leo tient à imposer durablement son club dans la cour des grands.

Paris, Barça, et si c’était mieux comme ça ?

Neymar à Barcelone, aux côtés de Messi, Suárez, Dembélé et Griezmann. La perspective est belle mais le football moderne fonctionne rarement grâce à l’addition des talents. Dans un secteur offensif surdensifié, l’une de ses stars mondiales aurait forcément été sur le banc. Lionel Messi possède un profil similaire à celui du Brésilien. En véritable électron libre, il aime dézoner et faire parler ses talents innés de dribbleurs en un contre un. Luis Suárez est intouchable dans son rôle de numéro 9 et Antoine Griezmann semble s’adapter très rapidement au jeu blaugrana (auteur de deux buts et une passe décisive en trois matchs).

Sans parler d’Ousmane Dembélé, venu justement remplacer Neymar en 2017, qui se contenterait alors de jouer les seconds couteaux si le génie brésilien était revenu. Un équilibre qui semble fonctionner malgré un début de saison en dents de scie avec seulement quatre points pris sur les trois premières journées de Liga. Les talents des quatre Barcelonais sont complémentaires, l’arrivée de l’ancien capitaine du Brésil pourrait mettre à mal cet équilibre.

Reverra-t-on un jour la fameuse MCN ensemble sur les terrains ? (Crédit Photo : Le Point)

Outre l’aspect sportif peu cohérent, les finances du Barça auraient pris un sacré coup avec l’arrivée du joueur brésilien. Avec un salaire net estimé à 36 millions d’euros au PSG, il coûte en réalité le double à son club en incluant les différentes charges. La masse salariale de Barcelone, qui s’élève actuellement à 562 millions d’euros par saison, est la plus élevée d’Europe. Alors que les prolongations de Messi, Rafinha et Lenglet sont dans les tuyaux, le salaire de Neymar mettrait Barcelone dans la zone rouge, et même hors des clous de la loi.

Les revenus de Barcelone sur la saison 2018/2019 sont évalués à 914 millions d’euros quand sa masse salariale représente 63% de ce budget. Avec ses ambitions pantagruéliques, le géant catalan dépasserait la barre des 70% autorisée par l’ICFC, l’instance de contrôle financier des clubs de l’UEFA. De plus, le montant du transfert aurait été étalé sur au moins deux étés. Avec les récentes arrivées de Frenkie De Jong et Antoine Griezmann, c’est avec des menottes dorées que les Azulgranas auraient abordé les prochains mercatos.

« Aujourd’hui, on a une relation qui est compliquée. Il s’est passé des choses, on cherche à les régler, à parler. »

Leonardo, après le match contre Metz le 30 août, ouvre-t-il la porte à ce fameux remariage de raison ? (Le Parisien)

De l’autre côté des Pyrénées, on peut aussi se réjouir du dénouement du dossier Neymar. Avec les récentes blessures d’Edinson Cavani et Kylian Mbappé, c’est dans le capitaine camerounais Éric-Maxim Choupo-Moting que les supporters parisiens placent leurs espoirs en attendant peut-être Mauro Icardi.

Face à Metz, Angel Di María et lui ont reçu des coups, sans gravité néanmoins. Mais avec un déplacement à Bernabéu (5ème journée de LDC, NDLR), avoir Neymar dans le onze de départ pourrait sacrément faire la différence. Suspendu pour les 3 premiers matchs de campagne européenne, il ne sera disponible qu’à partir de la 4ème journée, lors de réception de Bruges au Parc des Princes. Si ses premières minutes sous le maillot parisien promettent d’être intense cette saison, on peut imaginer que l’attaquant brésilien se fasse pardonner sur les terrains. Kylian Mbappé est le premier à clamer haut et fort sa volonté de rejouer avec Ney et le vestiaire attend son retour. Avec une saison pleine, sans blessure et des résultats en Europe, le Roi pourrait bien retrouver le chemin du cœur des fans. Et ce n’est pas un certain Marco Verratti qui dira le contraire.

Neymar, un terrible aveu de fragilité

Finalement, celui qui a déclenché ce tremblement de terre est peut être celui qui s’en sort le moins bien. En misant sur le pourrissement de la situation et se murant dans un long mutisme, Neymar n’a jamais cherché a éteindre l’incendie qu’il a allumé. Lors d’une interview pour Oh My Goal, Neymar évoquait la remontada comme son “meilleur souvenir“, terminant au passage de consommer sa rupture avec les Parisiens. Deux ans plus tôt, il utilise le même procédé pour rallier la capitale française, ne s’adressant aux fans qu’après l’officialisation du transfert.

En comparaison, Kylian Mbappé, à seulement vingt ans, se balade en interview et assume ses paroles. Son projet de partir au Real dans un avenir plus au moins proche, sa volonté d’avoir plus de responsabilités au sein du PSG, le prodige de Bondy est transparent. Il apparaît inconcevable qu’un joueur de la dimension de Neymar présente une communication aussi désastreuse. Mais il est aussi révélateur d’un entourage pas toujours de bons conseils.

« Il y a deux moments : notre victoire aux Jeux Olympiques avec le Brésil (en 2016) et lorsque nous avons gagné contre Paris avec Barcelone. Ce que nous avons ressenti lorsque nous avons marqué le sixième but, c’était incroyable ! C’était complètement dingue, nous étions tous fous. Je pense que c’est le meilleur souvenir pour nous tous. »

Neymar, en plein imbroglio sur son avenir, déclarait sa flamme au Barça… (Oh My Goal US)

Neymar Senior, père et agent de la star du PSG, a été en contact permanent avec Pini Zahavi pour tenter de faire revenir son fils en Catalogne. Déjà en 2013, lors de son départ de Santos, il touche plus de 40 millions de la part du Barça. Jusqu’en 2017, c’est près de 125 millions de commissions et autres bonus qui s’ajoutent à la lourde addition. À tel point que l’on s’interroge sur les capacités de l’agent à gérer une pareille carrière.

Attaquant de l’União Mogi, club de troisième division de São Paulo, Neymar Sr fait une croix sur ses rêves de gloire après un accident de voiture. Quand la carrière de son fils décolle véritablement, il revît ses ambitions par procuration. Peu battant, il envisage un transfert à chaque difficulté. D’abord pour se sortir de l’ombre de Messi, puis parce que le projet du PSG stagne. Si son avenir en tant qu’agent n’est nullement remis en cause, son influence et ses choix sur l’avenir de son fils le sont bels et bien.

Dès que Neymar renfilera la tunique parisienne, le moindre de ses faits et gestes seront scrutés. La saison 2 de la telenovela Neymar s’annonce passionnante (Crédit photo : LCI)

À vingt-sept ans, on ne présente plus les qualités évidentes de Neymar. Capable de faire la différence dans un match, il est un atout majeur pour celui qui l’a dans son équipe. Mais comme un certain Ronaldinho en son temps, il n’a pas le professionnalisme voulu par ses dirigeants. Adepte des folles soirées parisiennes, son hygiène de vie impacte systématiquement sa deuxième partie de saison depuis son arrivée à Paris. Et même si le staff médical parisien peut être pointé du doigt, les choix de vie du Brésilien interrogent. Cette année, il a sûrement tourné plus de spots publicitaires qu’il n’a joué de matchs. Les années passent et ses rêves de Ballon d’Or s’éloignent, balayés par son manque de sérieux. À Barcelone comme à Paris, il a déçu ses supporters et ses dirigeants. Reste à savoir si Ney peut encore remonter la pente et faire oublier cet été chaotique.