Fondé en 1921, le Nogometni Klub Domžale est une valeure sûre du championnat de Slovénie. Après moultes péripéties, le club jaune et bleu puise avec succès pour trouver les futurs talents du pays. Une philosophie assumée afin d’aborder aisément un avenir européen.

C’est le pays de Bostjan Cesar, Valter Birsa, Josip Iličić et Samir Handanovic. C’est aussi la nation de la nouvelle génération emmené par Kevin Kampl (RB Leipzig), René Khrin (FC Nantes), Robert Beric (AS Saint-Etienne) et la star de l’Atletico Madrid Jan Oblak. Depuis son indépendance en 1991, suite à l’éclatement de la Yougoslavie, la Slovénie a toujours formé de bons joueurs. Ces derniers sont globalement passé par le NK Domžale (prononcez Domjaler, NDLR), réputé comme le meilleur centre de formation du pays, malgré son aura insuffisante comparé aux deux équipes jugées les plus fortes, l’Olimpija Ljubljana et le NK Maribor. Un paradoxe.

Une ambiance familiale

Quand on arrive au centre d’entraînement du Kopaliska Ulica, dans un soleil naissant, on ressent une ambiance conviviale digne d’une affiche de Coupe de France. Pourtant, ce n’est qu’un entraînement. Quelques personnes dans les travées sont présentes mais l’ambiance est là pour soutenir les U15 du club. En cette matinée d’octobre, le NK Domžale affrontait Komenda. Victoire écrasante des jaunes et bleus 6-0. Chaque but est salué chaleureusement par le public. Sur le terrain d’à-côté, séparé seulement par les deux bancs de touches, on peut apercevoir les U17 se préparer avant le décrassage matinal du jour. Tout est à proximité : la mini-patinoire, le terrain de basket de l’Helios Domžale, le parking immense qui s’étend sur les deux pelouses, les gradins du terrain d’entraînement … Et le Stadion Domžale, antre du NK, vide, placé juste à côté du Parc en traversant la rue. Même si le pays a récemment remporté le championnat d’Europe de basket, le football reste très populaire en Slovénie. On le sent directement. Le championnat d’Europe de Futsal, qui s’est déroulé en janvier et février dernier, a été organisé sur leurs terres. Transcendés par un public acquis à leur cause, la Slovénie sortira d’un groupe relevé avec la Serbie et l’Italie pour se faire sortir 0-2 par la Russie en quarts de finale. Pas de doute, à Domžale, on y respire le football à sa manière. Ici, on prépare l’avenir doucement mais sûrement.

L’entrée des joueurs au stadion Domžale 

Un (début) d’ADN européen

Lors des barrages de l’Europa League à l’été 2017, l’Europe du football a découvert ce petit poucet affronter l’Olympique de Marseille. Dans une affiche déséquilibrée, Domžale tient pourtant tête à « domicile » face aux Phocéens (1-1) après avoir ouvert le score au Stadion Stožice de Ljubljana. Le Parc des Sports de Domžale (2813 places) étant jugé trop petit pour accueillir une affiche européenne, comparé à l’écrin de la capitale – composé de 16 000 places – où l’équipe nationale effectue ses matchs amicaux. Si beaucoup craignaient (ou espéraient) un scénario digne d’un Maribor/OL en 1999 ou celui des tchèques du Mlada Boleslav qui réalisaient l’impensable au premier tour de la Coupe de l’UEFA face aux mêmes marseillais en 2006/2007, la logique a finalement été respecté. Domžale s’inclinant fort logiquement 3-0 au stade Orange Vélodrome face aux futurs vice-champions d’Europe. Le club slovène s’est fait un nom le temps d’un été et permet, comme souvent à certains joueurs intéressants, de s’envoler vers le graal d’un football plus occidental. C’est le cas de Jan Repas, recruté par le Stade Malherbe Caen pour 1 million d’euros, et jugé comme l’une des plus grandes promesses du football triglav. Au total, il aura marqué 8 buts et 6 passes décisives en 59 matchs disputés pour son club formateur.

Jan Repas flambait déjà avec le NK Domžale en 2016

(Crédit vidéo : Prva liga Telekom Slovenije)

Spécialiste de la formation

Dans un pays de deux millions d’habitants, difficile pour les clubs slovènes de compter sur le brassage monétaire des droits TV ou le sponsoring pour se développer. Domžale est typiquement dans ce cas précis. Et depuis son retour dans l’élite en 2002 après plusieurs ascenseurs effectués, le club fondateur du premier championnat de Slovénie – la PrvaLiga Telekom Slovenije – adopte une philosophie de recrutement et de formation de jeunes joueurs de la région. Situé à seulement 14 km à l’ouest de la capitale Ljubljana, le NK Domžale ne lambine pas sur les moyens et recrute à partir de 6 ans. Ensuite, vient la sélection de ces jeunes.

Quand les U17 adhèrent au projet de jeu du club

Domžale coopère avec l’ensemble des écoles primaires pour construire des programmes spécifiques visant à développer leurs talents. Mais l’accent est toujours mis sur la passion. « De 8 à 15 ans, notre programme est un petit peu plus sérieux pour les jeunes. Nous croyons en eux. Quand ils sont plus petits, c’est plus du plaisir qu’autre chose. Ils doivent d’abord aimer le jeu et les valeurs que le football véhicule » explique Ante Bratić, entraîneur des U17 du NK Domžale. « À partir de 15 ans, nous intégrons ces programmes spécifiques à nos jeunes basés sur un jeu offensif via l’Académie de football » conclut-il. Chaque année, un ou deux joueurs du centre débute avec l’équipe professionnelle. Parmi les jeunes de cette catégorie, cinq d’entre eux jouent avec les U17 Slovènes. La spécificité de Domžale.

Ante Bratić nous explique la philosophie de jeu du NK Domžale

Grâce à ce système, Domžale récupère de l’argent pour permettre d’investir dans de nouvelles infrastructures plus modernes et d’augmenter la qualité de la formation. Mais le renouveau du club a été aussi amorcée avec Simon Rožman. Ce jeune coach de 35 ans a redoré le blason du NK Domžale en seulement deux saisons avec un jeu très offensif, marque de fabrique du club, et la confiance donnée aux jeunes pousses. Résultat, Domžale deviendra la meilleure attaque du championnat en 2016-2017 avec 63 buts inscrits et remportera même la Coupe de Slovénie après six ans sans titre. À l’instar de Julian Nagelsmann à Hoffenheim, Rožman prône le football champagne et les spectateurs ne sont pas déçus. Lors de son intronisation, l’ancien de Celje avait assumé : « Ne vous inquiétez pas, avec moi vous n’allez pas nous ennuyer ! Vous connaissez ma réputation ». Il dira même après la double confrontation face à l’OM : « La valeur de Germain représente notre budget sur 5 ans ». C’est dit.

Seulement le big three ?

Malgré le manque de poids économique, le NK Domžale part sur des bases saines et solides pour envisager l’avenir sereinement. La formation est l’axe fort du projet du double vainqueur du championnat (2007 et 2008) avec une moyenne d’âge de 25,6 ans au sein de l’effectif actuel. Néanmoins, leur faiblesse au palmarès joue en leur defaveur quand il s’agit de choisir les deux valeurs fortes de Prva Liga. En Slovénie, on n’hésite pas une seule seconde : on choisi l’Olimpija Ljubljana, équipe de la capitale, et le NK Maribor, club qui fait remonter des souvenirs douloureux à l’Olympique Lyonnais. Effectivement, ces deux équipes se haïssent même du temps de la Yougoslavie. « Ils sont rivaux de longue date. Cela date d’avant la disparition de la Yougoslavie et ça perdure encore aujourd’hui » témoigne Janez Golja, sportif slovène de 22 ans. Le football slovène repose sur cette rivalité pour se faire connaître. Et depuis le retour au premier plan de l’Olimpija en 2009 – après avoir été retrogradé en quatrième division pour raisons budgétaires en 2005, Maribor écrase les derbys avec 23 victoires au compteur contre … 7 pour Ljubljana ! Face à la montée grandissante de Domžale, notamment sur le plan européen, le débat est revenu sur la table. Concrètement, s’il a généré plus de 4,5 millions d’euros de résultat net grâce à la vente/prêts de joueurs, le NK a laissé des plumes en championnat en privilégiant la Coupe d’Europe. Culturellement, le « Clasico local » continue d’opposer l’Olimpija au Maribor mais la donne risque bien de changer dans les années à venir. Domžale est actuellement … 5ème de Prva Liga à 14 points du leader Maribor.

Domžale, loin du compte

(crédit twitter : @PrvaLigaSi)

Jan Mlakar, meilleur espoir masculin

Cette confiance assumée et rendue sur le terrain, Domžale est maintenant catalogué comme le meilleur centre de formation par les spécialistes du football slovène au pays. Benjamin Sečko (attaquant), Filip Ostajić (ailier) et Tomaž Kepic sont d’ailleurs cités par Ante Bratić parmi les joueurs ayant le plus gros potentiel de son effectif. Cependant, outre l’exemple de Jan Repas, parti comme une promesse dans l’Hexagone mais qui peine à confirmer sous le maillot normand, celui de Jan Mlakar est très intéressant. Formé par Domžale, cet attaquant d’1m83 capable de jouer en pivot est un pur talent du club, mais qui se résoudra malheureusement à le vendre très jeune à la Fiorentina en 2015 pour la somme record d’un million d’euros. Mlakar était courtisé par de nombreuses écuries européennes. Malgré un temps d’adaptation, ce véritable goleador va s’imposer chez les jeunes de la Viola en scorant à 17 reprises en 2016/2017 et en devenant même le capitaine de la Primavera à 15 ans seulement.

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Jan Mlakar, l’ex-prodige de Domžale parti tôt à la Fiorentina

(Crédit photo : Tuttomercatoweb)

Joueur complet, rapide et dribbleur, Mlakar débutera en équipe première en remplaçant … Josip Iličić, son compatriote ! Mais la concurrence trop forte de Giovani Simeone et Federico Chiesa l’oblige à rentrer au pays … à Maribor. Jan Mlakar signe libre pour quatre ans et demi en janvier 2018 et va renaître de ses cendres. Aujourd’hui âgé de 19 ans, l’international slovène U21 a déja marqué sept fois pour deux passes décisives en douze rencontres de PrvaLiga. Sa valeur a depuis augmenté. En France, on a Kylian Mbappé. En Slovénie, ils ont Jan Mlakar. Un futur grand qui devrait rester chez lui encore une saison ou deux pour s’aguerrir.

Domžale n’en est pas à sa première expérimentation. Jon Gorenc-Stankovic en est aussi la parfaite illustration. Recruté à 17 ans par le Borussia Dortmund en juillet 2014 pour 250 000 euros, le talentueux défenseur ne s’imposera pas en équipe première mais jouera pas moins de 62 matchs avec la réserve du BVB. Il partira deux ans plus tard à Huddersfield pour plus du double malgré tout. Des talents parti trop tôt qui mettent en danger leur début de carrière. Tel est le défi du NK Domžale, garder ses pépites pour construire sur la durée et remporter de nouveau un troisième championnat, dix ans après leur dernier sacre.

Jon Gorenc-Stankovic s’est fait remarquer face à l’ogre Manchester City

(Crédit Twitter : BeInSports)

La seule satisfaction pour Domžale résulte à l’idée de renforcer l’équipe nationale de Slovénie. Si la plupart joue en Europe de l’ouest, essentiellement en Allemagne et en Italie, les jeunes talents de Domžale préfèrent aujourd’hui prendre leur temps pour envisager de porter le maillot national. Matija Rom, jeune latéral droit de 19 ans, l’a bien compris pour son développement : “Domžale a démontré à maintes reprises qu’ils ont les connaissances et les conditions pour le développement des jeunes, donc je crois qu’à ce stade de ma carrière, c’est le meilleur environnement possible”. Malgré son point de vue comme quoi les Slovènes « préférent le saut à ski au football », l’ancien monégasque Alex Maraval, passé par le club en 2016, n’en reste pas moins dithyrambique dans les colonnes de So Foot il y a deux ans : « Ici, les entraînements sont sérieux, les installations sont bien. J’ai senti que j’avais tout pour progresser, et je n’ai pas hésité à signer. » Telle est la philosophie Domžale dont profitera à coup sûr l’équipe nationale de Slovénie dans les années à venir.

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