Jeudi soir à 21 heures au Stade Océane du Havre, premier quart de finale avec un alléchant Norvège-Angleterre. L’enjeu sera double pour les Nordiques avec une place en demi-finale à prendre. Mais surtout ce sera l’occasion idéale de montrer que sans Ada Hegerberg, il est possible de vaincre malgré tout.

Jeudi soir donc, la Norvège sera à 90 minutes d’une potentielle demi-finale de Coupe du monde. Face aux Anglaises d’Ellen White, les Norvégiennes seront en lice pour intégrer le dernier carré de la compétition. Pour retrouver le doux parfum du succès et son lustre d’antan. Cependant au-delà de l’enjeu, les coéquipières d’Isabell Herlovsen voudront prouver qu’il existe une vie sans Ada Hegerberg. Née à la suite d’une brouille entre la star lyonnaise et sa fédération, les secousses s’en ressentent jusqu’en équipe nationale. L’objectif est de prouver que cette Coupe du monde peut faire de la Norvège une nation renaissante de ses cendres. Sans une des meilleures joueuses de la planète, un mal pour un bien?

Norvège, précurseur du foot féminin

Les pays du Nord de l’Europe n’ont jamais fait les choses comme les autres. A une période où la pratique du football féminin n’était pas répandue, les Nordiques ont toujours montré la voie. Lorsque les températures sont plus proches de 0 degré, la pratique du sport en plein air a toujours été ardue. Toutefois, ces conditions climatiques ont permis l’émergence de salles de sport où la pratique du football était encouragée. Pour les garçons comme pour les filles.

La Norvège remporte la Coupe du monde en 1995 (Crédit photo : FIFA)

Le pays d’Eva Joly (ancienne députée des Verts, née à Oslo, NDLR) a donc été un précurseur dans la pratique du ballon rond. Réussissant la prouesse d’être plus performante avec les sections féminines que masculines. En témoigne le palmarès plus que fourni du pays et qui a commencé au début des années 90. En remportant les Jeux Olympiques (en 2000), la Coupe du monde (1995, pour la deuxième édition) ou le Championnat d’Europe (1987/1993), les Norvégiennes dominèrent le monde du football avec quantité de titres.

Norvège-Australie, quel beau match ! (Crédit vidéo : FIFA TV)

Une bien belle preuve que le pays était compétitif et tournée vers un avenir radieux. Dans ces conditions, rien de plus normal que de posséder une des meilleures joueuses de la planète. Un phare naissant et qui aurait pu mettre sa notoriété grandissante au service de son pays. Et pourtant…

Ada Hegerberg, un Ballon d’Or encombrant

Le 3 décembre dernier à Paris, un fait historique a eu lieu. En effet, l’attaquante de l’Olympique Lyonnais Ada Hegerberg a obtenu le premier Ballon d’Or de l’histoire du football féminin. Un titre personnel venu récompenser une moisson de trophées et des titres en pagaille pour la Norvégienne de 23 ans. Un merveilleux trophée pour celle qui aurait pu continuer sur sa lancée avec la compétition se déroulant en France actuellement. Au-delà de ce titre individuel venu couronner le talent d’une joueuse exceptionnelle, l’histoire aurait pu être belle.

Ada Hegerberg et son Ballon d’or (Crédit photo : Olympique et Lyonnais)

Pourtant, une des meilleures attaquantes du monde ne participe pas, volontairement, à la compétition. Pour d’obscures raisons qui lui appartiennent et une bisbille tenace entre la joueuse et sa fédération. En ce sens, la question de la non-participation de la numéro 14 lyonnaise soulève deux questions. Comme un véritable dilemme dont les tenants et aboutissants laissent un goût amer dans la bouche.

Ada Hegerberg qui se concentre sur l’Olympique lyonnais (Crédit photo : Le Parisien)

Même si les raisons de la joueuse sont compréhensibles, est-il pour autant permis de focaliser sur sa seule personne l’accaparement d’une compétition entière? Entre phrases chocs et volonté de fouler aux pieds le principe même d’un tournoi attendu par ses (ex?)coéquipières durant 4 ans. La question reste ouverte et ne permet pas de dissiper les malentendus tenaces.

L’axe du «H» Norvégien

En ce sens, en dehors du terrain, cette omniprésence d’Ada Hegerberg peut susciter incompréhension voire pire. Cependant, les Norvégiennes essayent tant bien que mal d’avancer par le jeu et pour le jeu. En ayant réussi à s’extirper du Groupe A en deuxième position avec deux victoires contre le Nigeria (3-0) et la Corée du Sud (2-1) et une défaite contre la France (2-1). Puis avec une qualification arrachée au terme des tirs aux buts face à l’Australie de Sam Kerr en huitièmes de finale (1-1 et 4-1 après les TAB).

Ingrid Hjelmseth, la gardienne norvégienne (Crédit photo : Dagbladet)

La preuve surtout que les joueuses du sélectionneur Martin Sjögren ont de la volonté à revendre. Un talent mis au service finalement du collectif et qu’incarne à merveille trois joueuses. Composées de la gardienne de 39 ans Ingrid Hjelmseth, la milieu de terrain de 24 ans Caroline Hansen et la buteuse de 31 ans, Isabell Herlovsen. Les « Gresshoppene » (surnom de la sélection NDLR) incarnent la rigueur et le sérieux. Un groupe solide et solidaire regroupé autour des trois « H » de la sélection.

Caroline Hansen (à gauche) et Isabell Herlovsen (à droite), les deux pierres angulaires de la sélection norvégienne (Crédit photo : Trond Tandberg/Getty Images)

Mobilisation générale au pays

Capables de mobiliser les troupes vers un objectif commun, sans être affectées sur le terrain de la communication. Les Norvégiennes résistent donc à tout. Cette mise en avant du football national a même réussi la gageure de souder le pays entier autour d’une cause. À l’instar du milieu de terrain international Martin Ødegaard qui n’a pas hésité à tancer vertement Ada Hegerberg.

« Tu n’as rien trouvé de mieux à faire juste avant le début du Mondial ? Elles se sont qualifiées pour notre pays. C’est une des choses les plus importantes que peut vivre un joueur de football. Et elles ont déjà reçu assez de pression négative. Ce n’est pas le moment, la sélection mérite mieux »

Martin Ødegaard, pas content d’Ada Hegerberg (LCI)

La position d’Hegerberg est donc quelque peu battue en brèche. La Norvège étant par définition où la tolérance est mise en avant et l’individualisme vue comme une tare. Dans cette optique, la Lyonnaise se prend en retour de bâtons les critiques sur son individualisme voire un égoïsme féroce.

Les absent(e)s ont toujours tort?

Finalement voir la Norvège arriver aussi haut dans la compétition ne doit pas faire perdre de vue une chose. Parfois en dépit de tout le talent que peut posséder une personnalité hors norme, le collectif prime sur tout le reste. S’il est nécessaire de donner les clés du camion à ce talent justement, l’intérêt se doit d’être global. Ce que semble avoir oubliée la joueuse qui s’affiche sur les réseaux sociaux.

« J’ai le sentiment que la Fédération n’a jamais considéré sérieusement le foot féminin depuis que j’ai été appelée en U15 »

Ada Hegerberg, pas contente de sa Fédération (Libération)

En boycottant sa sélection malgré tous les problèmes légitimes qu’elle a pu rencontrer, Ada Hegerberg a peut-être rendu une fière chandelle à sa sélection. Celle de ne pas se reposer sur ses lauriers et en impliquant toutes les joueuses dans le projet. En ce sens même loin, Hegerberg a donc indirectement renforcée la cohésion de la sélection nationale. Celle d’avoir réussi à fédérer un groupe plutôt qu’avoir mis en lumière une individualité. Même si celle-ci est une reine.