Multiples champions hier, que sont devenus nos anciennes gloires de l’Ost Deutschland ?

Une petite poignée de clubs de l’ex-Allemagne de l’Est ont connu la gloire en remportant le championnat et/ou la coupe nationale. À l’image du FC Erzgebirge Aue (ou devrais-je dire BSG Wismut Aue), les clubs de l’Est ont tous une histoire incroyable à raconter. Mais sur les 44 équipes ayant joué en DDR-Oberliga, combien ont remporté le championnat ? Quelle équipe est la plus titrée ? Laquelle a remporté le plus de coupe ? Y a t-il eu un exploit en coupe d’Europe de la part d’un club de l’Est ? Mais surtout… que sont devenus nos clubs de l’Ost Deustchland ?

Les fans de l’Union Berlin scandant le drapeaux de la République Démocratique Allemande. (Crédit photo : Berliner Zeitung)

Le contexte

De 1949 à 1990, l’Allemagne fut séparé en deux parties. Le côté West (ouest) était une République Fédérale d’Allemagne en majeure partie contrôlé par les Américains, à droite côté Ost (Est) se trouvait la République Démocratique Allemande (La fameuse DDR/Deutsche Demokratische Republik). Pendant près de quarante ans, l’Allemagne a connu deux premières divisions. La fameuse Bundesliga était à l’Ouest (+ parti Ouest de Berlin avec notamment le Hertha BSC, Tennis Borussia Berlin et SV Blau Weiss Berlin) et la DDR-Oberliga se jouait à l’Est. C’est sur ce dernier que nous parlerons aujourd’hui.

Carte de l’Allemagne à l’époque de la séparation. (Crédit image : canempechepasnicola-overblog)

La raison ? Par passion. Comment ne pas l’être face à une telle histoire. Des clubs créée au début du 20e siècle puis dissous lors de la seconde guerre mondiale pour réapparaître sous contrôle d’un état totalitaire en 1950 et encore disparaître à la tomber du mur pour, sauf exception, renaître sous un autre noms.

Die Fussballmeister

Les Fussballmeister (litérallement champions de football) de la DDR-Oberliga ne sont pas nombreux. En quarante ans et sur quarante-quatre équipes seuls 12 clubs ont soulevé le bouclier de l’Est.

Voici à quoi ressemblait le Meisterschale de la DDR-Oberliga. (Crédit image : Wikipedia)

Ce sont donc les actuels Hansa Rostock, Chemnitzer FC (1x), FSV Zwickau, Hallescher FC, Rot-Weiss Erfurt, BSG Chemie Leipzig (2x), 1.FC Magdeburg, FC Carl Zeiss Jena (3x), FC Erzgebirge Aue (5x), Vorwärts Berlin (6x), SG Dynamo Dresden (8x) et BFC Dynamo (10x) qui ont connus la gloire. Si vous êtes un jeune amateur de football n’ayant pas connu la RDA, vous devez au moins connaître les clubs de Rostock, Magdeburg et Dresden popularisé par leurs chaudes ambiances.

Die Pokalsieger

Les Pokalsieger sont les gagnants de la coupe. En DDR, elle s’appelait FDGB Pokal et ce ne sont que 15 clubs qui l’ont remporté. Parmis ceux qui n’ont jamais remporté le championnat mais qui ont remporté la Pokal, nous retrouvons le SV Dessaue (1x), SV Stahl Thale (1x), Dresdner SC (1x), FC Sachsen Leipzig (1x), 1.FC Union Berlin (1x) et le 1.FC Lokomotive Leipzig (5x).

Comme pour le championnat, la dernière édition fut remportée par le Hansa Rostock qui a donc été, avec le Dynamo Dresden, la toute première équipe de l’ex-RDA a filé dans la Bundesliga réunifiée !

Fussball Gott Magdeburg !

Le parcours européen le plus prolifique d’une équipe d’ex-Allemagne de l’Est est celui du 1.FC Magdeburg en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, saison 1973/1974. Cette ancienne coupe d’Europe appelée « C2 » réunissait, comme son nom l’indique, les vainqueurs des coupes nationales de chaque pays. Mais revenons à notre saison 73/74.

Si l’on pouvait retrouver des clubs tels que Sunderland, Bilbao, Lyon, Mönchengladbach ou encore le grand Milan AC, c’est face aux champions néerlandais du NAC Breda que les Magdeburger affrontent au premier tour (qui étaient à l’époque les seizièmes de finale). Un score nul et vierge à l’aller et une victoire 2-0 au Pays-Bas ont permis la qualification en huitième de finale.

C’est face au Banik Ostrava que le FCM va connaître un premier coup dur. Défait deux buts à zéro en République Tchèque, l’exploit à domicile au match retour était obligatoire. Et vous vous en doutez, ils l’ont fait. Devant 12 000 personnes, les bleu et blanc se sont arrachés. Un premier but sur penalty signé Wolfgang Abraham à la 30ème minute, lance le match. La seconde période fut plus compliquée pour les Magdeburger mais c’est à 6 minutes de la fin que Martin Hoffmann trouve le chemin des filets ! Les Allemands de l’Est parviennent à aller en prolongation ! Et très rapidement, à la 104ème minute, Jürgen Sparwasser marqua le troisième et dernier but de la rencontre. Score cumulé final 3-2 en faveur de Magdeburg qui se qualifia pour les quarts !

Ils ne pouvaient pas tomber sur mieux. C’est face au Hongrois du Beroe Stara Zagora que se jouera la place en demi. Victoire facile 2-0 à domicile et match nul 1-1 au retour, Magdeburg atteint les demi-finales de la coupe d’Europe.

Mais là, plus question de clubs tchèques, hongrois, nord-irlandais, maltais, roumains ou je ne sais quoi. Il ne restait que l’AC Milan, le Borussia Mönchengladbach et le Sporting Portugal. Que du lourd. C’est contre ces derniers qu’il faudra se qualifier. C’est à l’Estadio José Alvalade devant 30 000 personnes que la demi-finale commença. Si la première période fut synonyme de bras de fer, c’est en seconde que les premiers buts arrivèrent. À la 62ème minute, Jürgen Sparwasser trompa Vitor Damas et ouvra le score en faveur des Allemands. Mais devant son public, les Portugais égalisent par le biais de Manaca. Un but partout au coup de sifflet final, rien n’est joué.

Au retour à l’Erst Grube Stadion, Jack Taylor, l’arbitre anglais de la rencontre, donna le coup d’envoi devant 34 650 personnes. Et on peut dire que les buts ne se sont pas fait attendre. En effet, dès la 9ème minute, Jürgen Pommerenke ouvra le score, 1-0. Il récidiva en seconde mi-temps à la 70ème. Malgré la réduction du score de Marinho à la 78ème, Magdeburg se qualifia en finale de coupe d’Europe ! Une première pour une équipe d’Allemagne de l’Est !

Le 8 mai 1974. Au stade « De Kuip » de Rotterdam au Pays-Bas, les Fussball Götter (Dieux du football) affrontent en finale le tenant du titre… le Milan AC. C’est dans un stade vide (4 641 spectateurs) que se joua la première finale d’un équipe d’Allemagne de l’Est. La raison de cette affluence fut peut-être due à l’interdiction du gouvernement de RDA de passer la frontière avec l’Est. En effet, un mur ultra sécurisé se dressait tout le long de la frontière entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest. Il était formellement interdit de passer la frontière côté Ouest. C’est certainement ce qui priva les fans du FCM de voir leur équipe en finale face au mastodonte italien.

Sur le terrain, Magdeburg tenait la possession et se procurait même quelques occasions. Comme cette contre-attaque menée par Detlef Raugust à la 40ème minute qui tenta le centre pour Sparwasser mais Enrico Lanzi intercepta le ballon et trompa son gardien. BUT pour les Allemands ! S’en suit des tas d’occasions de part et d’autres. Une finale comme on les aime. À la 74ème, Alex Tyll récupère un ballon perdu au 25 mètres. Il enroula et centra pour Wolfgang Seguin. Une merveille de centre, un caviar. Seguin effaça Lanzi et marqua dans un angle improbable ! Deux buts à zéros pour les Allemands ! Des frappes, des superbes parades, un coup franc… Plus rien ne rentrera, Magdeburg fut sacré champion d’Europe ! Aucune autre équipe d’ex-RDA n’a eu ce privilège. Aujourd’hui, deux monuments sont fondés devant la MDCC-Arena, le stade du 1.FC Magdeburg.

Une finale extraordinaire ! (Crédit vidéo :  YouTube)

Et maintenant, où sont nos anciennes gloires ?

À jour d’aujourd’hui, aucun club de l’Est n’est en Bundesliga. Le Hertha Berlin faisait parti de l’Ouest et le RB Leipzig n’existait évidement pas. C’est en 2.Bundesliga que l’ont peut commencer à apercevoir des anciennes gloires.

Dans l’ordre du classement actuel de 2.Bundesliga, le 1.FC Union Berlin joue les premiers rôles et se bat pour la montée en première division. Ils sont actuellement troisièmes. Beaucoup plus loin derrière eux se trouve les trois autres clubs d’ex-RDA jouant en D2. Le SG Dynamo Dresden, actuellement douzième, se bat pour le maintien tout comme le FC Erzgebirge Aue et le tout récent promu 1.FC Magdeburg. Nos champions d’Europe jouent actuellement leur toute première saison de Zweite Bundesliga.

En 3.Liga, nous retrouvons les Hallescher FC, actuellement troisième, le Hansa Rostock stagne au milieu de tableau à la dixième place avec le FSV Zwickau qui lui est à la quatorzième position. Le Carl Zeiss Jena et l’Energie Cottbus sont dans la zone rouge.

Et nos Rot Weiss Erfurt, BFC Dynamo, Chemnitzer FC, Vorwärts Berlin et BSG Chemie Leipzig ?

Les trois premiers évoluent en Regionalliga Nordost, la quatrième division région nord-est. Chemnitz domine le championnat avec 51 points (dont 12 d’avance sur le deuxième) et 15 sur Erfurt, troisième. Le Dynamo Berlin, club le plus sacré d’Allemagne de l’Est avec ses 10 titres d’affilées, a fini deuxième de Regionalliga la saison dernière mais est actuellement seizième de son championnat, c’est-à-dire relégable.

Le BSG Chemie Leipzig évolue depuis cette saison en Oberliga Süd, l’actuel nom de la cinquième division allemande zone est. Ils sont actuellement deuxième du championnat et visent naturellement la montée. Seul problème, le FSV Luckenwalde ne se laissera pas faire. Le club, également relégué la saison dernière, risque de compromettre la promotion de nos doubles champions de DDR-Oberliga.

Le 1.FC Franfkurt (ex-Wörwats Berlin) de la petite ville de Frankfurt/oder, frontalière à la Pologne est le grand perdu de cette géneration. À l’époque, il s’agissait d’un club appartenant à l’armée, remportant six championnats et deux coupes. Aujourd’hui, il s’agit d’un club amateur évoluant en Brandenburger Liga, la sixième division ! Les Gelb-Rot (jaune et rouge) sont troisièmes et auront du mal à rattraper le Einheit Bernau qui compte cinq points d’avance. À noter qu’en divisions amateurs, seule la première place est synonyme de promotion.

Le 1.FC Union Berlin est en passe de monter en Bundesliga pour la première fois de son histoire! (Crédit photo : Berlier Kurier)

Chaque clubs auront donc eu une histoire passionnante. Nous reviendrons sur certaines histoires, certaines anecdotes de cette époque trop flou pour les francophones.

Rendez-vous vendredi à 16h pour un nouvel épisode de « Willkommen à » où nous iront cette fois-ci dans l’Ouest à Brême.