Après une saison galère qui l’a tout de même vu remporter la coupe de Serbie, le Partizan Belgrade retrouve les phases finales d’Europa League après une saison sans coupe d’Europe. Fort de son public fanatique, avec la légende Savo Milosevic à sa tête et le retour de l’enfant du club Lazar Markovic, le Partizan apparaît comme un solide outsider dans un groupe L à sa portée.

À l’heure de recevoir l’AZ Alkmaar demain soir, le public du Partizan vibrera à l’unisson conscient que l’Europe n’aurait jamais dû quitter l’enceinte du Stadion Partizana. C’est que le club, véritable institution dans l’histoire du football yougoslave, a un lourd passif sur la scène européenne avec vingt-deux participations à la Champions League, vingt-huit en Europa League et deux en Coupe des Coupes. Avec un effectif solide et quelques pépites prometteuses le Partizan aura des atouts à faire valoir pour affronter Astana, l’AZ Alkmaar et Manchester United.

Premier club d’Europe de l’Est à atteindre une finale européenne avec celle perdue face au Real Madrid en 1966, cela suffit pour donner au Partizan une place dans l’imaginaire des matchs de coupe d’Europe du football à papa. S’il est depuis souvent resté dans l’ombre de l’Étoile Rouge, historiquement le club de la police, le Partizan, club de l’armée, demeure une place forte du football serbe. Depuis la scission avec le Monténégro, en 2006, il a même remporté huit championnats serbes, soit trois de plus que l’ennemi honni.

Une passion démesurée

Pour comprendre cette rivalité fondatrice de l’identité du club, il suffit de voir la manière dont a été vécue l’arrivée du gardien Vladimir Stojkovic, ex de l’Étoile Rouge, qui a signé officiellement au Partizan en 2017. Menacé de mort, le colosse serbe s’était présenté au stade Marakana pour son premier match avec un tee-shirt portant l’inscription : « pardonnez-moi pour mon odieux passé ».

Cette démesure, qui fait le sel de cette rivalité, on la retrouve dans le stade du Partizan. Autrefois appelé JNA, pour Jugoslovenska narodna armija, (littéralement : le stade de l’armée yougoslave, NDLR), c’est un pan de l’histoire du football serbe. Passé de 55 000 à 32 710 places en 1998 pour répondre aux normes de l’UEFA, il demeure une des arènes privilégiées de l’équipe nationale. Une arène où dans un déluge pyrotechnique et vocal chaque adversaire se retrouve confronté à une des ambiances volcaniques dont la Serbie a le secret.

Les supporters du Partizan sont surnommés “Grobari”, en serbe “fossoyeurs” , un surnom donné par les ultras de l’Etoile Rouge car leur leur maillot ressemble à l’uniforme des employés des pompes funèbres d’antan (Crédit Vidéo : Youtube, World Of Ultras)

Ce fanatisme qui s’affiche jusque sur les murs de Belgrade se retrouve fragmenté en tribunes. Très influents, au sein même de la sphère du club, les ultras sont omniprésents au Partizan Belgrade. Certains groupes sont accusés de liens avec la mafia et de détournement de fonds à l’instar du Grobari 70. D’autres versent dans le hooliganisme comme le groupe Alcatraz et son leader obscur Dorde Prelic, co-accusé du meurtre du supporter toulousain Brice Taton en 2009. Dans ce paysage sombre, où s’entremêle bien souvent football et politique, demeure un supportérisme acharné et une ambiance extraordinaire. Malgré les divisions, tous ces ultras, attendent le retour de cette coupe d’Europe dans ce stade mythique qu’ils surnomment affectueusement, Fudbalski Hram, littéralement : le temple du football.

Et si les attentes sont énormes c’est que le club à vécu une saison 2018/2019 compliquée. Pas moins de quatre entraîneurs se sont succedés. Dès août 2018, Miroslav Djukic, ancien sélectionneur de la Serbie, quitte son poste, qu’il occupait depuis un an. Zoran Mirkovic prendra la suite. « Un choix surprenant parce qu’il n’a pas une grande carrière d’entraîneur et on a tout de suite vu ses limites » souligne Bojan Stanojevic, suiveur assidu du football serbe pour Fudbalski Hram. De fait, après une phase régulière conclue à une troisième place à plus de trente points de l’Etoile Rouge de Belgrade, il est débarqué en mars 2019. Une situation inédite. « Cela faisait une vingtaine d’années que l’on avait pas vu ça ! » rappelle Bojan Stanojevic.

Savo Milosevic, en leader pragmatique

Savo Milosevic totalise seize victoires, quatre nuls et cinq défaites en vingt-cinq rencontres à la tête du Partizan (Crédit Photo : sport.blic.rs, Aleksandar Dimitrejevic)

Puis Zarko Lazetic effectuera l’interim avant le retour sur le banc de la légende Savo Milosevic. L’ancien déménageur des surfaces est une légende du Partizan des années 1990 avec qui il gagnera deux championnats et une coupe nationale. Après sa carrière, le meilleur buteur de l’Euro 2000 devient vice-président de la fédération serbe en 2014. Il y restera cinq ans, avant donc ce retour triomphal le 28 mars 2019. Triomphal parce que Savo Milosevic a su refaire du temple du football une forteresse imprenable : en douze matchs à domicile, il est tout simplement invaincu (onze victoires et un nul).

Son bilan est plus que positif avec une moyenne de 2,08 points pris par match en vingt-cinq rencontres. Un laps de temps très court à la tête de l’équipe première qui lui a déjà permis de garnir son armoire à trophée avec une coupe de Serbie, remportée face à… l’Étoile Rouge de Belgrade. Une façon d’entrer un peu plus dans le cœur des Grobari, pour ce jeune entraîneur de quarante-quatre ans qui effectue ses premières armes en tant qu’entraîneur.

Si à l’extérieur son équipe se montre plus fébrile avec cinq défaites, trois nuls et cinq victoires en treize rencontres, cela ne l’a pas empêchée de se qualifier pour les phases finales d’Europa League. Une qualification aux forceps en écartant les Gallois de Connah’s Quay Nomads FC, le Yeni Malatyaspor et le plus sérieux Molde. Contre les Turcs et les Suédois, à chaque fois le Partizan a su, sans surprise, faire la différence à domicile.

« C’est quelqu’un de respecté pour son passé de joueur […]. Il dégage un certain charisme et une aura auprès des joueurs »

Bojan Stanojevic à propos de Savo Milosevic (Fudbalski Hram)

Meneur d’hommes, celui qui a été poussé vers le coaching par Sir Alex Ferguson a su fédérer un groupe pour Bojan Stanojevic : « C’est quelqu’un de respecté pour son passé de joueur […] Il dégage un certain charisme et une aura auprès des joueurs. Il a beaucoup insisté sur l’aspect mental […] quand on voit ce que l’équipe a été capable de proposer on se dit qu’il a beaucoup travaillé là-dessus ». Tactiquement, il se base sur un 4-2-3-1 avec en base de ce système le vétéran Vladimir Stojkovic.

Le portier est connu en France pour son passage (peu réussi) à Nantes mais il demeure une légende en Serbie avec ses 84 sélections et ses 203 matchs disputés sous les couleurs du Partizan. Une valeur sûre épaulé en défense centrale par la paire de centraux, le prometteur Strahinja Pavlovic accompagné de l’expérimenté Bojan Ostojic. Au milieu la paire de récupérateurs : Sasa Zdeljar et Aleksandar Scekic font office de lessiveuse à ballons. Devant, en dynamiteur, on retrouve l’ailier droit Zoran Tosic, passé par Manchester United et qui constitue l’homme le plus décisif sous Milosevic (impliqué dans treize buts de son équipe).

En parallèle, comme souvent, le Partizan peut compter sur l’excellence de son centre de formation. La dernière pépite en date issue de ce centre se nomme Filip Stevanovic, plus jeune joueur de l’effectif du haut de ses seize ans. Ambidextre, doté de vista, percussion, capacité à distribuer le jeu, le jeune ailier gauche est déjà auteur de trois buts en cinq matchs dont un en Europa League cette saison et constituera l’une des attractions de cette équipe.

Le retour de l’enfant prodige Lazar Markovic

Actuellement l’effectif a l’air assez solide et étoffé pour sortir des poules d’Europa League. Le mercato a vu l’arrivée de Takuma Asano d’Arsenal pour un million et Umar Sadiq en prêt de l’AS Rome. Au milieu, Bribas Naktho, récupérateur polyvalent est arrivé libre de l’Olympiakos. Un profil expérimenté qui compte une centaine d’apparitions en coupes européennes qui sera certainement précieux en Europa League. Mais la grosse sensation de ce mercato c’est surtout le retour au bercail du prodige Lazar Markovic. Rappelez vous, l’ailier gauche avait convaincu Liverpool de poser vingt-cinq millions d’euros sur la table en 2014 pour s’attacher ses services.

« Cela peut être le mariage parfait : pour le Partizan qui fais venir un joueur de grande qualité et qui a joué dans de grands clubs, et pour Markovic qui revient chez lui, dans sa maison »

Bojan Stanojevic à propos de Lazar Markovic (Fudbalski Hram)

Après un tour d’Europe jalonné d’échecs il sort d’une année blanche, ponctuée de deux matchs avec Liverpool et un match avec Fulham. Revenu libre, à vingt-cinq ans, il est encore assez jeune pour rattraper le temps perdu. Un retour win win comme l’analyse Bojan Stanojevic : « Je pense que cela peut être le mariage parfait : pour le Partizan qui fais venir un joueur de grande qualité et qui a joué dans des grands clubs et pour Markovic qui revient chez lui, dans sa maison. Il est conscient qu’il doit se relancer, et si il veut avoir une chance de retourner dans un bon club européen, cela passera par de grosses performances ici ».

Le week-end dernier, en vingt-sept minutes, il a déjà réussi ses débuts en marquant un but pour son premier match. Si il retrouve son meilleur niveau, il pourra faire très mal aux défenses de Alkmaar, Astana et Manchester United. C’est que Lazar Markovic demeure à l’image de son équipe : de belles promesses entourées d’une attente énorme, pas de doute, le temple du football est de nouveau prêt à accueillir l’Europe.