Ancien international anglais passé par Manchester United et Everton FC, Phil Neville a changé de dimension depuis 2013, année de la fin de sa carrière de joueur, pour s’imposer progressivement comme le remplaçant idéal de Mark Sampson en tant que sélectionneur de l’équipe féminine d’Angleterre.

Beaucoup de questions se posent autour du personnage en fonction depuis janvier 2018. Qu’ont montré ses expériences précédentes en tant qu’entraîneur ? Un an après sa prise de fonction, Neville a-t-il réussi à gagner la confiance du vestiaire et des supporters ? Y a-t-il eu de vrais changements avec lui ? Finalement, quel bilan peut-on tirer à quelques mois du Mondial ? Éléments de réponse ici.

Une expérience faite dans l’ombre

Phil Neville ne sort pas de nulle part, cela fait plus de 25 ans qu’il est connu des fans de football. Suivant son frère Gary Neville, il commence sa carrière à Manchester United et porte le maillot des Red Devils de 1995 à 2005 pour ensuite partir à Everton où il jouera jusqu’à sa retraite en 2013. Il évoluera dans seulement deux clubs tout au long de sa carrière pour un total de 59 sélections chez les Three Lions.

Capitaine des Toffees à partir de son arrivée dans le club rival de Liverpool FC, Neville se familiarise avec l’autorité et à la responsabilité dès sa carrière de joueur.

Neville avec le brassard de capitaine chez les Toffees (Crédit Photo : The Mirror)

Mettant un terme à sa carrière en 2013, il fait presque immédiatement ses premiers pas dans le coaching en faisant partie du staff du sélectionneur Stuart Pearce pour les Championnats d’Europe des moins de 21 ans et en travaillant sur le banc de Manchester United avec David Moyes (son ancien entraîneur à Everton) puis Ryan Giggs.

En 2015, il devient entraîneur adjoint à Valence. D’abord coachant avec Nuno Espirito Santo, il travaille ensuite avec son frère Gary Neville suite à l’éviction du portugais fin novembre 2015. L’aventure des deux-frères est cependant courte puisqu’ils sont remerciés à leur tour en mars 2016 à cause des mauvais résultats du club qui finira 12ème de la LIGA.

En 2018, Neville est nommé contre toute attente à la tête de l’équipe d’Angleterre féminine après que Mark Sampson soit limogé pour des propos déplacés. L’ancien international anglais a alors à coeur de montrer ce dont il est capable, malgré son expérience difficile à Valence.

Un saut dans le grand bain parfait

Quand Neville arrive sur le banc des Three Lionesses, l’équipe d’Angleterre est sur 4 victoires en 6 matchs, avec deux défaites contre des adversaires abordables comme les Pays-Bas et la France. C’est la première fois que Phil Neville se retrouve coach n°1. A peine le temps de faire les présentations que le tout frais sélectionneur est soumis à un grand défi puisqu’il affronte les Bleues pour son premier match.

Mais ce premier match sur le banc se révèle être une véritable réussite avec une victoire 4-1 contre l’équipe de France. S’en suit un match nul contre la redoutable équipe d’Allemagne 2-2. Ces deux rencontres contre deux gros adversaires montrent que Neville peut faire de très belles choses.

La très belle victoire des Three Lionesses contre la France pour la première de Phil Neville (Crédit vidéo : Youtube Fédération française de football)

Ensuite, une période de doute le voit perdre sur le plus petit score contre les Etats-Unis et essuyer un score nul et vierge contre le Pays de Galles avant d’enchaîner les victoires. Ecrasant le Pays de Galles 3-0 et le Kazakhstan 6-0 en août et septembre 2018, les Three Lionesses valident leur billet pour la Coupe du Monde.

Début 2019, Phil Neville et ses joueuses rassurent les fans anglais en remportant la SheBelieves Cup avec des victoires contre le Japon et le Brésil et un beau match nul face aux Etats-Unis.

Les deux derniers matchs amicaux sont sur la lignée de la SheBelieves Cup. Si les Three Lionesses se sont inclinées 1-0 face au Canada, l’une des meilleurs équipes au monde, elles sont parvenues à battre l’Espagne 2-1.

Roulez jeunesse

Très axé sur la jeunesse, Neville offre beaucoup de temps de jeu aux jeunes joueuses, les présentant comme le petit plus qui élèvera l’équipe d’Angleterre à la plus haute marche du podium.

« Nous avons un groupe de joueuses de moins de 20 ans qui, en 2021, sera la meilleure équipe du monde. Nous avons trois ou quatre années incroyables avec cette génération qui nous attendent. »

Phil Neville, lors d’un entretien pour la BBC (Traduction par l’Equipe)

Le moindre que l’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup de cartouches à sa disposition, qu’il n’hésite pas à utiliser. Il a intégré dernièrement les deux grandes pépites d’Arsenal Leah Williamson (22 ans) et Bethany Mead (23 ans) qui ont honoré leur blason en étant décisives lors de la SheBelieves Cup.

Leah Williamson, l’un des grands espoirs de l’équipe d’Angleterre (Crédit Photo : The Mirror)

Les deux gunners sont loin d’être les seules pépites anglaises, Phil Neville fait également de plus en plus évoluer Keira Walsh (22 ans) et Georgia Stanway (20 ans).

Phil Neville est encore dans une phase d’expérimentation, il transforme beaucoup son effectif. Le sélectionneur change beaucoup ses dispositifs, passant du 4-2-3-1 face au Japon au 4-5-1 contre l’Espagne et fait beaucoup tourner : en 3 matchs officiels, il est parvenu à utiliser 22 des 23 joueuses appelées. Ces essais pourront lui permettre de trouver le collectif parfait et la tactique adéquate, mais les bons résultats avec des dispositifs et des onzes différents montrent une réelle capacité d’adaptation des joueuses.

Quel bilan avant la Coupe du Monde ?

Phil Neville a aujourd’hui fait 18 matchs avec les Three Lionesses, avec 61% de victoires. A titre de comparaison, Mark Sampson, qui avait envoyé l’équipe d’Angleterre à la 3ème place de la Coupe du Monde en 2015, était à 62% de victoires.

Avec 11 matchs gagnés pour seulement 3 défaites contre des adversaires très costauds (Etats-Unis, Canada, Suède), Phil Neville a montré que son équipe faisait partie des plus grandes au monde.

Neville et ses joueuses après la victoire contre le Pays de Galles les qualifiant pour la Coupe du Monde 2019 (Crédit Photo : Independent)

La SheBelieves Cup a été l’occasion parfaite de se mesurer à des grosses sélections. Le défi a parfaitement été relevé. L’Angleterre a envoyé un message fort, elle est capable de tenir tête à toutes les équipes.

Phil Neville est pour l’instant sur une année parfaite avec les Three Lionesses. Malgré une courte expérience sur le banc avant de devenir sélectionneur, il s’est imposé comme l’homme providentiel à l’aube de la Coupe du Monde.