Hier soir, le Parc des Princes a tremblé après avoir vécu un incroyable moment mais dans le mauvais sens du terme. Avec l’élimination prématurée et honteuse du Paris Saint-Germain (0-2 ; 1-3) face aux Reds Devils, le projet qatari sera (sans doute) remis en question tandis que la rédemption des clubs anglais s’amorce outre-Manche.

1993. La France du football a vécu le pire drame sportif de son histoire. Il suffisait d’un point, un tout petit point pour assurer son billet pour le Mondial aux Etats-Unis face à Israel et la Bulgarie. Et puis Kostadinov. Un nom qui sonne comme un séisme dans les têtes, tout comme le stade qui sonne creux. Des moments qui restent gravés tant l’impensable s’est produit. Ce 6 mars 2019 restera tout autant dans les mémoires, le Parc des Princes a fait de nouveau resurgir les vieux démons du passé synonyme de défaite, si chère à la « Fédération Française de la Lose » sur Twitter. Paris est tombé de très haut, en se donnant le bâton pour se faire battre. QSI tend vers la décrédibilisation, les clubs de Premier League connaissent un second souffle avec cette qualification.

Même s’il ne faut surtout pas tout remettre en cause, c’est une triste réalité… (crédit Twitter : @BernardLions)

2011 : un grand pas en avant, deux pas en arrière

Quand les Qataris, actuel troisième réserve mondial de gaz derrière la Russie et l’Iran, débarquent dans la capitale parisienne et au sein du capital du PSG (sans mauvais jeu de mots) en 2011, les promesses étaient grandes pour faire du club parisien le nouveau mastodonte du foot mondial. Tout n’est évidemment pas à jeter, surtout pour le bien qu’a apporté « Qatar Sports Investment ». Loin des contributions pécuniaires, l’Emir du Qatar, représenté par Nasser Al-Khelaifi, a donné une nouvelle image médiatique et marketing au championnat de France en posant les bases d’un mercato très « Serie A ». Jean-Michel Aulas ne dira certainement pas le contraire. Oui, Paris a permis aux amoureux du football l’opportunité de voir jouer de grandes stars du football entre les Zlatan Ibrahimovic, Edinson Cavani, Kylian Mbappé, Thiago Silva et Neymar…

Mais l’argent ne fait certainement pas tout dans le football. Incontestablement, il représente un formidable accélérateur de particules pour développer un projet ambitieux. Les Emiratis du capital de Manchester City ne vous diront pas le contraire, eux aussi. Encore faut savoir gérer son mental, car l’argent n’y peut rien contre cela. À part l’exploit à Chelsea en 2015, le résumé de la campagne parisienne en Ligue des Champions ne se résume qu’à des coups d’éclats comme ce fameux soir du 4-0 face au FC Barcelone en 2017, où clairement, les croyances d’un début d’aboutissement du projet QSI étaient fortes. On est vite retombé sur terre.

La soirée avait tout pour être belle… (crédit Twitter : @OptaJean)

La Remontada du 6-1 en 2017 est le premier acte fort qui fait reculer le projet qatari. Le match d’hier soir a révélé d’énormes failles mentales. Thilo Kehrer a relancé le match avec une faute de relance pour Romelu Lukaku et Gianluigi Buffon, venu pourtant pour apporter son expérience avec ses 41 printemps, est fragilisé par une frappe anodine de Marcus Rashford. Eric Bailly, pas dans son match et aussi blessé, est sorti à la place d’un Diogo Dalot virevoltant avant le retour au vestiaire. Un coaching que n’a pas fait Thomas Tuchel pour son compatriote Kehrer, qui a totalement raté son début de match. Peut être aurait-ce changé la donne ? Nul ne le sait. Deux cadeaux, et bientôt trois avec le penalty sifflé en fin de match contre Presnel Kimpembe. Bien que le scénario soit cruel, les faits sont là : les joueurs de Thomas Tuchel se sont mis tout seul en danger face à un Manchester United amputé de Martial, Lingard, Pogba et consors…

En haut, le placement de la défense du PSG. En bas, celle de MU (crédit image : WhoScored.com)

Comment se saborder alors qu’on a fait le plus dur au match aller ? 97% des équipes ayant gagné le match aller 0-2 à l’extérieur se sont qualifiés au tour suivant en Champion’s League, Paris n’avait plus encaissé deux buts dans les 30 premières minutes d’un match de Ligue des champions depuis le 22 octobre 1997 face au Bayern Munich, Paris ne s’éveille pas, n’y arrive pas… Cette cruelle désillusion intervient dans un cadre où les responsabilités du board parisien devront être prises pour sauver leur face. Antero Henrique, le directeur sportif du PSG, va sans doute partir, quid de l’avenir de Nasser Al-Khelaïfi… les questions vont se poser et les décisions aussi. Le PSG devient, comme pour la « première » Remontada, la risée de l’Europe en devenant « le premier à être éliminé… » malgré des chances plus que favorable. Le PSG a cassé les codes.

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Ancien joueur du PSG de 1999 à 2001, Mickaël Madar est convaincu que le problème est psychologique chez les joueurs (crédit Twitter : @LateFootClub)

Manchester United, « miracle in Paris »

Comme dans le vestiaire de la sélection bulgare 26 ans plus tôt, celui de Manchester United a été le théâtre des rêves durant une soirée. Mais ce succès fait office de hold-up. Les trois buts des Reds Devils ne sont pas intervenus dans le jeu, seulement grâce à des erreurs adverses loin des actions construites. Mais MU a su saisir sa chance, inimaginable de les blâmer d’avoir fait leur travail. Le 5-3-2 d’Ole Gunnar Solkjaer, encore intérimaire sur le banc faut-il le rappeler, a fait mouche mais a été loin d’être une révolution tactique. Autre statistique importante : le double buteur Romelu Lukaku aura été ultra-lucide en jouant un jeu contre-nature loin de la possession et du jeu en pivot habituel de l’ancien d’Anderlecht. Manchester United a été d’un réalisme froid et implacable. C’est aussi un des principaux enseignements de cette double-confrontation.

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Ceux qui auront le plus touché le ballon seront Luke Shaw (58) et Daniel Alves (130). La possession de balle dépasse même pas les 40%. Pleins de choses qui montrent que le succès de Manchester United n’est pas volé, mais qui aura été saisi avec plaisir alors qu’on leur promettaient l’enfer. Une qualification logique au final.

La Premier League de retour ?

Si on occulte la défaite 0-2 à l’aller contre les Parisiens, Manchester United n’a donc plus perdu toutes compétitions confondues depuis le 16 décembre dernier face à Liverpool en championnat (3-1). Fût un temps, l’Angleterre était au sommet de l’Europe. Les adolescents d’aujourd’hui n’ont sûrement pas connu cela. Dans les années 2000, les équipes anglaises dominaient la Ligue des Champions. Si la Coupe aux grandes oreilles est beaucoup plus soulevé par les clubs espagnols aujourd’hui (10 LDC entre 2000 et 2018), les succès de Liverpool en 2005, Manchester United en 2008 et Chelsea en 2012 restent tout autant voire plus dans les mémoires. On a tous dans nos têtes des matchs marquants avec des scénarios de dingue qui ont forcément compté un club anglais dans la partie. Le Chelsea-Liverpool (2009) et le coup-franc splendide en début de match de Fabio Aurelio qui calme Stamford Bridge, le Liverpool-Arsenal (l’année précédente) et le rush fantastique de Théo Walcott pour Emmanuel Adebayor ou encore le Manchester United-Chelsea en finale de 2008 et la glissade de John Terry à Moscou. Sans oublier, la demi-finale retour de Chelsea sur la pelouse du Barça en 2012 lorsque David « Torres » a battu Goliath « Messi ». Il était très difficile de venir à bout des Anglais, même entre eux. Mais l’indice UEFA de l’Espagne est logiquement au-dessus du leur depuis quelques temps.

Ce Barça/Chelsea 2012, avec des Blues décrochés en championnat, ressemble étrangement au scénario PSG/MU ! (crédit vidéo : YouTube GugaTV)

Cette saison, la donne est probablement en train de changer avec l’élimination du Real Madrid et cette qualification miraculeuse de United. Mais surtout car le tableau est beaucoup plus ouvert, avec un City qui devra terminer le travail face à Schalke 04 et un Tottenham impressionnant de maîtrise face au Borussia Dortmund sans avoir encaissé le moindre but (3-0 ; 0-1). Probablement quatre équipes anglaises seront en quart de finale de la C1, on avait plus vu ça depuis longtemps. L’explosion des droits TV en Angleterre aide beaucoup, encore faut-il bien s’en servir.

Pour aider le PSG, Manchester City a attendu longtemps, a même été coiffé au poteau en 2014 par Tottenham dans la course pour la quatrième place qualificative en LDC, mais a su penser un jeu avec Guardiola et évoluer dans un championnat de plus en plus compétitif. Paris devra sans doute proposer un jeu plus flamboyant, recruter des cadres mais le plus important est de régler cette faillite mentale de plus en plus flagrante avec l’arrivée des jeunes talents au club. Et puis, il y a ce côté irrationnel, ce « je ne sais quoi » comme disent les amateurs d’art contemporain. Un scénario hitchkockien qui nous fait montrer (une nouvelle fois) pourquoi on aime ce sport, pourquoi le football est le plus beau sport du monde. Rennes et Lyon auront de lourdes tâches sur leurs épaules pour sauver le foot français. Quant à Manchester United, nous verrons bien si cette qualification surprise face au PSG est vraiment un hasard ou un élément du réponse du renouveau mancunien et du football anglais dans cette compétition.