Formés à la Masia, les frères Dos Santos ont marqué le football mexicain de ces dix dernières années. Désormais trentenaires, Giovani et Jonathan ont quitté l’Europe. Pour quel bilan ?

Annoncés comme des futurs cracks du football mexicain à la fin des années 2000 lorsqu’ils étaient tous les deux au FC Barcelone, Giovani et Jonathan Dos Santos se sont souvent suivis au cours de leur carrière et croisés en sélection. Giovani le talent brut, éternel espoir, s’est fait connaître étant jeune sans jamais confirmer. Jonathan, le discret et efficace travailleur, est resté dans l’ombre de son frère avant de prendre de l’importance ces dernières années tout en le suivant tout au long de sa carrière.

Du Brésil à la Masia

Giovani et Jonathan Dos Santos sont les fils d’un ancien joueur professionnel brésilien bien connu au Mexique : Gerardo Dos Santos dit “Zizinho”. Zizinho fit toute sa carrière au Mexique, terminant à Monterrey, ville de naissance de ses trois fils. Éder Dos Santos, l’aîné, a lui aussi connu une carrière de footballeur avec un vague passage à l’América. Les frères Dos Santos ont donc baigné dès le plus jeune âge dans le milieu du ballon rond, et c’est tout naturellement qu’ils ont débuté le football ensemble au club Caribú de Monterrey, Giovani était alors âgé de six ans et Jonathan de cinq. Rapidement, les deux frères se distinguent par leur talent et leurs caractéristiques déjà bien différentes, comme l’explique leur entraîneur de l’époque :

« A certains moments, Gio était trop confiant, il était sûr de donner la victoire à son équipe. Si on perdait 2-0, il venait me voir et me demandait : Combien il y a ? 2-0 ? Je vais égaliser. Finalement on gagnait 4-2 un triplé et une passe décisive de sa part ».

« Giovani était un enfant fragile, quand il prenait des coups son niveau baissait, ce qui est normal pour un enfant, mais pas Jonathan, même quand il tombait deux, trois fois de suite, il se relevait toujours. C’était un battant ».

Carlos Cabral, entraîneur des frères Dos Santos dans leur enfance au club Caribú de Monterrey (Mediotiempo).
Zizinho accompagné de ses trois fils (de droite à gauche) : Éder, Jonathan et Giovani. (Crédit photo : Jonathan Dos Santos sur Twitter)

Giovani attire l’œil du Barça à l’occasion de la Danone Nations Cup en 2001, durant laquelle il est désigné meilleur joueur. Les deux frères arrivent ensemble à Barcelone en juin 2002 pour intégrer le prestigieux centre de formation de la Masia. Séparés par un an de différence, ils n’évoluent pas ensemble mais chacun s’impose dans sa catégorie et monte les échelons au sein des équipes de jeunes du club catalan. Giovani, plus précoce que son frère, intègre le groupe pro dès l’été 2006 à l’âge de 17 ans, lancé par Frank Rijkaard. Barré par la concurrence (Messi, Deco, Bojan, Henry, Eto’o, Ronaldinho, Gudjohnsen,…), il quittera le club deux ans plus tard pour Tottenham. Pour Jonathan, ce sera plus long puisqu’il devra attendre 2009 pour être appelé par Luis Enrique en équipe B, avant d’intégrer le groupe A en 2012. Une grave blessure l’empêchera de s’imposer et il quittera lui aussi le Barça à l’été 2014 pour Villareal.

Deux frères très proches aux caractéristiques différentes

Liés par un fort attachement fraternel, Giovani et Jonathan Dos Santos sont pour autant deux joueurs très différents, autant dans leurs caractéristiques physiques et mentales que dans leur plan de carrière. Giovani, l’aîné, a très vite attiré la lumière sur lui grâce son talent au-dessus de la moyenne et ses débuts prometteurs au Barça. Il a toujours été le plus doué et le plus connu des deux, c’est pourquoi l’attention médiatique s’est souvent portée sur lui. Malgré les nombreuses attentes, Gio n’a jamais confirmé son potentiel et sa carrière a été marqué par de nombreuses affaires extra-sportives liées à l’alcool et des scandales sexuels.

« Il a un talent exceptionnel, balle au pied c’est un des meilleurs joueurs que j’ai vu jouer. Malheureusement, à certains moments, il a plus pensé à la bouteille qu’au ballon et c’est pour ça qu’il n’a pas eu une grande carrière. Mais si on parle de talent pur, il est exceptionnel ».

Luis, 20 ans, supporter mexicain.

La fragilité physique et mentale de Giovani lui a porté préjudice puisqu’il n’a jamais pu s’imposer dans la durée au sein d’un club, en témoigne le nombre de clubs où il est passé : le FC Barcelone, Tottenham, Ipswich Town, Galatasaray, le Racing Santander, Majorque, Villareal, LA Galaxy et l’América.

De l’autre côté, Jonathan, plus jeune, a toujours suivi l’ombre de son frère. Alors que Gio est décrit comme fragile, très émotif et irrégulier, Jonathan a toujours convaincu partout où il est passé grâce à ses qualités de battant et de milieu de terrain complet. La carrière de Jonathan s’est construite dans la stabilité puisqu’après le Barça, il n’a connu que deux clubs (Villareal et le LA Galaxy), à chaque fois pour rejoindre son frère. Plus discret, il n’en est pas moins un joueur de seconde zone, comme en témoignent les grands personnages qui l’ont côtoyé :

« C’est un trop bon joueur pour partir si jeune du Barça. Il a une marge de progression très élevée, il a une activité énorme et manie très bien le ballon ».

Pep Guardiola à propos de Jonathan Dos Santos alors âgé de 21 ans (Fox Sports).

« Je pense que c’est le moteur de notre équipe. Il maintient l’équilibre de jeu. C’est le genre de joueur qui prend le jeu à son compte et qui met du rythme. Quand il n’est pas là, notre jeu change et il nous manque ».

Zlatan Ibrahimovic à propos de son coéquipier au LA Galaxy Jonathan Dos Santos (Record).

Jonathan est très attaché à Giovani (en témoigne sa réaction à l’horrible blessure de Giovani ce week-end) et n’a changé de club qu’à deux reprises dans sa carrière, à chaque fois pour le rejoindre. Les deux frères ont joué deux saisons ensemble (une à Villareal et une à LA Galaxy) et ont connu tous les deux une de leurs meilleures périodes sportives en Espagne.

Lors de la saison 2014-2015, les frères Dos Santos ont évolué ensemble à Villareal. (Crédit photo : Record)

Au Galaxy, encore une fois, Giovani est arrivé comme la star mais dérangé par des blessures récurrentes, le club de Los Angeles s’en est débarrassé à l’aube de la saison de MLS 2019. De son côté, Jonathan est arrivé sans bruit mais s’est imposé pour être aujourd’hui le leader de cette équipe avec Zlatan Ibrahimovic (il vient d’être élu meilleur joueur de l’année par les fans devant le suédois).

Après Giovani, c’est Jonathan qui a quitté le sous-marin jaune pour la côte Ouest des Etats-Unis. (Crédit photo : ESPN)

En sélection, des trajectoires croisées

Champion du monde U17 en 2005 et considéré comme le futur grand du football mexicain, Giovani Dos Santos est appelé en sélection dès 2007, peu après ses débuts avec le Barça. Deux ans plus tard, en 2009, Jonathan est lui aussi appelé et les deux frères postulent ainsi pour une place au Mondial sud-africain de 2010. Finalement, Gio est bien retenu dans les 23 mais pas Jonathan, ce qui provoquera un véritable scandale provoqué par le père des deux joueurs, enragé contre le sélectionneur et qui assurera que Jonathan ne jouera plus jamais pour El Tri :

« Gio est détruit. Il ne veut pas jouer le Mondial, il m’a demandé d’aller le chercher. Vous pensez que Gio sera bon au Mondial ? Les deux m’ont appelé en pleurs. Javier (Aguirre, le sélectionneur, NDLR) n’a pas de couilles. Le Mexique n’existe plus pour moi. J’aimais cette sélection et maintenant je la déteste. Même si Gio est là cette sélection est vouée à l’échec. Jonathan ne portera plus jamais ce maillot, il ne vaut rien. Il jouera pour le Brésil ou l’Espagne, là-bas ils sauront le valoriser. »

Zizinho réagit à la non-sélection de son fils pour la Coupe de Monde 2010 (ESPN).

Finalement réintégré après la Coupe du Monde, Jonathan est entaché d’un nouveau scandale qui ternit encore plus son image en sélection : il est suspendu 6 mois pour avoir eu recours à des prostituées à l’hôtel de la sélection en juin 2011. Suite à cet épisode, Jonathan s’éloignera bel et bien de la sélection (il refusera la convocation aux Jeux Olympiques 2012) alors que son frère Giovani devient l’un des leaders d’El Tri, notamment avec son but légendaire en finale de la Gold Cup 2011.

L’un des plus grands moments de la carrière de Giovani Dos Santos : son but exceptionnel en finale de la Gold Cup 2011 face aux Etats-Unis.

Finalement, avant la Coupe du Monde 2014, alors que Jonathan brille à Villareal, Miguel Herrera réussit à le convaincre de reprendre du service pour représenter son pays pour partir au Brésil avec son frère.

Après 3 ans de séparation, les frères Dos Santos se retrouvent en sélection avant la Coupe du Monde 2014. (Crédit photo : Getty Imgaes)

Remplaçant, Jonathan ne jouera presque pas tandis que Giovani est un titulaire indiscutable. Au fil des années, leurs rôles s’inversent : Jonathan prend de l’importance tandis que Giovani, de plus en plus critiqué, perd sa place de titulaire. En Russie, aucun des deux ne fait partie du XI et leur rêve de jouer un match de Coupe du Monde ensemble n’est toujours pas réalisé. Dans le nouveau projet de Gerardo Martino, Jonathan a une place de leader tandis que Giovani n’est plus convoqué depuis 2018. Lors de la Gold Cup de cet été, Jonathan s’est mué en héros de la finale quand Giovani était resté à la maison. A 30 ans, le futur de Gio en sélection semble plus que compromis.

Ainsi, l’histoire des frères Dos Santos est faite de destins croisés, de séparations et de retrouvailles. Giovani, éternel grand espoir du football mondial, n’a pas eu la carrière espérée et est rentré au pays au Club América. Jonathan, dans l’ombre de son aîné, a malgré tout réussi une carrière honorable, accompagnant son frère au long de ses déboires. Leur histoire avec la sélection est finalement révélatrice de leurs carrières respectives : alors que le premier a été très tôt propulsé comme une star mexicaine mais est désormais indésirable, le second a dû batailler pour gagner sa place et il est aujourd’hui un des hommes de base du nouveau sélectionneur.