Jeudi soir, à 21 heures au stade de la Luz de Lisbonne, en marge du quart de finale de Ligue Europa, le Benfica reçoit l’Eintracht Frankfurt. Dans un duel au sommet entre les « Aigles » portugais et allemands. Un match idoine pour l’ailier Rafa Silva pour se montrer. Enfin.

Jeudi soir donc, deux des équipes les plus en formes sur le continent européen actuellement, se livreront une bataille acharnée. Avec pour objectif de prendre le meilleur avantage possible avant le match retour. Pour Rafa Silva, l’occasion est toute trouvée de se (re)-mettre en évidence. Avant un prochain départ ?

Rafa Silva, oscillant entre élégance et buste bien droit. Une certaine idée de la classe (Crédit photo : Twitter @rafa18oficial)

Ailier, une tradition portugaise

Le football portugais, à travers les époques et les âges, a toujours réussi à mettre en avant un poste spécifique. Un de ceux nécessaires pour mener les attaques, réguler le milieu. Et, parfois, pour les plus généreux, aider ses latéraux à défendre. En arpentant le couloir, en misant sur sa vitesse de pointe. Pour rentrer dans la surface et régaler son partenaire ou soi-même. Ce poste correspondant nécessairement à une culture portugaise. Tel le Fado ou le Bacalhau. Reconnaissable entre mille. Et donnant un goût savoureux et chaleureux pour un pays qui l’est tout autant.

L’amour entre les ailiers Nani (17) et Ronaldo (7)…. et un chiffre commun le 7. Si vous lisez jusqu’au bout, vous comprendrez (Crédit photo : Sport24 – Le Figaro)

De José Augusto à António Simões da Costa, figurant parmi les mythes du Benfica époque Eusebio dans les années 60-70, ou Fernando Chalana dans les années 80. En passant par Sergio Conceição, Luís Figo dans les années 90-2000, ou bien encore Nani et le mythique Cristiano Ronaldo. Et peut-être, probablement bientôt, João Félix, la pépite du Benfica. Bref, des joueurs de talents, de débordements. Et qui débordent de talents.

Pourtant, dans cette liste, un nom n’apparaît pas forcément et n’est pas mis en avant. Adepte d’une discrétion de violette. Un joueur qui réalise pourtant, actuellement, la meilleure saison de sa carrière au sein d’un Benfica de folie. Et qui a grandement permis aux Lisboètes d’être premiers ex-æquo avec le FC Porto de Moussa Marega. Cet ailier discret n’a donc pas fini de faire parler de lui.

Une saison prolifique pour Rafa

Statistiquement parlant, Rafa Silva réalise sous les couleurs des « Encarnados », sa meilleure saison de sa carrière. Auteur de 10 buts en Liga NOS. Soit tout simplement le total le plus élevé depuis son passage en professionnel. Sous les couleurs de Feirense, lors de la saison 2012/2013 en deuxième division portugaise. Toute une époque. Lointaine désormais et loin de ses standards actuels.

Les talents de Rafa Silva et… ses tatouages (Crédit vidéo : YouTube MarquesEdits)

Capable d’évoluer sur les ailes, avec une préférence plus notable pour le côté gauche ou en mode faux-pied, le natif de Vila Franca de Xira (district de Lisbonne) peut s’adonner à des débordements répétitifs. Et faire profiter de sa technique soyeuse. Au sein également d’une attaque de feu comprenant la doublette magique João Félix et le Suisse Haris Seferović. Ainsi que l’autre ailier, le Portugais Pizzi. Le barbu-tatoué s’éclate et permet à Bruno Lage de disposer de pas mal de variétés dans l’animation offensive. Idéal lorsque l’on joue tous les trois jours.

Rafa Silva, en action (Crédit photo : transfermarkt)

Ce qui permet également à Silva de mieux profiter de sa vitesse de pointe. Et donc de marquer des buts. Décisifs. Toutefois, s’il est encore malvenu de prévoir l’avenir, de tous les buts marqués par le numéro 27 benfiquiste jusqu’alors, un seul risque, peut-être véritablement d’être retenu par tous les supporters des « Encarnados ». Celui grâce à qui, leur équipe aura pris l’ascendant sur le FC Porto. Le rival honni. Et un but qui doit tout à son talent, sa vista et sa vitesse.

Le héros du Dragão… pour un but décisif ?

Samedi 02 mars 2019. Si les férus d’histoire se souviennent de cette date comme étant celle du « serment de Koufra » de 1941 des hommes du Général Leclerc, date ô combien importante dans l’histoire de France, les supporters du Benfica penseront bien évidemment davantage à la 24ème journée de championnat. En lutte avec Porto, les Benfiquistes se déplaçaient ce soir-là au stade du Dragão pour y affronter les coéquipiers d’Alex Telles et Tiquinho Soares. Dans un match d’une grande intensité et dans une ambiance bouillante.

Au départ, menés 1 but à 0 et revenus au score grâce à l’égalisation du jeune João Félix, les hommes de Bruno Lage ont vu la victoire leur revenir grâce à leur ailier magique. Ballon récupéré aux abords de la surface, petit une-deux avec son compère Pizzi. Et tir du droit dans le petit filet de Casillas. Simple, propre et efficace. Du Rafa Silva en somme, sans esbroufe. Avec naturel et élégance.

Avec cette victoire de prestige et obtenue dans la douleur, Benfica va réussir à revenir sur son adversaire du soir et à la dépasser via le goal-average. Dans une lutte au couteau où chaque but inscrit et point obtenu compteront pour de l’or, celui de Rafa Silva est peut-être le plus important. Peut-être même celui du titre ? S’il est encore trop tôt pour le dire, force est de constater que ce but risque de peser lourd à la fin du championnat.

But de Rafa Silva lors de la rencontre entre Porto et Benfica. Le but du titre ? (Crédit vidéo : YouTube Sport TV)

Un joueur sujet aux blessures musculaires comme un autre… Rafa

Cependant, si Rafa Silva n’a que 25 ans, et est capable de fulgurance sur son côté en faisant de sa vitesse l’argument principal de son jeu, la blessure n’est jamais loin. Pour un organisme autant sollicité et mis à contribution, les pépins physiques sont légion. Et peuvent freiner quelque peu l’évolution du joueur surtout s’il est lancé de plain-pied.

Ces enchaînements et cette débauche d’énergie étant rédhibitoires parfois. Et, à l’instar d’un autre Rafa, le tennisman espagnol Rafael Nadal, à force de tirer, le corps ne suit parfois plus. Dernièrement, une blessure musculaire assez importante ayant eu pour conséquence de bloquer Rafa Silva durant un bon mois au cœur de l’hiver dernier. Un mal pour un bien. Finalement.

L’homme en forme du Benfica

En effet, entre la 21ème et la 26ème journée de championnat, Rafa Silva a marqué cinq buts. Certes, les mauvais esprits diront que ce fut des buts inscrits lors de larges succès obtenus par Benfica. Hormis le fameux match à Porto. Soit. Mais c’est ce serait grandement réducteur et injuste. Pour un joueur balayant tout le terrain en quête de collectif et se sacrifiant pour l’équipe.

« Rafa a pris son temps pour se chercher. Mais c’est un joueur de grande qualité. Et qui obtient de grands résultats et des buts »

Vítor Paneira, ancienne gloire du Benfica (Bancada)

Sa forme actuelle n’étant que le fruit d’un travail et d’un talent sans commune mesure. Tout en étant devenu un cadre du Benfica. Un joueur sur lequel compte ses coéquipiers et son entraîneur et qui est adoubé désormais par une ancienne légende du club, Vítor Paneira. Ce dernier détenteur d’un sacré palmarès et qui fut trois fois champion du Portugal avec les « Águias ». Et accessoirement ancien coéquipier de Vata. Le Vata de la fameuse main contre Marseille…

Barré en sélection par un autre… Silva

La discrétion de Rafa Silva est légendaire et bienveillante dans un monde du football toujours plus clinquant. Et cela peut parfois nuire à l’image de marque d’un footballeur. Dans un sens où d’autres joueurs peuvent passer devant lui. Dans le cas de Rafa Silva, en sélection portugaise, la donne est différente.

Depuis la sélection espoirs et notamment la finale perdue par les jeunes portugais contre les Suédois lors du Championnat d’Europe de football espoirs 2015. Les fameux Suédois chers à Layvin Kurzawa… Jusqu’à aujourd’hui, où Rafa Silva n’est jamais véritablement le premier choix et ne compte, à bientôt 26 ans, qu’une toute petite quinzaine de sélections.

Avec, de plus face à lui, un Bernardo Silva exceptionnel et des joueurs de talents à n’en plus finir. Il est vrai que se frayer un chemin dans cette Seleçao portugaise relève de la gageure. Et briser cette spirale est l’un objectif pour le milieu du Benfica. Un objectif qui passe donc par de grandes performances sur la scène nationale et continentale.

Deux équipes similaires et un pardon à obtenir pour Rafa

Le match de jeudi soir constitue à coup sûr un nouveau défi pour le Lisboète. Parallèlement à des retrouvailles entre Seferović et son ancien club. Et entre Luka Jović et les « Rouges », le joueur serbe étant prêté par… Benfica. Sans compter le gardien grec du club portugais, Vlachodimos né en Allemagne, et qui pourra s’étalonner face à l’ancien parisien Kevin Trapp. De nombreuses similitudes existant par ailleurs entre les deux équipes. Et pas que sur le terrain.

Du logo, tout d’abord avec l’aigle sur l’écusson des deux clubs. En passant par la couleur du maillot, le rouge. Ou le jeu pratiqué qui va de l’avant et essaye de donner du plaisir aux spectateurs. Avec deux entraîneurs, l’Autrichien Adi Hütter et le régional du soir Bruno Lage de talents et qui risquent également de faire parler d’eux dans un avenir proche. Et, enfin, deux buteurs d’ex-Yougoslavie sur des charbons ardents et d’une efficacité redoutable… Bref, la lutte promet d’être âpre.

Sans toutefois perdre de vue l’objectif du deuxième match, en Allemagne dans une semaine. Cette partie étant idéale pour Rafa Silva qui pourra faire profiter sa vitesse et se faire pardonner sa récente expulsion il y a une semaine tout juste, en match retour de Coupe du Portugal. Face aux autres rivaux, le Sporting, cette fois. Talentueux ne voulant pas dire doux et Rafa Silva ne manque pas de caractère. Surtout lorsque les rencontres atteignent leur paroxysme.

Combat entre « Aigles » royaux

Il faudra, c’est dit et redit, dans tous les cas, un Rafa Silva en forme pour les coéquipiers de Rúben Dias. Vif, virevoltant et décisif si d’aventure les Portugais souhaitent obtenir un bon résultat. Les Lisboètes compteront sur leur aigle royal pour faire la différence à domicile.

Dans une lutte entre deux clubs similaires, en pleine forme et pratiquant un football offensif, Silva sera donc l’un des atouts des « Rouges ». Et une belle rampe de lancement pour les Félix et autres
Seferović. Des joueurs complémentaires et pouvant permuter entre eux. Tel un aigle balayant du regard la montagne, Silva sera en ligne de mire pour faire jouer sa vision.

Avant un prochain départ ?

Si la lutte pour le titre et la coupe d’Europe accapare bon nombres de joueurs au sein de l’ancien club de João Pinto, la fin de la saison sera également décisive pour Rafa Silva. Son agent et lui étant engagé dans une lutte acharnée concernant la prolongation de son contrat.

Il n’est donc pas impossible, par conséquent, de voir l’ancien milieu de Braga quitter le navire benfiquiste. Les négociations prenant quelque peu du retard. Cependant, gageons qu’avec un éventuel titre de champion du Portugal, la voie de « l’Aigle Silva » serait royale.

« Le Benfica a ses idées et nous avons les nôtres… »

António Araújo, agent de Rafa Silva. (Sapo Desporto)

Quel que soit l’issue de ces négociations, une chose est sûre. Rafa Silva sera un des hommes à surveiller. Aussi bien pour ses adversaires directs que pour les clubs intéressés. Et quoi de mieux pour un timide que d’éclater au grand jour sur la scène européenne, là où tous les yeux se braquent. Car comme « Bip-Bip », le personnage de dessin animé, lorsque Rafa est lancé, Silva ainsi, il sera inarrêtable…