À l’heure où de plus en plus d’internationaux mexicains décident de quitter le Vieux Continent et où El Tri entame un nouveau cycle, il représente la principale vitrine du football aztèque dans les championnats européens.

Buteur lors de chacun des tours préliminaires d’Europa League et ce week-end en Premier League face à Burnley, Raúl Jiménez a parfaitement lancé sa saison. Élu meilleur joueur de Wolverhampton par la saison passée, Raúl Jiménez entame sa deuxième saison en Angleterre plein d’ambitions, avec notamment l’Europa League en ligne de mire. Alors que depuis plusieurs mois de nombreux mexicains “europeos” sont rentrés au pays (Carlos Salcedo, Miguel Layún, Giovani Dos Santos, Memo Ochoa, Diego Reyes) ou s’en sont rapprochés en rejoignant la MLS (Marco Fabian, Jonathan Dos Santos, Carlos Vela), Raúl Jiménez montre qu’il est encore possible pour un mexicain de performer sur les pelouses européennes.

D’une enfance cruzazulina à un but héroïque pour la qualification au Mondial

Raúl Jiménez fut durant son enfance un fidèle supporter et joueur du club de Cruz Azul.

« Bébé déjà, il jouait au ballon, c’est de là que lui vient sa passion du foot. Il est né à Tepeji del Río, à 10 minutes de Jasso, Hidalgo, et ça m’aurait plu que Raúl joue à Cruz Azul parce là-bas, tout le monde les supporte. Mais avec le temps on s’est convertis en Águilas del América ! »

Déclarait Raúl Jiménez Vega, son père en 2013

C’est donc sous les couleurs des azulcremas que Raúl Jiménez s’illustre dans le championnat mexicain à partir de 2011 ce qui lui ouvre les portes de la sélection espoirs avec laquelle il est champion olympique à Londres en 2012.

Il débute en A avec El Tri en janvier 2013 et 9 mois plus tard, le 11 octobre, il rentre dans le cœur de tous les mexicains à l’occasion de l’avant-dernier match de qualification pour la Coupe du Monde 2014. Alors que le Mexique est tenu en échec 1-1 sur sa pelouse par le Panama ce qui l’élimine presque de la course au Mondial, Raúl Jiménez arrache la victoire à la 85ème minute d’une magnifique bicyclette. Le Mexique se relancera grâce à ce match et se qualifiera finalement pour le Mondial brésilien par les barrages intercontinentaux. Au Brésil, Jiménez ne jouera que 6 petites minutes en entrant en fin de match lors du nul (0-0) face au pays hôte.

Raúl Jiménez : le héro de tout un peuple. (Crédit photo : Tribuna Sports)

Une adaptation européenne en trois temps

À l’été 2014, Raúl Jiménez a 23 ans et il dispose déjà d’une solide expérience au niveau national et international. Il intéresse plusieurs clubs européens, dont Porto et le récent finaliste de la Champions League, l’Atlético Madrid. Jiménez s’envole finalement pour l’Espagne afin de rejoindre les Colchoneros contre un chèque d’un peu plus de 10 millions d’euros, ce qui fait de lui le plus gros achat effectué pour un joueur mexicain évoluant en Liga MX. Malheureusement pour lui, la marche semble trop haute et après une saison compliquée (1 petit but marqué en 28 matchs) il rejoint le Benfica qui rachète 50% de ses droits. Malgré le fait que Diego Simeone l’ai toujours protégé face aux critiques, ayant confiance en son potentiel, Raúl Jiménez n’a jamais su s’adapter au cholisme. El Cholo lui-même déclare à ce moment-là à la radio espagnole que « Jiménez a des qualités, mais il doit s’adapter à l’exigence et à l’intensité de notre football ».

Raúl Jiménez découvre la Champions League lors de la saison 2014-2015 sous les couleurs de l’Atletico Madrid. (Crédit photo : Adninformativo.mx)

Au Portugal, dans un club d’un standing inférieur, Jiménez va retrouver son football et après une première bonne saison (12 buts), Benfica va casser sa tirelire en payant 22 millions d’euros pour l’acheter définitivement, ce qui fait alors de lui le mexicain le plus cher de l’histoire. Cependant, ses performances vont décroître au fur et à mesure des saisons et il ne sera jamais considéré comme un vrai titulaire. Après une deuxième Coupe du Monde passée comme remplaçant (54 minutes jouées), Wolverhampton le recrute à l’été 2018 en prêt avec option d’achat.

Il inscrit la saison passée 17 buts toutes compétitions confondues et est élu meilleur joueur de son équipe par les supporters : sans surprise, les Wolves lèvent l’option d’achat de 38 millions d’euros. Après 4 ans de fortunes diverses, Raúl Jiménez semble enfin avoir trouvé le bon environnement pour s’épanouir en Europe afin de démontrer toute la mesure de son potentiel. A 28 ans, il entre dans les meilleures années de sa carrière et a tout pour devenir le buteur de classe mondiale que son pays attend. Il a d’ailleurs débuté la saison 2019/2020 sur les chapeaux de roues, marquant 6 buts en 8 matchs officiels.

Un nouveau statut en sélection

Champion olympique en 2012 avec les U23 et présent en sélection A depuis 2013, Raúl Jiménez possède déjà 79 capes avec le Mexique (pour 21 buts). Cependant, parallèlement à son statut en club, il n’a jamais été considéré comme le potentiel buteur titulaire d’el Tri avant 2018. Alors qu’il cirait le banc à l’Atletico puis à Benfica, Jiménez retrouvait souvent ce statut avec son équipe nationale, bien que toujours appelé. Seulement voilà, l’après Coupe du Monde marque un tournant pour la sélection mexicaine comme pour Raúl Jiménez. Le nouveau sélectionneur, Gerardo « Tata » Martino, veut démarrer un nouveau cycle en s’appuyant sur de nouveaux leaders, alors que la génération des Vela, Dos Santos, Chicharito et consorts est vieillissante. Ce dernier, en difficulté à West Ham, ne représente plus l’avenir au poste d’avant-centre et souffre de la comparaison avec Jiménez en Premier League. C’est donc naturellement que Martino a offert le poste à l’ancien de l’América, qui représente désormais avec Hirving Lozano la principale force offensive de la sélection mexicaine.

Preuve du nouveau statut de Raúl Jiménez en sélection : le brassard porté lors du match de préparation pour la Gold Cup face au Venezuela le 5 juin 2019 (3-1). (Crédit photo : Getty)

Au changement de cycle et à la baisse de rythme de ses concurrents, il faut rajouter la Gold Cup de cet été pour expliquer le nouveau statut de Jiménez en sélection. En l’absence de Chicharito, Carlos Vela, Hirving Lozano, et Jesus Corona notamment, el « Tata » a donné les clés de l’attaque à Raúl Jiménez. En préparation, il lui a même donné pour la première fois le brassard de capitaine alors que Guardado et Ochoa étaient sur le banc. Le sélectionneur n’a ensuite pas hésité à afficher sa pleine confiance en lui durant la compétition :

« Il est clair que Raúl Jiménez est notre meilleur attaquant, pas seulement de ceux présents à la Gold Cup, mais du football mexicain en général. »

Il est certain que l’attaquant a la confiance de son sélectionneur

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jiménez a su profiter de ces conditions idéales pour répondre présent puisqu’en portant son équipe jusqu’à la victoire finale, il a été élu meilleur joueur du tournoi (5 buts et 4 passes décisives en 6 matchs).

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Un exemple à suivre

Depuis un an, ce ne sont pas moins de 7 internationaux mexicains confirmés qui ont quitté l’Europe, pour seulement quatre arrivées dont la plupart de jeunes joueurs (Néstor Araujo au Celta Vigo, Erick Gutierrez au PSV, Diego Lainez au Bétis et Edson Alvarez à l’Ajax).

Lainez est aussi l’avenir du Mexique et ne demande qu’à s’exprimer !

Dans ce contexte, il est donc important que les nouveaux venus en Europe s’adaptent rapidement et que ceux déjà présents performent dans leurs clubs, afin d’apporter à la sélection des éléments importants. La sélection mexicaine, comme n’importe quelle sélection non européenne, a besoin d’envoyer des représentants sur le Vieux Continent et de pouvoir compter sur des joueurs expérimentés évoluant dans les grands championnats. A l’heure du nouveau cycle amorcé par Gerardo Martino, il est primordial que de plus en plus de mexicains rejoignent l’Europe et s’y imposent. Or, comme nous l’avons vu, la tendance est actuellement à l’inverse, avec des retours en masse d’internationaux expérimentés. Il s’agit de tauliers ayant vécu tout ce qu’ils avaient à vivre (Layún, Ochoa), de joueurs dans la force de l’âge mais en situation d’échec (Salcedo, Reyes) ou attirés par une fin de carrière confortable (Vela, les frères Dos Santos, Moreno).

Diego Reyes est le dernier arrivé d’une longue liste d’internationaux mexicains qui ont récemment quitté l’Europe pour la Liga MX ou la MLS. (Crédit photo : Football total)

L’exemple de Raúl Jiménez peut et doit inspirer les mexicains fraichement débarqués en Europe et ceux qui le seront dans un futur proche. En effet, malgré son échec à l’Atletico et ses difficultés à s’imposer à Benfica, Jiménez n’a jamais lâché. Alors qu’il aurait pu choisir la facilité, il s’est battu jusqu’à trouver le bon club qui lui permet aujourd’hui de briller dans un grand championnat, au moment où la sélection mexicaine en a le plus besoin. Il symbolise donc un nouvel élan du football mexicain, a l’heure ou ses représentants se font de plus en plus rares sur les pelouses européennes, et sa réussite doit servir de point d’ancrage à une nouvelle génération de talents qui va mener El Tri vers les prochaines Coupes du Monde, au Qatar en 2022 et celle co-organisée avec les USA et le Canada en 2026.