Récent troisième de Bundesliga, le RB Leipzig bouscule la hiérarchie. Malgré des records de précocité et au moment d’entamer sa quatrième saison dans l’élite allemande, la formation saxonne semble bien décider à franchir un nouveau palier.

En seulement dix années d’existence, le RB Leipzig s’est imposé comme le principal outsider allemand, derrière le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Dès leur première saison en Bundesliga il y a trois ans, les hommes de Ralph Hasenhüttl terminent à la deuxième place derrière l’ogre bavarois. Mais cette réussite dérange, beaucoup pointent du doigt l’investissement massif de Red Bull et l’utilisation de Salzbourg comme une succursale. Pourtant, le club lipsien se distingue de tous les nouveaux riches, proposant souvent une gestion désastreuse. Red Bull fait les choses bien et place les bonnes personnes aux bons postes. Depuis les résultats parlent d’eux-mêmes. Décryptage d’un club aux ambitions croissantes.

Une locomotive nommée Julian Nagelsmann

À seulement 32 ans, Julian Nagelsmann sera l’entraîneur du RB Leipzig cette saison (Crédit photo : Foot Caviar)

À club précoce, entraîneur précoce. En février 2016, Julian Nagelsmann succède à Huub Stevens sur le banc d’Hoffenheim, parti pour des raisons médicales. Il est, à seulement 28 ans, le plus jeune entraîneur de l’Histoire de la Bundesliga. Sa mission ? Sauver le TSG d’une saison 2015/2016 médiocre. Le club pointe alors à la dix-septième place, synonyme de relégation. Sans licence d’entraîneur, ce gamin a alors l’Everest devant lui. Pourtant, l’équipe est touchée par la grâce. Nagelsmann et ses joueurs ne signent pas moins de six victoires en dix matchs et renouent ainsi avec le succès. Depuis qu’il est entraîneur, Hoffenheim a engrangé 20 points sur 33 possibles, présentant ainsi le troisième meilleur bilan de Bundesliga sur cette période. Le TSG est sauvé et termine l’exercice en quinzième position, à un petit point du premier barragiste.

« Quand on parle tactique avec lui, on sent qu’il est très clair dans ce qu’il recherche. Et lors des premiers matchs qu’il a coachés, on a vu qu’il savait développer plusieurs systèmes tactiques, cela prouve qu’il sait s’adapter aux différentes situations. »

Jeff Straser, actuel entraîneur du FC Kaiserslautern, pour (So Foot)

Les saisons suivantes ressemblent à un rêve. L’équipe termine quatrième puis troisième du championnat allemand. En deux ans, le natif de Landsberg Am Lech passe de candidat relégable à concourant à la prestigieuse Ligue des Champions. Grâce à un recrutement pertinent, on retiendra Kramaric ou encore Wagner, pour une somme presque dérisoire, Hoffenheim redevient un club ambitieux. Les nouveaux joueurs, tous germanophones, adhèrent complètement à la politique Nagelsmann et l’équipe retrouve une cohésion naturelle. Outre-Rhin, le monde du football est sous le choc. Comment un gosse a-t-il réussi un tel exploit ?

Inspiré par Klopp, formé par Tuchel

Dans un 3-5-2, les latéraux et les milieux offensifs sont capables de créer le surnombre pour surprendre la défense adverse (Crédit photo : captures d’écrans de la vidéo “Les tactiques expliquées | Hoffenheim de Julian Nagelsmann” de Tifo Football)

Celui qu’on surnomme pourtant « Baby Mourinho » n’a rien à voir avec The Special One. Julian Nagelsmann fait partie de cette jeune génération d’entraîneurs allemands qui a vu Jürgen Klopp faire ses classes à Mayence puis à Dortmund. Tout comme Marco Rose, le nouvel entraîneur du RB Leipzig a été biberonné au gegenpressing. Pendant deux ans et demi, le style d’Hoffenheim s’est caractérisé par une haute intelligence footballistique. Le jeu proposé par la formation de Nagelsmann est très physique. L’objectif réside dans une récupération agressive du ballon combinée à une transition rapide vers l’avant. Capable de changer de dispositif tactique plusieurs fois dans un match, les Hoffe surprennent sans cesse leurs adversaires. En 3-5-2, 4-3-3 ou 4-2-3-1, l’équipe ne perd jamais de sa qualité.

« Il a su transformer sa frustration de joueur n’ayant pu faire une carrière professionnelle en une motivation pour lancer très tôt une grande carrière d’entraîneur »

Valérien Ismaël, entraîneur du Linzer ASK en Autriche, à propos de Julian Nagelsmann (20 Minutes)

Si son histoire ressemble maintenant à celle d’un enfant prodige, il y a quelques années Nagelsmann avait tourné le dos à la planète football. À vingt ans, il se blesse sérieusement au ménisque et doit raccrocher les crampons. Pour celui qui n’aura jamais connu plus haut que les équipes réserves de Munich 1860 et du FC Augsbourg, le football est terminé sans avoir réellement commencé.

Quelque temps après, le technicien allemand reviendra sur sa décision et deviendra analyste vidéo pour Thomas Tuchel pendant une saison. Il s’imprègne alors totalement de cette philosophie de jeu propre à la Bundesliga au côté de l’actuel coach du PSG. Malgré son jeune âge (32 ans), il semble aujourd’hui prêt à prendre les rênes d’une équipe comme Leipzig.

Un nouvel organigramme ambitieux

Toutefois, l’arrivée de Julian Nagelsmann sur le banc du RB Leipzig n’est pas la seule nouveauté. Si Ralf Rangnick quitte ses fonctions d’entraîneur, il ne délaisse pas pour autant l’empire Red Bull. Nommé responsable du développement du football, il occupera une fonction de conseiller sportif auprès des antennes de New York et du Brésil. Markus Krösche arrive lui comme directeur sportif, après avoir occupé cette fonction chez le jeune promu du SC Paderborn. Totalement en phase avec la philosophie de Nagelsmann, il a toujours choisi de s’appuyer sur des jeunes joueurs prometteurs.

Hannes Wolf, vainqueur de la Youth League en 2016, sera lipsien cette saison. Âgé de 20 ans, il pourrait incarner le futur radieux du RB Leipzig (Crédit photo : Foot Mercato)

De ce fait, l’international espoir autrichien Hannes Wolf débarque en Saxe. Jeune milieu offensif, il a fait les beaux jours du RB Salzbourg, petit frère ambitieux de Leipzig. À tout juste 20 ans, il est apparu plus de 80 fois sous le maillot salzbourgeois pour un total de 20 buts. Il était surtout un titulaire important lors de l’épopée autrichienne en Europa League il y a deux ans. Point positif, le club lipsien n’a eu besoin que de 13 millions d’euros pour s’attacher les services du jeune prodige. Ce premier transfert de l’ère Nagelsmann pose les bases : acheter des joueurs à gros potentiels à des prix abordables. Aussi, le très prometteur « titi » parisien Christopher Nkunku a été recruté contre 12 millions d’euros. Merci Red Bull.

L’Europe dans le viseur

La ville connaîtra-t-elle des scènes de liesse cette année avec la campagne européenne ? (Crédit photo : Walfoot.be)

Si le RB Leipzig doit progresser dans un domaine, c’est sur la scène européenne. Éliminé prématurément l’an passé en C3 dans un groupe abordable (RB Salzbourg, Rosenborg et Celtic), les dirigeants veulent cette année sortir des poules de la Ligue des Champions. Julian Nagelsmann n’a jamais fait mieux à Hoffenheim. Les Hoffe ont été sorti dès les poules en C3 puis en C1. Seul le précédent coach Ralf Rangnick possédait une expérience béton en Europe. Avec Schalke en 2011, il avait sorti les champions européens en titre, l’Inter Milan, avant de s’incliner demi-finale à Old Trafford. Nagelsmann sait de qui s’inspirer.

« Nous sommes convaincus que la collaboration avec Julian Nagelsmann nous permettra de poursuivre notre développement à l’échelle européenne. »

Oliver Mintzlaff, directeur général du RB Leipzig, sur les ambitions de son club en Europe (dierotenbullen.com)

Avec seulement 22,000 points à l’indice européen, Leipzig sera reversé dans le troisième ou quatrième chapeau. À moins qu’ils ne tombent contre le Zénit ou le Shakhtar Donetsk, les Lipsiens devront fatalement affronter un ou deux cadors européens. La route vers la phase à élimination directe est donc encore longue, mais le RB Leipzig a de la ressource. Fort d’une progression fulgurante, le club impressionne. De plus, l’impulsion et la fraîcheur apportées par Julian Nagelsmann pourraient encore faire passer un cap à ses hommes. Alors que plusieurs jeunes entraîneurs prennent le pouvoir petit à petit en Bundesliga, la saison promet d’être rude en Allemagne.