Alors que le projet de réforme des retraites anime le débat depuis de nombreuses semaines, qu’en est-il des footballeurs français ? Même si certains gagnent des millions chaque mois, les plus modestes pourraient être les grands perdants de ce nouveau système universel.

Peu se posent la question mais l’enjeu est bien réel : comment la retraite d’un footballeur est calculée ? Jusqu’à aujourd’hui, le footballeur professionnel est assujetti au régime général. Ce dernier touche chaque mois une rémunération et doit en contrepartie se rendre aux entraînements, matchs et autres obligations du club. Dans les textes, un footballeur pro est considéré comme un cadre d’une entreprise privée.

Par conséquent, une partie de son salaire, environ 7%, part chaque mois pour la caisse de retraite universelle des cadres du privé. Quand les plus chanceux raccrochent les crampons à 35 ans, ils leur restent encore 27 années à attendre afin de pouvoir bénéficier de leur pension. Et cette période de latence interroge.

Retraite sportive et retraite légale, deux choses bien différentes

En se basant sur les chiffres de l’UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels, NDLR), on remarque que la durée moyenne d’une carrière de footballeur professionnelle est de six ans et demi. Et même si un sportif a la chance de signer un contrat pro avant ses vingt ans, il devra tout de même patienter jusqu’à son soixantième anniversaire pour toucher sa retraite. Le constat est sans appel : une fois qu’un joueur quitte la pelouse, il doit trouver un nouveau job pour cotiser le nombre de trimestres suffisant.

Bien sûr, on ne parle pas ici du faste de la Ligue 1. La plupart des joueurs de première division bénéficient de revenus externes conséquents et envisagent très tôt de capitaliser et d’investir afin de toucher des dividendes. En revanche, quand on évolue dans un club de troisième division, le salaire moyen est de 1 500€/mois. Si on a la chance de jouer dans un club professionnel bien évidemment. Le calcul est alors très différent.

« Entre trente-cinq et soixante ans, au nom de la loi, un joueur ne touche rien, même s’il a cotisé, même s’il a dû arrêter sa principale activité professionnelle, même s’il a parfois cotisé beaucoup d’argent. Il y aura cette période de latence. »

Pierre Rondeau, directeur de l’UNFP, mettant le doigt sur le principal problème de la retraite de footballeur (BFM TV)

Comme tous les salariés du régime général, pour l’instant en tout cas, les indemnités de retraite sont calculés sur la base des vingt-cinq meilleures années. Une fois les années de terrain comptabilisées, il reste à chaque joueur au moins dix ans de travail à justifier. Toujours selon les statistiques de l’UNFP, on estime que 90% des joueurs professionnels doivent penser à une reconversion s’ils veulent être à l’abri financièrement. Et paradoxalement, très peu pensent à l’après-carrière.

Philippe Lafon, directeur du syndicat des joueurs pro est formel : « le footballeur ne pense qu’à jouer, la retraite est bien loin pour lui. Il peut y penser à travers un patrimoine qu’il essaie de se constituer pour plus tard mais pas d’un point de vue de se demander ce qu’il fera ou ce qu’il percevra à la retraite ».

Les sportifs professionnels, les grands oubliés des mécanismes de retraite

À profession spéciale, régime spécial dira-t-on ? Quasiment pas. Sur les quarante-deux régimes spéciaux qui existent aujourd’hui, un seul concerne le monde sportif. Il n’y a que les danseurs de l’Opéra de Paris qui bénéficient d’une retraite à partir de l’âge de quarante ans. Cette mesure ne concerne donc que 150 personnes en France, très loin des 120 000 footballeurs professionnels. Loin de leur jeter la pierre, il convient d’analyser les similitudes des deux professions.

Se destiner à de telles carrières est une vocation qui apparaît très tôt, dès l’enfance. Généralement, les footeux en herbe ne font pas d’études supérieures et quittent le monde scolaire autour de l’âge de seize ans pour se consacrer pleinement à leur passion. Beaucoup se retrouvent donc à l’âge de trente-cinq ans sans diplôme supérieur, dans la plupart des cas.

« Des joueurs comme Neymar, Mbappé ou Thauvin cotisent beaucoup plus qu’ils ne toucheront, c’est un acte de solidarité envers les joueurs dont le salaire est moins élevé. Ça permet à tout le monde de toucher le pécule. »

Clarifications du syndicat des joueurs de foot professionnels quant au pécule de fin carrière (UNFP)

Certains deviennent consultants ou entraîneurs. À condition bien sûr d’avoir bénéficié d’une exposition médiatique suffisante pendant leur carrière. Pour les autres, c’est plus difficile. L’UNFP tente, depuis 1964, de nuancer ce contraste par l’instauration d’un pécule de fin carrière. Tout au long de leur carrière professionnelle, les joueurs et les clubs cotisent, à hauteur respectivement de 4% et 2,5%. Le syndicat participe aussi, en investissant chaque année près d’un million d’euros. Une fois à la retraite, le joueur touchera une certaine somme, qui correspond au pécule annuel moyen, multiplié par le nombre d’années de contrat. Cette somme permet aux joueurs de régler leur dernière année d’imposition et d’engager une reconversion professionnelle.

Et la réforme des retraites dans tout ça ?

Dorénavant, ce sont les quarante-deux années d’activités qui seront prises en compte. Si l’establishment de la planète football a de quoi voir venir, les joueurs d’en bas verront désormais leurs meilleures années compter autant que les périodes creuses, parfois synonymes de chômage. Le constat est simple : qu’on soit titulaire au PSG ou remplaçant chez la lanterne rouge de National 1, on sera perdant. Dans des proportions bien différentes certes. Mais c’est là l’arbre qui cache la forêt.

Si les plus riches ne verront sans doute pas leur train de vie changer, les plus modestes devront retrousser leurs manches et user d’imagination pour aller chercher les trimestres manquants.

En mai 1968, des footballeurs étaient descendus dans la rue pour dénoncer le despotisme de la Fédération. Difficile d’imaginer un mouvement similaire aujourd’hui… (Crédit photo : Le Figaro)

Bien sûr, personne n’imagine les footballeurs descendre dans la rue et battre le pavé. Pour la doxa, une personne qui tape dans un ballon gagne forcément mieux sa vie qu’un français ordinaire. Difficile pour la partie immergée de l’iceberg de se plaindre donc. S’il est encore compliqué d’envisager les conséquences d’un texte qui n’a pas encore rendu sa version finale, les premières tendances semblent toutefois se dessiner. Et une réforme qui devait bâtir un système pérenne et plus juste creuse davantage l’écart. Du moins, dans le monde du foot.