Le sort n’a pas été clément avec les promues marseillaises. Les Phocéennes se sont inclinées 6-0 à Lyon, de quoi avoir le moral dans les crampons. De quoi surtout s’interroger sur les ambitions marseillaises cette saison.

Tomber sur Lyon à Lyon, pour un premier match de retour parmi l’élite, c’est un peu rude. Christophe Parra, l’historique entraîneur des Marseillaises, a pourtant annoncé la couleur. La véritable saison de ses filles commencera le 7 septembre, avec la réception de Guingamp. Tout ce qui se passe avant, c’est de la préparation. Il vaut mieux voir les choses de cette façon, cela permet de digérer plus facilement le 6-0 pris dans la figure samedi dernier lors de cette reprise de championnat. Il faut dire également que 6-0 c’est peu ou prou le tarif appliqué par l’OL à chacun de ses adversaires la saison dernière, celle d’avant, et celle encore d’avant. Et on peut remonter loin comme ça.

Caroline Pizzala et ses coéquipières de l’OM se sont inclinées 6-0 face à Lyon pour leur grand retour parmi l’élite (crédit Twitter : @OM_Officiel)

« La place de l’OM est en première division »

On ne peut donc pas juger la valeur de cet OM version 2019/2020 à l’aune de ce match. Alors on regarde les tendances pour décrypter les signes indiens de ce que cette saison nous prépare. À Marseille, surtout du côté de l’OM, une phrase revient dans toutes les bouches, joueurs, entraîneurs : « La place de l’Olympique de Marseille est d’être en première division ». Certes.

Ma place est d’être Président de la République et celle de Dédé mon voisin est de diriger Google. En rhétorique, cela s’appelle un discours performatif. Il suffit d’énoncer la phrase pour qu’elle soit vraie. Sauf qu’en matière de football, le discours performatif fonctionne rarement dès lors que le sujet traite des performances d’une équipe. Au regard de l’histoire de l’OM, de l’amour de Marseille pour le football, la place de l’OM est de tutoyer les étoiles. Néanmoins, cela ne tombe pas du ciel. Il faut se donner les moyens. Et à l’OM, les moyens c’est comme le Mistral : ça va, ça vient.

Comment une équipe qui a réussi à se hisser à la quatrième place du championnat l’année de son accession en D1 (2016/2017), qui a même battu le PSG 2-1 (mars 2017) a réussi à finir dernière du championnat la saison suivante direction la D2 ?

Viviane Asseyi a porté les couleurs de l’OM durant deux saisons (2016-2018) et a même réussi l’exploit de marquer contre Lyon (crédit vidéo : Dailymotion 2016 Olympique de Marseille)

La place de l’OM est d’être en première division. Et d’ailleurs, à l’époque Patrice Lair (ancien entraîneur de Lyon et du PSG féminins, NDLR) avait annoncé la couleur : « Elles ne feront que l’aller-retour, j’en suis persuadé ».

Miser sur la formation, stratégie gagnante ?

Il a vu juste. Une saison en enfer et les voilà de retour en première division.

Le retour en première division de l’OM s’effectue seulement un an après la descente (crédit vidéo : Dailymotion Olympique de Marseille)

Un autre monde. La capitaine emblématique Caroline Pizzala, native de Marseille et ancienne joueuse du Paris Saint-Germain, confiait juste après la remontée en D1 être consciente des limites de l’effectif Blanc et Bleu.

« Le groupe va être encore jeune cette saison et c’est bien d’avoir certaines joueuses un peu plus expérimentées dont je fais partie. C’est important de se servir du noyau dur de cette équipe (dix joueuses ont prolongé leur contrat avec l’OM, NDLR). C’est important d’avoir des joueuses issues du projet d’il y a déjà quelques saisons. »

Caroline Pizzala, capitaine de l’Olympique de Marseille

L’OM cette saison encore compte sur la continuité du projet. Elles sont nombreuses à avoir connue la montée, la descente et la montée. Ça forge un caractère, une expérience dans la douleur de l’humiliation, celle de devoir prouver sa valeur.

Est-ce suffisant pour se maintenir au plus haut niveau ? Capitaine Pizzala encore :

« On l’a vu, les clubs se structurent. L’année prochaine il y aura encore plus de clubs pro. Il y a encore certaines choses qui pourraient nous permettre de franchir un palier. »

Caroline Pizzala, capitaine de l’Olympique de Marseille

Le cas Nadjim Ali Nadjma

Et ces choses sont des joueuses expérimentées, habituées au plus haut niveau. Du côté de Marseille, on a un seul mot à la bouche : le centre de formation. Excellente stratégie, mais de moyen et long terme. Les jeunes pousses d’aujourd’hui sont trop tendres pour ne pas êtres croquées par les géantes de D1. Certaines ont des sélections en U toutes catégories : Tess Laplacette, Cindy Caputo…

Tess Laplacette compte 19 sélections en U17 et 3 en U19 (crédit photo : Youtube)

Caroline Pizzala a hésité à poursuivre avec l’OM une année supplémentaire. Derrière cette hésitation, on sent la détermination à ne pas revivre une nouvelle descente en D2 pour cause d’effectif non taillé pour le plus haut niveau et des arrivées qui n’arrivent pas.

Finalement, les arrivées sont un peu arrivées. On espérait revoir des joueuses du calibre de Viviane Asseyi, olympienne de 2016 à 2018, Hawa Cissoko (2017-2018) ou encore des Kelly Gadéa (2016-2018) ou des Sandrine Brétigny (2015-2018).

Ce sont notamment Sarah Palacin, Blandine Joly, Nadjma Ali Nadjim toutes trois en provenance de Fleury FC, mais aussi Agathe Maetz (ex-Dijon) et Candice Gherbi (Saint-Etienne en D2) qui posent leurs bagages à Marseille. Suffisant ?

L’OM compte sur l’expérience de Sarah Palacin (ex-Fleury) et de son expérience de la D1 (crédit vidéo : Youtube Olympique de Marseille)

Nécessaire en tout cas d’apporter de l’expérience. Peut-être verra-t-on se dessiner un axe trentaine composé Caroline Pizzala (défense), Nora Coton-Pélagie (milieu) et donc Sarah Palacin (attaque). Nécessaire également de voir comment les nouvelles recrues s’intègrent dans un effectif soudé qui a vécu de grandes joies et de grands désastres. La question Nadjma Ali Nadjim est la plus brûlante. Jeune joueuse de 24 ans, native de Marseille, déjà passée par Bordeaux et Fleury, elle arrive à l’OM dans son club de cœur avec la réputation d’une joueuse dont la carrière n’a pas encore pu prendre toute sa mesure. La faute à un caractère impulsif, à canaliser.

Nadjma Ali Nadjim, native de Marseille, arrive à l’OM avec pour objectif de retrouver l’équipe de France (crédit Twitter : @OM_Officiel)

« Je rentre chez moi, c’est mon club de cœur, j’espère que ce sera un come back gagnant »

Nadjma Ali Nadjim (OM)

Gagnant pour exprimer tout son talent, gagnant aussi pour retrouver l’équipe de France. Une sélection au compteur, un match amical face à l’Allemagne perdu 4-0 par la France le 24 novembre 2017. Elle était à l’époque dans le viseur de Corinne Diacre.

« Elle a fait des choses intéressantes avec l’équipe de France B. Cela va vite pour elle car elle arrive de D2. Elle a fait trois mois en D1 avec Bordeaux. Je lui ai dit que le plus dur restait à faire pour elle maintenant : rester. Mais au moins, elle voit ce qu’est le haut niveau. Je lui ai dit qu’elle devait continuer à progresser. Après, à elle de saisir sa chance si elle en a une. Elle a des qualités naturelles de vitesse, des appels de balle très intéressants. Après, elle doit travailler encore sur la justesse technique de ses passes et de ses contrôles. »

Corinne Diacre, au sujet de Nadjma Ali Nadjim
Les premiers mots de Nadjma Ali Nadjim suite à sa signature à l’OM confirment ses ambitions de retour en équipe de France (crédit vidéo : Dailymotion Olympique de Marseille)

Elle est entrée en jeu face à Lyon ce samedi 24 août suite à la blessure de Sarah Palacin dès la 27ème minute. Elle a essayé de s’illustrer par sa vitesse. À voir si l’enfant terrible Ali Nadjim a grandi. Une chose est certaine, la descente en D2 a été une grande blessure pour les Olympiennes. Nora Coton-Pélagie, Tess Laplacette, Caroline Pizzala et toutes leurs coéquipières soulignent à quel point cela a été compliqué de repartir sur une saison en D2.

Elles feront tout pour s’éviter un destin à la Messine, un coup en haut, un coup en bas. Cela se jouera sur le terrain, et en dehors. Les instances de l’OM se sont affichées lors du match décisif pour la montée, face à Ambilly en avril dernier. Ils sont venus, ils sont tous là, Franck Mc Court, Jacques-Henri Eyraud, Andoni Zubizaretta. Les soutenir, c’est bien. Leur donner une vraie chance, c’est mieux. À ce propos, quelqu’un a-t-il réussi à trouver la rubrique féminine sur le site officiel de l’Olympique de Marseille ?