Au sein d’une Liga NOS atomisée et dans laquelle de nombreux clubs peinent à se faire voir derrière les « Os Três Grandes », d’autres arrivent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Rio Ave qui réalise depuis plusieurs saisons de bons parcours. Explications d’un club atypique.

Au sein d’un championnat lusitanien coupé en deux, entre le FC Porto d’Alex Telles, le Benfica de João Félix ou le Sporting de Bruno Fernandes, difficile de se faire une place au soleil. Pourtant, Rio Ave, sur les cinq dernières saisons, s’est toujours situé dans la première moitié du tableau. Un bien bel exploit et qui n’est pas dû au hasard. Loin de là.

La belle Caravelle de Rio Ave (Crédit photo : Wikipédia)

Ornithologie, océan et exploration

Si Rio Ave n’est pas le plus connu des clubs portugais à l’international, c’est tout de même un point de départ assez notable pour de nombreux joueurs. Avant tout, Rio Ave, c’est d’abord un nom. Un nom qui invite au voyage avec le printemps. Un voyage sur les océans et les rivières. Et cela tombe plutôt bien. En effet, dans le sens littéral, le nom du club signifie tout simplement « oiseau de la rivière ». Ce qui invite, là aussi, à une élan de voyage et d’aventures à travers les temps.

Le logo ensuite, avec une magnifique caravelle digne des plus grands explorateurs. Tel un Vasco de Gama parti chercher fortune, gloire et chance aux confins du monde. Dans une représentation du Portugal conquérant du XVème siècle. Et cette tradition portugaise du départ vers un avenir meilleur.

Enfin, c’est un lieu. Situé à une trentaine de kilomètres de Porto, le club trouve sa racine dans la rivière « Ave ». Celle-ci se jetant à l’embouchure de l’océan Atlantique. Bref, tout cela semblait bien loin du football. Au départ. Pourtant, ce club s’ancre bien dans une tradition de jeu et est lié au ballon rond.

Miguel Cardoso et Carlos Vinicius en tête de pont

Cependant, attention aux idées reçues. Si en France, le nom du club est revenu en tête ces dernières années, deux raisons à cela. La première concernait l’éphémère technicien du FC Nantes, Miguel Cardoso. Auréolé d’une excellente saison à Rio Ave en 2017/2018, l’entraîneur portugais fut engagé par le président nantais Waldemar Kita afin de redonner du peps à une équipe nantaise à la recherche d’un nouveau souffle. Revivre en quelque sorte ce fameux « jeu à la nantaise » de Coco Suaudeau des années 90.

Toutefois, l’histoire finira en eau de boudin puisque Cardoso sera débarqué quelques mois plus tard. Pour absence de résultats et des méthodes hétéroclites soulignées par le vestiaire nantais. La deuxième personnalité est un néo-monégasque arrivé à la trêve hivernale sur le Rocher. Carlos Vinicius. Grand, gaucher, le joueur prêté par Naples a eu d’excellents résultats en Liga NOS. Avec notamment 8 buts marqués en championnat cette saison avant son départ à Monaco donc. Et qui commence également de bon pied en Ligue 1. En témoigne son but contre le Lille de José Fonte, il y a deux semaines. Le but de la victoire !

Carlos Vinicius dans ses oeuvres (Crédit vidéo : Youtube Ligue 1 Conforama)

Rio Ave, le « Who’s Who » du Portugal

Rio Ave, c’est aussi un particularisme et une singularité dans le football portugais. Tout d’abord, une familiarité avérée avec deux noms marquants de l’histoire récente du sport portugais. En effet, le club du nord du Portugal a la curiosité d’avoir eu, en tant qu’entraîneurs, à diverses périodes deux grands noms de famille.

L’un, Quaresma, Artur de son prénom. Grand-oncle du milieu du Beşiktaş Istanbul et de la sélection nationale de son pays. Et l’autre, Mourinho. Comme Félix Mourinho, dont le fils, José, commença sa carrière de footballeur au sein même de Rio Ave avant de bifurquer vers une carrière de traducteur puis d’entraîneur. Avec quantités de succès et d’inimitiés. Que ce soit au FC Porto, à Chelsea, au Real Madrid ou à Manchester United dernièrement.

L’autre curiosité de Rio Ave étant de compter un nombre impressionnant, d’anciens noms, évoquant de doux souvenirs, actuels ou passés. Tels que le milieu de terrain André Vilas Boas (avec un L). À ne pas confondre avec l’entraîneur André Villas-Boas (deux L), ancien entraîneur de Chelsea, lui aussi.

Ou encore Moutinho. Pedro de son prénom, homonyme de l’ancien joueur de Monaco et actuel milieu de terrain de Wolverhampton, João. Sans oublier Coentrão. Pedro lui aussi et dont l’homonyme, Fábio, joue cette saison à… Rio Ave. À noter qu’il faut également compter les Soares et autres Dias que chaque amateur de football portugais reconnaît à leurs patronymes. Pour finir, le gardien de but actuel du club, un certain Leonardo « Leo » Jardim. Comme celui de… Bref, une sorte de jeu amélioré des « sept familles » à la sauce Liga NOS.

Un bon tremplin à jeunes mousses

Rio Ave a également la particularité d’avoir servi de lampe de lancement pour deux joueurs. Internationaux. Et jouant dans deux des meilleurs équipes d’Europe actuellement. L’un international Brésilien, gardien de but du Manchester City de Pep Guardiola. L’autre, international slovène, gardien de l’Atletico Madrid.

Autre curiosité, les deux gardiens ont également eu l’occasion de jouer pour Rio Ave… en même temps lors de la saison 2012/2013 ! Avant de s’envoler vers le Benfica puis City pour le tatoué Brésilien et l’Atletico pour le Slovène. Ce dernier ayant été par ailleurs prêté par le… Benfica. Bref, une version du football familial où chaque membre de la famille passe par la case Rio Ave ou Benfica. Toujours la suite du jeu des « sept familles ».

Deux des meilleurs gardiens européens sous les couleurs, en haut de Rio Ave. Heureusement, leurs coupes de cheveux ont changé… (Crédit photo : Oh My Goal – Facebook)

Outre Ederson, Vinicius ou Oblak, Rio Ave a également servi de point de départ vers de nouveaux cieux pour Marcão. Défenseur recruté par le Galatasaray de Fatih Terim qui avait grandement besoin d’un joueur de ce calibre, notamment pour remplacer Ozan Kabak, parti au Stuttgart de Benjamin Pavard.

Un bateau nommé Gestifute et un capitaine dénommé Mendes

Pour qu’un vaisseau-amiral puisse voguer à travers l’Europe et, par extension, le monde, ce navire a besoin d’un port d’attache. Où il pourra se ravitailler et exporter sa cargaison. Le club de Rio Ave est donc en quelque sorte le port d’attache d’un des agents de joueurs les plus puissants au monde. Et un sacré businessman capable d’intégrer ses poulains partout su le continent.

Le bien nommé Jorge Mendes, expert en exportations et en reventes, et qui a un savoir-faire reconnu à travers l’AS Monaco hier ou Wolverhampton en Premier League aujourd’hui. Dont l’entraîneur du club anglais n’est autre que Nuno Espirito Santo, qui débuta sa carrière d’entraîneur sur le banc de… Rio Ave. Et qui a comme agent, la société Gestifute de Mendes. La famille, vous dis-je…

Pas moins de 5 joueurs de Rio Ave sont actuellement clients de Mendes. De l’ancien, avec Fabio Coentrao, ancien joueur du Sporting et du Real Madrid, à l’international proche, avec l’arrière droit originaire de Guinée-Bissau, Nadjack, formé au Benfica. En passant par les Brésiliens Filipe Augusto, milieu de terrain, et Ronan, attaquant. Mais surtout, le « petit » Gabriel.

Gabrielzinho, futur grand ?

Petit, vif, virevoltant, Gabrielzinho est le joueur à suivre de Rio Ave. Celui qui partira probablement découvrir de nouveau horizons cet été. Né Gabriel Airton de Souza, ce dernier n’a pas son pareil pour démarrer à toute vitesse sur le pré. Et griller ses adversaires sur la ligne de départ.

Le numéro 26 âgé de 22 ans est donc un joueur d’avenir et s’inscrit clairement dans le style de Rio Ave. Avec une vélocité et une agilité sans commune mesure. Ses performances seront donc à scruter de près si d’aventure, un club plus huppé recherche ce profil.

La preuve avec ce but marqué face au grand Benfica en janvier dernier. Match durant lequel, sa technique et sa virtuosité rendirent fous les défenseurs des « Aigles » de Lisbonne.

Gabrielzinho dans ses oeuvres. Et face au Benfica, en plus!! (Crédit vidéo : Youtube VSports)

Rio Ave, port d’attache et d’oubli

Une autre caractéristique de Rio Ave, comme tout bon port, est l’oubli et la rédemption des pêcheurs. Comme à l’époque des marins durant laquelle tout à chacun avait le droit à l’oubli. Malgré ses fautes commises ou ses fautes du passé. Avec une volonté de promouvoir l’oubli et le pardon.

Ce qui se caractérise par deux joueurs. Rúben Semedo, prêté par Villarreal et qui avait grandement besoin de se faire oublier quelque peu, suite à une sombre affaire judiciaire le poursuivant. Et Fábio Coentrão, cité lui dans le scandale « Football Leaks », et qui débuta sa carrière à Rio Ave il y a presque 15 ans. Une sorte de boucle bouclée. Tel un marin de retour au port d’attache après une vie de pérégrinations.

Risque de tempêtes et capitaine à la barre

Si Rio Ave est solidement installé à la huitième place, l’équipe est quelque peu dans le dur. Profitant essentiellement des buts marqués et des points obtenus grâce à Vinicius. Dans un championnat portugais où dix équipes se tiennent de la huitième à la dix-septième place en huit points. Le moindre faux pas est rédhibitoire. Si Rio Ave ne veut pas finir par boire la tasse.

Avec deux matchs en avril contre le Sporting à Lisbonne et Porto à domicile. Et un avant-dernier match contre le Benfica, Rio Ave n’a pas intérêt à trop s’éparpiller si le club veut finir tranquillement la saison. Et feront office d’arbitres indirectement. En effet, outre Porto et Benfica qui s’affrontent pour le titre, le Sporting est à la lutte avec le Braga du néo-international portugais, Dyego Sousa, pour la troisième place du championnat.

Mais les hommes de Daniel Ramos (encore un homonyme) s’en moquent et ont suffisamment de ressources pour résister aux bourrasques. Ainsi qu’un capitaine expérimenté pour tenter de ne pas être asphyxiés. Tarantini, au club depuis plus de 10 ans, tenant fermement la barre de son équipe malgré les vents contraires. Et ne sera pas le capitaine abandonné, en retour.

Rio Ave n’est donc pas un club comme les autres. Dans sa gestion, c’est un point de départ de joueurs leur permettant d’arriver à bon port en poursuivant leurs carrières dans de plus grands clubs. Avec la puissance et le réseau d’un Jorge Mendes et un recrutement malin, Rio Ave est une source d’inspiration pour pas mal de clubs.

« Rio Ave n’est pas habitué à se trouver dans des positions aussi basses au classement. Il arrive donc par moments que l’équipe ne soit pas aussi performante. »

Daniel Ramos, ambitieux, sur Ojogo

Cette volonté de mettre régulièrement en avant de jeunes joueurs en devenir. En hissant haut le pavillon de la qualité et de la technique. Ce sont les vertus cardinales de Rio Ave. Car, à l’instar d’un fleuve, l’eau doit toujours poursuivre son chemin. Et comme l’oiseau, voler est un impératif, pour vivre. En liberté.