Après avoir analysé comment le football est arrivé en Espagne et de quelle manière il fut appréhendé par la population de Riotinto, nous allons désormais découvrir comment il s’est démocratisé dans cette région rurale et champêtre du sud-ouest du pays. 

La semaine dernière, nous avons publié le premier épisode de cette mini-série documentaire sur l’arrivée du football en Espagne. Aujourd’hui, il est temps de voir concrètement comment ce sport, qui commençait seulement à se populariser dans certaines régions d’Europe, s’est installé à Riotinto à une époque où la région devenait un bassin majeur de travailleurs en Espagne. Une époque dorée pour ce lieu si unique, qui semble bien loin aujourd’hui…

Et le Football créa… le Fútbol

« La petite et pauvre ville andalouse, où tout le monde essayait sans cesse de tuer le temps, devenait l’épicentre d’une révolution »

Rafael Cortés, historien (BBC Mundo)

En 1914, la Rio Tinto Company créa le tout premier club de football d’Espagne : le Rio Tinto Balompié. Bien sûr, le club n’a pas d’adversaire à proprement parler, étant donné qu’il est le seul du royaume : différentes équipes sont donc formées au sein du club pour s’affronter entre elles. 

Même si les joueurs portent de temps à autre les couleurs de l’équipe anglaise (une chemise blanche et un bas noir), la tunique officielle du Rio Tinto Balompié est composée d’une chemise rouge ainsi que d’un pantalon noir. Peu de temps après, la Rio Tinto Company construira même pour le club un terrain de football aux mesures réglementaires des terrains en Angleterre. Dorénavant, toute la ville est fédérée derrière son équipe.

La journée, les adultes travaillaient dans la mine et les enfants allaient à l’école. Le soir, tout le monde se retrouvait pour jouer au football (Crédit photo : aytoriotinto.es)

Ce sport, qui n’était encore qu’un passe-temps à cette époque, commence à se faire connaître et nombreuses sont les provinces environnantes à s’y intéresser. Rapidement, de nombreux clubs se forment dans la région, ce qui permet au Rio Tinto Balompié de se mesurer à de véritables adversaires. Au début des années 1920, pas moins de dix-huit clubs de football naissent dans la ville. Chaque quartier à son équipe, qui est composée aussi bien d’adultes comme d’enfants. Une compétition, appelée la Coupe Rio Tinto, est créée. Cette dernière est parfaitement organisée et orchestre régulièrement des confrontations entre les dix-neuf équipes, sous l’œil vigilant de la communauté britannique qui joue le rôle d’arbitre en transmettant les règles officielles du football. 

« Grâce à des archives retrouvées dans les bureaux de la Rio Tinto Company, nous connaissons aujourd’hui les règles originales selon lesquelles cette compétition a été disputée. Ces documents témoignent bien de l’importance de ce sport et de l’excellente organisation dont il jouissait »

Rafael Cortés, historien (BBC Mundo)

Le Fútbol est né. Ce sport qui compte d’ores et déjà plusieurs millions d’adeptes outre-Manche et qui s’est fait quelque peu connaître en France à la fin du 19ème siècle, débarque enfin sur la péninsule ibérique. Minas de Riotinto est bel et bien le berceau du football espagnol. 

« Nous ne savions pas ce que cela signifiait, nous devons remercier les anglais de nous avoir laissé ce sport »

Rafael Cortés, historien (BBC Mundo)

Les années 1920 resteront d’ailleurs dans l’histoire de la ville comme l’époque la plus belle et la plus dynamique de son histoire. En effet, ce n’est qu’à partir de cette période que Minas de Riotinto a connu véritablement son apogée. À cette date, elle compte plus de 11 000 habitants et son exploitation minière tourne à plein régime : une situation inimaginable il y a encore une cinquantaine d’années. La modeste commune est devenue un véritable foyer de travailleurs connu dans toute l’Espagne. Et cette révolution a été permise en partie grâce à un mélange de cultures et à la cohésion par le football de peuples pourtant diamétralement opposés… Quelle belle histoire. 

Cependant, cette ville qui fut jadis si attractive et dynamique, est désormais dans une position bien plus délicate. 

En 1888, les mineurs étaient mécontents de leurs conditions de travail et une manifestation a éclaté. L’armée espagnole est intervenue et on estime le nombre de morts à près de 200… (Crédit photo : elmundo.es)

Aujourd’hui, l’époque dorée est (très) lointaine

En 2018, Minas de Riotinto ne compte plus que 3 800 habitants et est quelque peu redevenue la modeste bourgade qu’elle était au 19ème siècle. La terrible crise dans laquelle elle est plongée depuis de nombreuses années est due à la fermeture de la mine en 1994. La quasi-totalité de ses habitants s’est donc retrouvée au chômage et la plupart d’entre eux a du quitter la ville pour retrouver du travail.

Et comme on peut s’en douter, cette crise a également eu un impact sur le football. Aujourd’hui, le club joue dans les catégories régionales et est au bord de la ruine. En novembre 2017, le Riotinto Balompié affrontait Aljaraque et les joueurs du club sont rentrés sur le terrain avec des pancartes dénonçant leur situation : ils réclament plus de subventions de la part de la Fédération pour ainsi sauver le club.

« Maintenir en vie un club de football dans la situation actuelle est presque un miracle. Nous avons un budget de 30 000 euros et le conseil municipal doit nous aider pour payer l’eau et l’électricité »

Le président du club de football de Riotinto (BBC Mundo)
« Le berceau du football, sans football »
(Crédit photo : ABC)

Mais au-delà de son club de football, c’est toute la ville qui est dans une situation compliquée depuis une vingtaine d’années, mais le récent succès de la Roja est venu raviver la flamme de Riotinto.

La fierté d’un passé riche en histoire

« Nous sommes la mère, là où tout a commencé. C’est une immense fierté de savoir que le football espagnol est né ici ! »

Rafael Perea, conseiller municipal de la ville (BBC Mundo)

Vainqueur de l’Euro 2008, de la Coupe du Monde 2010 puis une nouvelle fois de l’Euro en 2012. Tout cela en pratiquant un football irrésistible et en marchant sur bon nombre d’adversaires. Cette Roja s’est imposée comme une des plus grandes équipes de l’histoire du ballon rond.

De quoi redonner fierté et orgueil aux habitants de Riotinto et redonner vie à une province délaissée, malgré son passé si déterminant dans l’histoire du pays.

« Lorsque la Roja a remporté la Coupe du Monde en 2010, nous sommes allés sur la place de la ville pour célébrer. C’était une immense fête. Ce jour-là, nous nous sommes sentis comme une ville importante ».

Rafael Cortés, historien (BBC Mundo)

En 2003, à l’occasion du 130ème anniversaire de l’arrivée du football en Espagne, un monument dédié au ballon rond a été inauguré en présence du conseil municipal de Minas de Riotinto et de Angel Maria Villar, président de la Fédération Espagnole de Football.

Le monument en hommage à la ville qui a accueilli le football en Espagne. (Crédit photo : entre2rios.blogspot.com)

Riotinto, un autre monde

Le bassin minier de Riotinto est une des plus vieilles zones minières au monde. On estime qu’il est âgé de plus de 5 000 ans ! (Crédit photo : ruralidays.fr)

Mais au-delà de son passé riche et de toutes les histoires qui sont liées à cet endroit, Riotinto est un lieu hors-normes. L’eau rouge de son fleuve et le paysage martien de ses collines offrent un paysage particulier unique au monde.

La légende raconte que l’un des carrosses de la reine Victoria a été construit à Riotinto à la fin du 19ème siècle. (Crédit photo : ruralidays.fr)

Un site peu commun qui donne l’impression à ses visiteurs d’avoir quitté la Terre et d’avoir rejoint la planète Mars. La NASA y a d’ailleurs mené en 2016 des études pour analyser les bactéries qui ont survécu dans des conditions de vie similaires à celles sur la planète rouge.

Vous voulez en savoir plus sur Minas de Riotinto et son histoire ?
Cette vidéo est faite pour vous ! (Crédit vidéo : Youtube Romain Molina)

Vous l’avez vu, Riotinto est un lieu exceptionnel. Un lieu au passé incroyable et au paysage invraisemblable. Un lieu où tout fan de football espagnol doit se rendre pour remonter aux sources et pour revivre l’arrivée de ce sport. Mais c’est également une terre riche en paysages somptueux et uniques en leur genre. Aujourd’hui, rares sont les touristes à visiter Riotinto. Et c’est bien dommage…